‹ J. SulkowskiChapitre 18 sur 88 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Sulkowski, occupé de tant de diverses éludes, trouvait encore le loisir de composer quelques morceaux de poésie dans la langue française. 11 semblait l’adopter d’inslinct, comme la langue future de la liberté. En jetant les yeux sur quelques-uns de ses informes essais, on pourrait sans doute faire de justes critiques, suivant les règles de là grammaire et de la versification , si c’était sous ce rapport qu’on voulût examiner les essais de Sulkowski. Cest dans un autre esprit, qu’on doit regarder le bégaiement d’un enfant ingénieux. Ce qu’on ne peut méconnaître dans la première ligne comme dans la moindre parole de Sulkowski, c’est toujours de l’imagination, toujours une conception vive et originale; On ne tient que de la nature cette faculté si précieuse. Dans ses. extravagances les plus enfantines, cette imagination ardente ne choisissait jamais que de nobles sujets de morale et de liberté. Le meme goût d’esprit s’étâit fait apercevoir dans les nombreux extraits d’histoire , de mythologie, que Sulkowski avait faits depuis qu’il avait su lire. Les choses qui le frappèrent toute sa vie, dans toutes les époques de l’histoire, furent toujours ou les progrès ou les efforts de la raison , les actes ou les tentatives du courage qui ont eu le triomphe de la justice pour but. On sait assez que pour Sulkowski la justice appliquée aux grands intérêts représentés par la politique ne pouvait jamais être que la liberté. « Un Français, un Anglais, un

J. SULROWSKI.

» Espagnol, un Italien , un Russe sont tous à-peu- » près le même homme, a dit J. -J. Rousseau, dans » son Essai sur le gouvernement de Pologne : « II » sort du college déjà tout façonné pour la licence, » c’est-à-dire pour la servitude. A vingt ans , un » Polonais ne doit pas être un autre homme; il » doit être un Polonais. Je veux qu’en apprenant » à lire, il lise les choses de son pays; qu’à dix » ans il en connaisse toutes les productions, à » douze, toutes les provinces, tous les chemins, » toutes les villes; qu’à quinze il en sache toute » l’histoire, à seize, toutes les lois; qu’il n’y ait w pas eu dans toute la Pologne une belle action ni » un homme illustre, dont il n’ait la mémoire et y> le cœur pleins, et dont il ne puisse rendre compte » à l’instant. »

Sulkowski brûlait d’être, on peut dire qu’il

était le Polonais de J.-J. Rousseau.

L’excès de son travail fît craindre pour sa poitrine; soit que son ambition laborieuse fût la cause ou l’effet de ce genre d’affection , l’ardeur toujours croissante de Sulkowski ne pouvait pas rassurer sur son état physique. Dans ce moment, une de ses sœurs venait de mourir d’une maladie de poitrine. Sulkowski ne pouvait éviter ce funeste sort que par un régime rigoureux. U se soumit patiemment à toutes les privations. A l’âge de dix-huit ans , c’est prouver déjà une grande puissance sur soi-même. C’est que J. Sulkowski avait fixé un noble but à sa victoire ; c’est que ,

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