V. suprà
3. Antoine Baumé, membre de l’Académie des sciences, né à Senlis en 1728, mort en i8o4, inventeur de l’aréomètre; on lui doit des découvertes utiles aux arts et des procédés de teinture et de dorure.
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gers) je n’ai pas tenté de me rassurer parceque j’ay enfin senti que c’étoit compromettre mon secret en pure perte, que de le manifester à tous ceux que j’irois consulter; je me suis donc abstenu de prendre ce moyen qui d’ailleurs ne serviroit à rien auttre qu’à me donner à moi seul une confiance que je ne pourrois faire partager, puisqu’il faudroit encore soumettre les effets de ma méthode à d’auttres juges et à des juges qui ne seraient pas de mon choix et qui exigeraient peut-être de moi que je leur révélasse mon secret. Vous voyés bien, citoyen Ministre, que je n’ai du consulter personne jusqu’ici et que je suis encore dans l’ignorance dans laquelle je resterai peut-être toutte ma vie, sur les bons ou mauvais effets de ma seconde méthode à moins que l’institut n’examine avec attention ce que j’ay fait et ne prononce ensuitte sans exiger aucune révélation de ma part; la question à juger se réduit à scavoir si en décrassant le marbre, j’en ai altéré la substance ; il ne faut qu’un oui ou un non.
J’irai au-devant des objections et je mettrai tout au pire ; si on m’objectait mais non je m’arrête, j’attendrai qu’on me fasse des objections
pour y répondre.
Ce n’est pas tout, citoyen Ministre, j’ay encore une troisième méthode; mais je suis à son égard dans le même cas qu’à l’égard de ma seconde, c’està-dire que je ne l’ai soumise au jugement de personne et je vous avoue que je n’aurai jamais la pusillanimité de consulter qui que ce soit sur celle-ci, parce que je suis, à l’égard de cette troisième, dans la plus grande sécurité, il se peut que je me trompe, mais voici mes raisons : c’est que de cette drogue dont je me sers ici, j’en avalerai avec aussi peu de crainte que j’avalerois quelques cuillerées d’huile d’olive ou un verre de vin et que je présume qu’un morceau de marbre peut y résister autant bien que mon faible estomac, si je ne me trompe.
Comment, me dira-t-on peut-être, vous oseriés vous vanter d’enlever avec une drogue aussi bénigne une crasse tenace et invétérée qu’on a pu attaquer jusqu’ici qu’avec les menstrues ( sic ) les plus actifs, cette crasse enfin que tout récemment un chymiste du premier ordre, de son premier aveu, a tenté en vain de détruire avec un caustique puissant, la pierre à cautère, ah ! mons Duplessis, si vous n’êtes pas un charlatan, craignés du moins de le paroitre. Si on me tenoit ce langage, je répondrais :
Oui, j’en conviens, la chose est un peu plus embarrassante et difficile à comprendre, c’est une énigme, si vous voulés, mais si je vous en disois le
mot, je pense que je ne verrois autour de moi que des visages ébahis et que j’entendrais dire : Ali, ah! oui, oui, cela se comprend à présent à merveille, mais qui diable s’en serait douté ?
J’en verrois d’auttres sans doute qui, moins crédules et peut-être plus sages diroient gravement : il faut voir, il faut voirl il faut voir du moins ce qu’a pu produire ce procédé particulier; alors j’inviterois ceux-ci à venir faire un tour à Versailles, et ils verroient dans les bosquets où j’ay fait quelques essais, de quoi se satisfaire ; j’ajouterois, si vous voulés vous épargner ce voyage, voyés seulement le marbre que j’ay envoyé à l’institut. Parmi les places que j’ay décrassées par différents procédés, il y en a une décrassée par ce même procédé dont j’ay vanté la douceur ; je n’ai pas besoin de vous indiquer cette place parceque si vous les trouvés touttes également bien décrassées, il est évident que la drogue la plus douce a agi autant bien que les plus actives.
