INSTITUT NATIONAL DES SCIENCES ET ARTS
68e SÉANCE DU 6 FRUCTIDOR AN VIII (24 AOUT 1800).
Rapport sur le nettoyement des statues de marbre.
Le 5 thermidor de l’an VII, le Ministre de l’Intérieur a soumis à l’Institut la question suivante :
« Par quels moyens peut-on éviter les inconvénients qui résultent de l’emploi du savon noir ou autres compositions mordantes mises en usage pour le nettoiement des statues de marbre? »
La classe de Littérature et Beaux-arts a chargé tous les membres de la section de sculpture1 d’examiner cette importante question, de concert avec les citoyens Vauquelin et Chaptal, nommés commissaires par la classe des sciences mathématiques et physiques.
Il faut distinguer les statues de marbre exposées au grand air de celles qui décorent l’intérieur des édifices. Les premières se couvrent tôt ou tard d’une espèce de croûte noirâtre. Des matières qui appartiennent au genre des lichens s’y attachent et les salissent plus ou moins, selon que les surfaces en sont plus ou moins raboteuses.
Les secondes ne sont presque pas sujettes à contracter des taches parce qu’elles sont à l’abri de l’humidité.
L’effet du lichen sur le marbre est tel que peu à peu la surface s’altère, se
1. C’étaient : Pajou, Houdon, Julien, Moitte, Roland, Dejoux.
DUPLESSIS , CONSERVATEUR DU MUSÉE DE VERSAILLES a43 dégrade, se carie. Quand il s’établit dans les fentes, les morceaux de marbre se séparent bientôt; notre collègue Cels l’a observé à Versailles, sur la nymphe à la coquille.
Pour étouffer ce germe destructeur, on a eu recours jusqu’ici tantôt à des procédés chimiques, tantôt à des procédés mécaniques. On a employé des savons, des acides faibles, de l’eau de chaux, des dissolutions salines, du sable fin et humecté, de la craie ou de l’argile délayées par l’eau. Mais toutes ces méthodes ne méritent pas plus de faveur les unes que les autres. L’expérience l’a prouvé.
La commission propose d’employer, pour le nettoiement des statues, l’eau pure, des pinceaux, des brosses ou des éponges. Elle est d’avis qu’on laisse exister sur le marbre une légère teinte brunâtre, plutôt que de s’exposer à enlever de la pierre une seule couche. Mais si l’on veut rendre au marbre toute sa blancheur primitive, il faut employer à l’aide du pinceau l’acide muriatique oxygéné, saturé de potasse. Quand la tache a disparu, on doit avoir soin de laver et même d’inonder la statue à plusieurs reprises et pendant plusieurs jours, pour être sûr qu’il ne reste rien de l’acide muriatique.
La commission ne s’est pas bornée à chercher un remède propre à guérir le mal; elle a découvert le moyen de le prévenir. Le procédé qui suit lui a paru le plus convenable.
On chauffe le marbre dans une étuve ou à l’aide de charbons ardents. Dès qu’il est assez chaud pour fondre la cire, on promène sur la surface de la cire blanche qui, en se ramollissant, pénètre insensiblement dans les pores. Quelques minutes après, on frotte le marbre avec des linges chauds et mous, et on enlève tout l’enduit dont la surface est couverte. En plein air, on profite d’un soleil brûlant pour enduire le marbre de cire fondue ; on promène ensuite des fers chauds sur la surface, pour tenir la cire plus longtemps ramollie et enlever plus commodément, avec des linges très chauds, tout l’excédent de l’enduit. Par là, on donne au marbre un plus beau poli ; on remplit parfaitement les pores, et il en résulte une surface vitreuse qui empêche les végétaux de jeter des racines dans le corps même du marbre. La pluie ne s’infiltre plus dans le tissu, et le marbre n’a plus rien à craindre des gelées. Les statues ainsi préparées n’ont besoin que d’être lavées de temps en temps pour conserver leur blancheur et leur poli.
L’expérience en a convaincu tous les commissaires dont le rapport, adopté par l’Institut national, a été adressé par lui au Ministre de l’Intérieur.
(Registre des séances delà classe des sciences physiques et mathématiques. T. 1 1 2, p. 269-364.)
Versailles, le 3 Germinal an 9 [2 4 Mars 1801].
Duplessis, surveillant, etc... au Citoyen Ministre de l’Intérieur.
Citoyen Ministre,
J’ai sollicité il y a longtemps auprès de votre prédécesseur une indemnité pour restauration d’une quarantaine de tableaux du musée de Versailles qui tomboient en ruine; et que j’ai conservés par des réparations que ji ait faites.
Il a senti la justice de ma demande et ma répondu en datte du douze messidor an huit, que je serais incessamment averti de me présenter pour toucher la somme qu’il me destinoit : incessamment veut dire sans délai, et cependant il i a neuf à dix mois que cette promesse me fut faite, d’où je conclus j’ais été oublié, je réclame auprès de vous, avant d’autant plus de confiance que j’espère que vous corrigeré une erreure dans laquelle votre prédécesseur a été conduit je ne sais comment; il parait qu’il me destinoit six cents francs, somme bien insuffisante pour un travaille aussi important et aussi long.
Estimés mon travail, en bloc, ce n’est guierre possible, puisque pour cela il eut fallu constater l’état de ces tableaux. Mais il i a aussi un autre moyen, c’est d’aprécier mon tems. J’ai travaillé à cette restauration depuis le quinze thermidor jusqu’au premier germinal l’année suivante; ce qui fait sept mois et demi de travail ; si je défalque une trentaine de jours (et c’est beaucoup) pour le temps que j’ai employé à mes propres affaires, il reste six mois et demie d’un travail assidu autent que pénible. Qu’on me paye à la journée comme on fait à l’égard des restaurateurs du muséum de Paris; je me contenterai même de la moitié de ce qu’on leur donne, afin
que l’on ne croit pas que c’est l’intérêt plustot que mon zèle qui ma conduit : or les restaurateurs du muséum de Paris resoivent douze francs par jours ; après avoir fait parler la justice, je ferai parler l’humanité, je suis âgé de soixantes-dix-sept ans et de plus infirme, de plus ruiné, je n’ai que mon traitement arriéré de plusieurs mois et cependant forcé de m’entourer de médecins, apothicaires, etc.