‹ J. SulkowskiChapitre 12 sur 88 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

jour transformé en une métairie par un baron allemand.

Cependant, au milieu dés préjugés ridicules qui étouffaient presque Auguste Sulkowski , il serait injuste de lui refuser toutes qualités. Il avait quelquefois employé son activité à des occupations louables. Fâché de ne pouvoir appliquer directement cette activité aux parties supérieures de la politique, malheureux même, ace qu’il croyait, de n’avoir point un royaume à gouverner, il avait cherché à se consoler, en gouvernant au moins des maisons d’éducation. C’est lui qui, dans le chef-lieu de sa résidence à Rydzyna^ petite ville du Palatinat de Posnanicy créa deux établisseinens d’éducation pour la noblesse indigente. L’un était sur le modèle de l’école militaire, dite des Cadets de Varsovie, à l’érection de laquelle il n’avait pas été inutile; cette école, qui depuis a dû son lustre aux soins et aux lumières du prince Adam Cuirtoryski y est celle qui a vu naître et formé \s:^Kosciuszko y les Jasinskij les Kniaziewicz et autres hommes distingués, dévoués à leur patrie.

C’est ainsi que , paraissant arriéré sous le rapport de plusieurs antiques idées, le prince Auguste, à d’autres égards , était au niveau de celles qui désirent et conseillent l’instruction. Envers son . neveu, il avait fait preuve d’un excellent esprit dans l’éducation qu’il voulait lui donner. Dans les voyages, non seulement il lui apprenait

à voir, mais à bien voir, à juger, à observer, à comparer les mœurs des nations.

Un premier voyage de Fonde et du neveu dura quatre ans. Le prince à son retour avait le besoin des voyageurs , celui de raconter.il donnait des fêtes continuelles pour avoir des auditeurs. Ce que les etrangers remarquaient beaucoup plus que le prince Mentor lui-même, c’était le jeune Télémaque, dont Fintelligence précoce et les rapides progrès excitaient Fintérêt public. Les érudits voyaient en lui un jeune Quintilien , un Pic de la Mimndoley un Heinecken, On interrogeait ce savant qui avait déjà tant d’instruction et si peu d’années. J. Sulkowski, sans désir de briller, paraissait vouloir écouter longtemps encore , avant de se croire le droit de parler : soit la juste fierté de ne point répondre à des courtisans qui Finterrogeaient par flatterie pour son oncle, soit Forgueil de ne pas trouver des questionneurs dignes de ses réponses, il gardait souvent le silence.

C’était à la diplomatie qu’ Auguste Sulkowski avait destiné ce neveu, dont il voulait faire un homme d’État, qui portât son nom. Les talens d’agrément entrent essentiellement dans l’éducation de l’homme d’État; les jeux de société n’étaient donc pas oubliés dans les occupations de Joseph. Un homme d’État est souvent obligé de se prêter à tout ; il faut qu’il sache jouer pour être amusant ; un air frivole peut lui donner le mérite de paraitre distrait, mérite qui trouve fort bien sa

LIYBE PREMIEU.

place à la cour. Où convient mieux l'appareiice de la distraction que là où il faut le plus la réalité ^ et toute la présence de l’attention ?

Sulkowski, essayant à peine la musique, réussissait déjà au piano, au violon, à la flûte. Après avoir dessiné la figure, le paysage, il esquissa bientôt des tableaux d’histoii-e. En même temps y U pouvait défier les joueurs d’échecs, et n’était pas moins adroit à la gymnastique qu’aux jeux de l’esprit.

Ce h’est point par oubli que les sciences exactes’ se trouvaient omises dans l’éducation du neveu : c’était une exception volontairement faite. Aux yeux du prince Auguste , les sciences physiques et mathématiques n’étaient que des accessoires fort légers, dont U suffisait, disait-il, à V homme (T État d’avoir des notions générales , de connaître les' définitions, pour s’en servir au bésoin, comme si l’on pouvait connaître les définitions, et faire l’application des sciences dont on ignore les principes.

'Mais ce que Fonde avait eu le tort de ne pas foire apprendre à son neveu, le prompt jugement de celui-ci lui conseillait de le suppléer. Un heureux hasard seconda ses dispositions.

Un des élèves les plus distingués de l’école militaire-, Michel Sokolnicki^ logeait alors chez le prince Auguste; Sokolnicki était occupé de travaux d’architecture et de fortifications. Il s’était pris d’àmitié pour celui dans léquel il apercevait

J. SULKOWSRf.

un noble caractère et des dispositions studieuse^. Sensible à cet intérêt, Sulkowski courait tous les jours chez l’ingénieur ami; il l’interrogeait sans cesse : son instruction très-forte , notamment sur les sciences mathématiques , le plaisir qu’il trouvait dans cette relation paternelle, où il était aussitôt satisfait sur tout ce que cherchait la vivacité de son esprit, faisait parfois manquer à J. Sulkowski ce qu’on appelle à la cour les heures des apparie^ mens J et l’on sait que ce prince n’entendait pas raison sur cet article si important à T homme d*Élat, Pour notre difficile humanité , la raison est comme un breuvage bien pénible à faire accepter, si les bords du vase ne sont pas enduits d’un peu de miel. Le prince Auguste était l’un des hommes avec qui cette précaution était le plus nécessaire. Sokolnicki, prenant tous les jours plus d’intérêt à son jeune élève, désirait réparer dans son éducation celte lacune de connaissances mathématiques; mais il fallait l’agrément de l’oncle. Pour l’obtenir, Sokolnicki croyant mieux combattre un faible, en paraissant s’y prêter, commença par abonder dans l’idée favorite de faire un homme d' État ; vcièmie en suivant cette idée du prince? l’éducation de son neveu ne devait pas rester incomplète. Bientôt il démontra au prince combien les méthodes des sciences exactes étaient propres à rectifier et affermir ce que les sciences morales peuvent avoir de vague en certaines parties : le genre d’esprit du jeune Sulkowski, la puissance

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