Si vous me demandiés, Citoyen Ministre, comment avec un procédé qui m’inspire tant de confiance, j’ay pu montrer quelque regret d’abandonner mon second procédé, qui me laisse des inquiétudes qui ne se dissiperont qu’autant que quelques scavans apprès un mur examen auront prononcé qu’il ne produise point d’impression fâcheuse sur le marbre, voici mes raisons :
Mon troisième procédé, ce procédé si innocent, a malheureusement un grand défaut, c’est qu’il n’opère bien que secondé par la température de l’air, dont les hommes ne disposent pas à leur gré, ce qui prouve qu’il est bon et nécessaire d’avoir plusieurs moyens, pour les employer alternativement selon les cas, ce qu’on appelle avoir plusieurs cordes à son arc; j’en ai déjà trois, mais comme ma tête travaille toujours, je pourrais bien en trouver encore d’auttres et nous aurions à choisir. Je m’appliquerais surtout à vaincre les obstacles que l’intempérie de l’air oppose souvent au succès de ma troisième méthode, je ne crois pas impossible de faire même tourner ces obstacles au plus grand succès, c’est-à-dire de me faire aider par ce qui me contrarie et de me faire servir par l’être même dont je suis aujourd’huy l’esclave. C’est porter mes vues bien haut, j’en conviens; mais aussi je ne promets rien si ce n’est de m’en occuper avec le même zèle qui me conduit depuis plus de deux ans. Si tous mes efforts sont vains, je ne désespérerai pas encore, en supposant que je n’ensevelirais ma découverte avec moi dans le tombleau (sic) que je la transmettrais, comme je me le propose, à la citoyenne
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Rodier ma parente, qui vit avec moi et si, par ce moyen, ma méthode pouvant un jour être répandue, je ne désespérerais pas qu’alors il ne se trouvât quelqu’un plus habile et plus heureux que moi qui, ayant trouvé le moyen de vaincre l’obstacle, ne présente un jour à nos neveux ma méthode ainsi perfectionnée comme la plus belle découverte pour décrasser les vieux marbres sans aucun danger.
D’apprès tout ce que je viens de dire, Citoyen Ministre, je présume que vous employerez tous vos moyens pour engager l’institut à prononcer sur les effets que mes différentes méthodes ont produit sur le marbre que je luy ai envoyé et j’espère de vottre générosité que vous l’engagerez encore à renoncer au dessein qu’il parait avoir manifesté de connoittre mon secret. Les fruits du génie sont, vous le scavez, de touttes les propriétés la plus sacrée et j’ajoute qu’ayant perdu par la révolution toutes, absolument touttes mes propriétés qui devaient me faire passer doucement le reste de ma vie sans dépendre de personne, mon secret est aujourd’huy la seule propriété cpii me reste.
Je viens de dire que j’avois perdu absolument touttes mes propriétés, il m’en reste cependant encore une, si je puis donner le nom fastueux de propriété à quelques modiques secours que j’attends de vottre justice, en indemnité de beaucoup de tableaux que j’ay restaurés pendant sept à huit mois sans interruption et avec des peines presque au delà des forces d’un vieillard bientôt octogénaire et cela pour vous conserver une quantité de tableaux prétieux dont quelques-uns presque à l’agonie, si je puis parler ainsi, et qui seraient peut-être déjà perdus si je ne leur avois donné mes soins; si je n’ai pas perdu l’espérance de recevoir ce secours, je reste cependant toujours dans la crainte que m’inspire vottre silence persévérant sur mes itératives réclamations; prenés-les enfin en considération, je vous en conjure, dans l’état de maladie ou je suis et que vous n’avés pas ignoré, ne pouvant enfin acheter dans ma détresse acheter les secours dont j’ai besoin, j’ai fait parler auprès de vous la justice et l’humanité; ne pouvant présumer que ces deux intercesseurs n’ayent été favorablement écoutés, je ne puis me plaindre ici que de vottre mémoire : permettés-moi donc que je m’y rappelle jusqu’à ce que j’aye reçu une réponse favorable.
Salut et respect.
Dun.Essis.
Ministère de l’Intérieur.
Paris, le n messidor an 8 (3o juin 1800)
de la République une et indivisible.
Rapport demandé par le ministre de l'Intérieur le 6 Messidor.
Le citoyen Duplessis a offert depuis longtemps aux prédécesseurs du Ministre, d’employer pour le nétoyement des statues du Parc de Versailles, un procédé dont il est l’inventeur. Il a toujours été invité, et récemment encore, à envoyer la recette par écrit, afin de soumettre ce procédé à l’examen de l’Institut national.
Sur cette dernière invitation, il répond aujourd’hui cpi’il a adressé à l’Institut un morceau de marbre, nétoyé en plusieurs endroits; que cet échantillon doit suffire pour prouver que la matière n’est pas altérée et conséquemment que son procédé doit obtenir l’approbation de cette Société.
Il avoue cependant qu’il emploie de certains alkalis, obtenus par des procédés qui lui sont particuliers : il espère de la générosité du ministre qu’il n’exigera rien de plus que cet aveu. Ce procédé, que le citoyen Duplessis a soumis à l’examen de quelques chimistes, est un secret pour l’Institut ; il craint qu’il ne soit connu de trop de personnes ; c’est une propriété dont il compte se faire une ressource contre la misère qui le poursuit.
A cet égard on prie le Ministre d’observer que l’Institut a promis d’indiquer, sous peu, un moyen de netoyer les statues sans aucune espèce d’inconvénient.
Enfin, le citoyen Duplessis termine sa pétition par prier le Ministre de vouloir bien lui faire payer ce qui lui reste dû pour la restauration de quelques tableaux du Musée spécial de Versailles.
Le Ministre a accordé la somme réclamée, mais la distribution des fonds ne permet pas de lui en expédier l’ordonnance en ce moment.
