LIVRE SECOND
tes les charges civiles et militaires. On soumit les décrets de la nation à la nécessité de sa sanction. Le veto suspensif fut donné à un sénat puissant. Un conseil de cinq Magnats, tirés du corps des ministres toujours nommés par le Roi, devait régner sur la nation dans Tintervalle des Diètes. 11 avait bien été question de quelque responsabilité pour ces cinq E phares; mais le mode rendait toute responsabilité illusoire. Pour ébranler ces hautes puissances, il ne fallait pas moins que les deux tiers des représentans qui les déclarassent coupables; et le Roi , présumé plus sage que toute une assemblée, tenait de la constitution le droit de les changer tous les deux ans.
Dans son Essai sur le gouvernement de Pologne, celui de tous ses ouvrages, où, sans changer ses principes, il semble le plus disposé à fléchir leur rigueur, et à les accommoder à la politique, J.-J. Rousseau écrivait : « On a proposé de rendre la » couronnehéréditaire; assurez-vous qu’au moment » où cette loi sera portée , la Pologne peut dire » adieu pour jamais à sa liberté... Au lieu de cette » fatale loi qui rendrait la couronne héréditaire; » j’en proposerais une bien contraire, qui, si elle » était admise, maintiendrait la liberté de la Po- » logne : ce serait d’ordonner par une loi fonda- » mentale que jamais la couronne ne passerait du » père au fils, et que tout fils d’un Roi de Pologne » serait pour toujours exclu du trône. » On fit ici précisément tout le contraire de ce qu’avait con-
J. SILKOWSKÏ.
seillé J. -J. Rousseau. Le code polonais du 3 mai fut aussi mallieureusement terminé qu’il avait été commencé : il consacra la destruction du principe considéré j usqu’alors comme base de la République polonaise et de toute République, la forme élective^ il laquelle on substitua X hérédité!!!
Le parallèle de l’élection et de l’hérédité a été approfondi dans les ouvrages des plus forts publicistes. On ne prétend pas que la forme d’élection établie en Pologne fut une forme parfaite, qu’elle dut rester telle à jamais, et sans espoir ou désir d’amélioration. Les inconvéniens , les abus même inévitables dans l’élection ne prouveront pas à leur tour le mérite supérieur et infaillible de l’hél édité. Si l’hérédité réclame un Tiiiis, un Trajan, un Henri IV y à travers le désert des siècles, il y a fort peu d’intervalles dans les annales humaines où l’on ne puisse faire hommage à cette meme hérédité de produits moins heureux pour l’humanité. IN’cst-ce pas à l’hérédité qu’appartiennent les Tibère y les Néron y les Caligulay les Louis XI y et tant d’autres monstres impériaux ou royaux, qui tenaient leur couronne de l’hérédité ?
Cependant le législateur polonais, n’osant point attaquer de front l’antique considération attachée à la théorie de l’élection, prit un détour peu ingénieux; car il n’est qu’un jeu de mots, ce fut de déclarer le trône électif dans une famille y c’était bien l’hérédité moins le terme propre. Ainsi la succession au tronc de Pologne fut déférée à 1’é‘lcc-