LIVRE PREMIER
Les travaux extraordinaires, nécessités par l’entreprise du canal, obligèrent Sulkowski à fortifier ses études mathématiques, heureusement commencées. 11 avait promptement saisi les premiers élémens de géométrie. Sa pénétration dévorant les difficultés, il achevait rapidement le cours de géométrie pratique. Il n’y avait pas un problème des opérations graphiques de la planchette que J. Sulkowski ne fut en état de résoudre et de démontrer. Pendant qu’avec une activité inouie il pressait les travaux du canal pour les terminer avant l’arrivée des neiges, il s’amusait, au moyen de la planchette, à lever la carte des passages qui avoisinaient le canal; étude excellente, qui ne contribua pas peu à le mettre sur la voie des connaissances qui devaient dans la suite lui devenir plus utiles.
C’était en 1786 que, leurs voyages achevés, l’oncle et le neveu étaient revenus en Pologne. Ce beau pays était tout-à-fait sous l’empire de la Russie. Du fond de son palais, Stackelberg faisait mouvoir le conseil permanent. Frappé de cet ineffaçable sceau de la Russie, dont sa création fut empreinte, le Roi de Pologne lui - même envoyait humblement tous les jours demander ses ordres à l’ambassadeur de Catherine. Les partisans de Slanislas- Auguste disent que cette conduite était en partie forcée par la nécessité de se défendre contre les prétentions des Magnats, et qu’il se soumettait à une puissance étrangère pour gouverner sous sa
protectioD. Ils ajoutent qu’il opérait quelques changemens heureux dans réducation , qu’il donnait de l’avancement à la petite noblesse, qu’il accueillait la bourgeoisie et qu’il faisait quelques établissemens d’arts ou de culture. Les partisans de Stanislas pourront prouver qu’il fut architecte, jardinier, connaisseur en tableaux, même discoureur facile : ces éloges peuvent être très-mérités. Ils ne prouvent rien de plus, sinon qu’un Roi, louable uniquement en ces choses, est un Roi fort peu digne de l’être.
Le rang secondaire où la Pologne se trouvait descendue par la domination de la Russie, restreignait singulièrement, aux yeux du prince Auguste, la carrière diplomatique dans laqueUe il avait eu le projet de lancer son neveu. Retournant son ambition dans tous les sens, loin de la juger perdue, il crut au contraire qu’elle pouvait s’adresser à des moyens plus actifs et plus heureux. L'armée lui parut présenter ces moyens à qui pouvait y prendre rang. Lui-même, comme président du conseil de la guerre, se trouvait tout porté pour servir son neveu. 11 lui fit donner une sous-lieutenance dans le régiment des chasseurs, dont il était le chef. ( 1787. )
Ce premier grade n’était pas seulement une faveur. Inscrit d’abord sur le cadre militaire , Sulkowski avait été soumis aux exercices de simple soldat. Maintenant il accompagnait tous les jours son oncle au conseil de la gu^riv. Ou voyait avec