On propose donc de ne point insister sur le procédé du citoyen Duplessis, et de lui écrire qu’il recevra incessamment avis du jour où il pourra toucher les six cents francs qui ont été reconnus lui être dus pour restauration de tableaux.
Le chef du Bureau des Beaux-Arts Amaurt-Duval.
DUPLESSIS, CONSERVATEUR DU MUSÉE DE VERSAILLES
Le Ministre aü Cit. Duplessis, artiste.
Le 12 Messidor an 8 [i Juillet 1800].
D’après la répugnance que vous témoignez, Citoyen, de communiquer votre procédé pour le nétoyement des statues, je n’insisterai pas davantage sur l’invitation que je vous avois faite de le soumettre à l’examen de l’institut national.
Quant à l’indemnité que vous réclamiez pour la restauration des tableaux du musée spécial de Versailles, je vous préviens qu’elle a été portée à 600 francs; vous recevrez incessamment avis du jour où vous pourrez vous présenter pour toucher cette somme.
Je vous salut.
Duplessis, surveillant, etc... au Ministre de l’Intérieur.
Versailles ce 16 Messidor an 8 [5 Juillet 1800].
Citoyen Ministre,
Par votre lettre du 12 vous m’aprenés que vous êtes disposés à m’accorder les indemnités quej’ay si longtems sollicitées pour restauration de tableaux, je vous en remercie ; mais au vu de la modique promesse que vous me faittes, il n’est pas douteux pour moi que vous n’ayez été abusé par des faux rapports.
Permettés moi donc de vous éclairer pour m’en remettre apprès à ce que vottre sagesse vous inspirera.
J’ay travaillé à cet ouvrage et de toutes mes forces pendant sept mois et demi, sans compter les jours complémentaires ; si je défalque trente jours, par aperçu, pour les distractions que mes propres affaires ont occasionnées dans ce travail, il restera encore six mois et demi, près de sept mois, d’un travail continu.
Si je suis payé à la journée, et c’est la manière d’écarter toutes prétentions exagérées de ma part, je vous prie de considérer que les restaurateurs au Musée de Paris sont payés à 12 francs par jour, et je ne le cède à personne dans ce talent, puisque j’ay vécu pendant trente ans dans la plus grande intimité avec le meilleur restaurateur de son tems, le C. Boileau, mais comme j’ay prétendu et me suis vanté d’avoir rendu un véritable service
à la chose publique, et pour qu’on ne pensât- pas qu’en faisant parade de mon zèle, je ne pensois qu’à mon intérêt, j’ay déclaré il y a longtems que je me contenterais de la moitié de ce qu’on donnoit aux restaurateurs du Musée de Paris, vous péserés mes raisons, Citoyen Ministre, et je m’abandonne avec confiance à vottre justice.
A l’egard du décrassement des figures de Versailles, voyés, Citoyen Ministre, je vous y invite au nom du bien public, voyés ma lettre qui est dans vos bureaux, en datte du 3 germinal an 7 : quand vous l’aurez lue, il ne sera plus nécessaire de vous exorter à faire quelques petits fonds nécessaires pour payer quelques ouvriers que je surveillerai avec le zèle, l’intelligence et la prudence que vous me connoissés. La lecture de la lettre que je vous invitte à voir, vous portera à éveiller vous même tous ceux qui pourraient s’endormir la dessus.
Si je viens de vous parler de ma prudence, vous en avés une preuve dans les démarches que j’ay faittes, lorsque, malgré mon intime conviction, j’ay cherché à m’appuyer de l’approbation de tout ce que je connoissais de sçavans chymistes ; vous en avés une preuve dans l’abandon provisoire que je fais d’un second procédé; j’en ai assés dit dans ma lettre du 22 courant et si ce que je vous écris ici n’étoit pas destiné à passer dans vos bureaux sous les yeux de vos commis, je vous dirais en confidence un mot qui vous ferait sûrement partager la confiance que j’ay à l’innocence de ce troisième procédé.
Mais pourquoi l’institut ne prononce-t-il pas sur l’effet bon ou mauvais de mes trois procédés, après l’examen du marbre que je luy ai envoyé il y a juste un mois; il me semble qu’il ne falloit pas un si long tems.
Lisés, Citoyen Ministre et permettés que je revienne souvent là-dessus, Usés ma lettre du 3 Germinal an 7 et vous vous applaudirés de l’avoir lue parce qu’elle contient des observations très importantes pour la conservation de nos chefs d’œuvres.
Si au zèle qui m’a conduit en tout ceci, vous pouviés soupçonner quelque intérêt particulier, j’avoue franchement j’ai espéré que vous me tiendrés quelque compte et que vous me scaurés quelque gré des soins infinis que je me suis donné pour observer, pour constater la nature du mal et ses dangers, pour en avertir tous les Ministres qui se sont succédés et enfin pour trouver les moyens de le guérir, ce que je crois avoir trouvé.
Salut et respect.
Duplessis.