‹ J. SulkowskiChapitre 14 sur 88 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

et il en donne la démonstration , lorsqu'un docteur en théologie, ennemi personnel (théolc^iquement parlant ) de ces idées redoutables pour les doctrinaires stationnaires, ce théologien relevant la discussion épuisée : « U faut espérer, dit-il » d'un ton doctoral , que M. le mathématicien » voudra bien nous citer un exemple pour nous » convaincre des vérités qu’il avance avec tant » d'assurance; car pour moi je ne donne ma foi » qu’aux mystères de la religion : pour tout le » reste, il faut que je voie d’aboixl ce qui a été » fait par nos pères ; je ne veux pas être plus sa- » vant qu’eux.... Le premier de nos pères a perdu » le genre humain pour avoir osé toucher à l’arbre » de la science du bien et du mal; gardons-nous T» de recommencer une pareille témérité. Nous pery> drions aussi nos enfans, comme Âdam a livré j> les siens en les frappant du péché originel. Que » le genre humain ne soit plus si ambitieux , et » qu'il reste là où Dieu l'a mis ; qu’il y reste sans » vouloir essayer de prétendus progrès toujours » nouveaux...»

L'oracle avait parlé : Sulkowski part d'un éclat de rire permis à la supériorité de la raison. Déjà la sienne ne savait pas faire grâce à la sottise présomptueuse. a Je passe , dit-il , la profonde obser- » vation à un scholastique aussi subtil , accoutumé » à soutenir dans ses thèses que les ténèbres sont » la lumière. Il ne voit pas pourquoi l’on préfère » la lumière aux ténèbres ; sa logique est trop au-

» dessiis de la raison pour admettre le raisonne- » ment. 11 vaut mieux sans doute consumer la vie }) en ai^umentations inintelligibles , soutenir à » /?nbr/qiiei*espèce humaine doit resterà la même » place qu’hier, et conclure à posteriori qu’elle ne » peut espérer de faire demain un progrès de plus.»

Le théologien ne se croyait point battu : il ne pouvait comprendre tout ce qu’il y avait d’esprit dans l’ironie. Par une réplique non moins vive, Sokolnicki acheva de le réduire au silence. La ténacité de Sulkowski fut couronnée du succès de la raison.

On a vu que Sokolnicki avait démontré la possibilité et la facilité d’exécuter le canal en hiver. Saisi de la vanijé de donner comme sa conception personnelle l’application d’une idée qui avait autant de nouveauté que de probabilité, le prince Auguste la prit au vol. Pour la première fois de sa vie, oubliant l’étiquette, il se lève de table, court se jeter dans les bras de Sokolnicki en le comblant d’éloges. Lemaître et l’élève, pour récompense , demandent à se mettre à l’ouvrage ; ils désirent se présenter à la cour en habits d’arpenteurs. Le prince y consentit avec bonne grâce. C’était un homme d’esprit, lorsque son jugement parvenait à lui faire immoler ses faiblesses». Dans sa nouvelle occupation, J. Sulkowski devait trouver un double avantage ; il faisait une chose utile, et il échappait pour quelque temps au cérémonial de la cour.

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