DES FIGURES DU PARC DE VERSAILLES
Le 29 Germinal An 9 [19 Avril 1801].
J’ai reçu, Citoyen, la lettre que vous m’avez adressée le 3 de ce mois par laquelle vous réclamez le payement de l’indemnité qui vous a été accordée pour restauration de divers tableaux au Musée de Versailles, en persistant à demander une augmentation de salaire pour ce travail ; je vous rappelle que mon prédécesseur vous a fait connoître l’inutilité de toutes démarches pour obtenir cette augmentation; je ne changerai rien à sa décision. Quant à la somme qui vous revient, elle est ordonnancée depuis longtems, et vous pouvez vous présenter quand vous voudrez à la division de comptabilité de mon Ministère pour retirer votre ordonnance. Les jours d’entrée sont les 4 et 8 de chaque décade Je vous salue.
Ainsi rudoyé et invité à se taire, Duplessis se tut, mais il ne livra pas son secret. Il avait craint l’indiscrétion des bureaux et laissé voir une défiance dont on lui tint rigueur, non seulement dans la fixation de la maigre indemnité qui lui fut allouée — inférieure au salaire d’un simple artisan — pour la conservation de tant d’œuvres que nous lui devons de connaître ; il avait aussi appelé l’attention sur sa personne plus que de raison et on s’avisa qu’il avait dépassé la soixante-quinzièmc année : c’était un motif de se priver de ses services ; on le remplaça au musée de Versailles vers la fin de prairial an IX. Il faut citer ici le récit de Lauzan qui, pour cette période, est un témoin :
1. Le corps de la lettre est d’une main étrangère; seule la signature est de Duplessis.
« Alarmé de l'incertitude de son sort, il trouve assez de force pour se transporter chez le préfet du département de Seine-et-Oise ; et là, il peint, avec cette chaleur qui le caractérisait, la situation fâcheuse dont il se croyait menacé. Emu par le spectacle touchant d’un vieillard octogénaire, que tant de motifs rendaient recommandable, ce magistrat sensible s’empresse de le consoler, le rassure et lui dit : — Citoyen Duplessis, ayez confiance dans la justice du ministre et soyez bien convaincu qu’un gouvernement comme le nôtre, n’oublie pas un homme tel que vous l.
« Quelques jours après, il reçut une lettre du ministre de l’Intérieur, qui lui annonçait une pension de 2000 livres, à titre d’indemnité annuelle. Depuis ce moment ses forces qui diminuaient chaque jour, l’abandonnèrent insensiblement et enfin le 1 1 germinal an dernier ( Ier avril 1802) la mort est venue terminer une carrière qu’il honora pendant 78 ans par une vie sans tache et par des talents distingués. »
1. Ne perdons pas une occasion de rendre justice à un préfet ami des arts; il s’appelait Germain Garnier. Le ministre était Chaptal.