LIVRE SECOND. O
leur de Saxe, qui y, avait été déjà appelé à la mort de Stanislas Auguste.
« Voilà donc Tissue d’une prétendue Révolu- » lion ! Pour qui, braves Polonais, brûlez-vous de » répandre votre sang, disait Sulkowski? Pour » constituer la dot d’une Saxonne de neuf ans, » dont l’heureux mari devenait votre maître, et » dont tous les rejetons étaient acceptés par vos
éternels tyrans. »
Les Polonais qui ont jugé la constitution du 3 r?iai, avec moins d’humeur et de chaleur peutêtre que Sulkowski, l’ont trouvée faiblement conçue, rédigée sans précision, inférieure en tout à plusieurs de celles qui l’avaient précédée ; à celle des Américains en 1778, à celles des Français jusqu’à l’an 3 inclusivement. Le législateur polonais ne sut, ou ne voulut pas éviter des vices essentiels reconnus tels parles lumières de l’époque, ceux qui touchent aux premiers droits de l’humanité. Ainsi, tout en paraissant vouloir relever la généralité des hommes du pays à la dignité qui est le droit de tous, on avait conservé l’ancienne division de la nation en trois classes, les nobles, les bourgeois, les paysans. J. -J. Rousseau qu’on trouve toujours plus excellent à rappeler quand il s’agit de la Polo gne, s’exprime ainsi sur la question des tmis ordres : « La République de Pologne, a-t-on sou- )) vent dit et répété, est composée de trois ordres : » l’ordre Equestre, le Sénat et le Roi. J’aimarais » mieux dire que la nation polonaise est composée
J. SULKOWSRl.
» de trois ordres : les nobles qui sont tout, les » bourgeois qui ne sont rien, et les paysans qui » sont moins que rien. » Cette difierence dans les conditions laissait l’organisation des pouvoirs très -difficile; car il n’y a rien de plus difficile que ce qui est compliqué. Tel est le caractère des Lois dictées par des combinaisons particulières; elles sont obligées de faire des circuits tortueux pour déguiser leur but, et ne peuvent ainsi arriver jusqu’aux intérêts publics, puisqu’elles les sacrifient. Les seules lois auxquelles il soit permis d’être simples, sont celles qui, prenant leur source dans la justice, dans la nature éternelle, embrassent réellement les intérêts généraux.
Dans la constitution du 3 mai^ selon Sulkowski, les droits même des classses subsistantes se trouvaient trop peu balancés pour que le résultat des délibérations pût devenir l’expression de la volonté générale. On sentait à chaque ligne de cette constitution l’influence de l’esprit des nobles qui l’avaient faite. Les privilèges des gentils-hommes, leur prééminence dans la vie publique ou privée étaient le premier objet de spéciale garantie; peutetre pouvait-on entrevoir une quasi-promesse de rapprocher un jour la classe des bourgeois de celle des nobles. Quant à ce qui est des paysans, ils n’y étaient guère indiqués que par quelques expressions générales , quelques vagues espérances données fort au loin, et qui semblaient arrachées aux auteurs constituans plutôt par la