‹ J. SulkowskiChapitre 22 sur 88 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

crainte de passer pour barbares dans le dix-huitième siècle, que par ce sentiment de justice, d’humanité et de raison qui livre sans réserve ce qu’il a promis de bonne foi.

Pour sauver la constitution du 3 mai du reproche d’illibéralité , ses défenseurs répondent qu’une grande ouverture d’ennoblissement élait donnée à tout le monde. Chacun pouvant devenir noble à la suite de quelque tems, la noblesse, disent les constituans du 3 mai^ cessait de fait, et le peuple seul avait toute son existence de droit comme de fait; car, si en France on avait élevé tous les nobles à la dignité de peuple , la Pologne suivant une route différente allait au meme but , puisque tout le peuple devait incessamment arriver à la dignité de noble. Ah ! quels que soient les détours et les artifices qu’on prenne pour tromper l’égalité , cette loi suprême ne peut être éludée ; elle est le vœu, parce qu’elle est le besoin universel; elle doit régner du moment qu’on en a parlé une première fois. C’est ainsi qu’après avoir sévèrement examiné la constitution du 3 mai^ ce qu’on ne peut lui refuser, c’est d’avoir au moins commencé l’une de ces discussions qu’on ne voit jamais entamer sans que tôt ou tard les peuples qui s’en mêlent, puissent n’y pas rester vainqueurs.

Les défenseurs de la constitution du 3 mai veulent ajouter à ses titres les grandes promesses qu’elle faisait à l’instruction publique, (quoi(|ue

rinstruction des enfans du Roi soit à-peu-près la seule formellement exprimée dans le code), et ils excusent les délais de la liberté annoncée à toutes les classes , par le motif que plusieurs de ces classes, celle des paysans surtout, avaient besoin d’ètre éclairées avant d’étre admises à la jouissance de ce grand bienfait de la liberté.

Discutera-t-on, demandait Sulkowski, comme une question, si les êtres de la même espèce, nés avec les mêmes besoins , conséquemment avec les mêmes droits, sont dans la nécessité d’être pourvus de grandes lumières pour être admis à la jouissance de ces premiers droits? Discutera-t-on si cette jouissance ne suffit pas pour donner bientôt la connaissance qui est nécessaire à son exercice modéré ? Cet enfant qui veut quitter le berceau, est-ce en l’y retenant dans ses langes, estce en continuant ses liens que vous lui apprendrez à marcher ? C’est la libre disposition des facultés qui les développe; c’est le mouvement seul qui peut conduire à l’équilibre.

Comment accorder d’ailleurs une grande confiance à la sagesse de tous ces constituans Polonais, en voyant ceux d’entr’eux qui se croyaient assez supérieurs aux progrès des autres hommes, pour que ceux-ci ne pussent pas être libres dans la plus faible proportion , n’avoir pas fait eux-niêmes assez de progrès pour oser consacrer la première de toutes les libertés, la liberté de conscience ? car le premier article de la constitution qui finit

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