LIVRÉ SECOND
C’est à d’autres titres que le jeune capitaine veut obtenir des distinctions.
La campagne venait de s’ouvrir : Suikowski fut envoyé en Lithuanie, où trente mille Russes étaient entrés. Il fl: cette campagne en brave Polonais, et en écrivit une histoire en bon français. La langue des destructeurs de la tyrannie était celle dont il fallait se servir, dit-il, pour laver les outrages faits à sa nation, beaucoup plus par les calomnies des Russes que par leurs armes. Quant aux Polonais, il ne croyait pas nécessaire de leur rappeler ces faits dans leur langue. 11 s’en rapportait à leur indignation pour garantir de l’oubli les affronts qu’ils avaient reçus.
Celui qui fut chargé de la défense de la nouvelle constitutiou du 3 mai ^ fut Stanislas-Auguste Poniatowski. On avait investi de la suprême direction de la guerre ce Roi ou plutôt ce fantôme de Roi , qui n’avait jamais fait la guerre. Il était parvenu à l’âge de soixante ans, vivant au milieu des femmes et sans avoir visité les camps. Avec une pareille vie, lors même qu’on aurait eu dans la tête quelques idées libérales , on ne peut trouver dans son cœur cette force de résolution que demandent les grands périls. Stanislas ne se vit pas sans frayeur chargé de la mission peu facile pour un prince d’aussi peu de caractère, de défendre les droits d’un peuple qui ne pouvait être dirigé que par une grande énergie. Le défaut de cette énergie si nécessaire tenait Stanislas tout
J. SULKOWSKl.
prêt, et comme d’incUnation, à proposer ou recevoir une paix honteuse !
D’estimables Polonais, en voyant les résultats de la conduite de Stanislas , ont eu le droit de ne pas la juger avec grande indulgence ; ils ont pu déplorer les conséquences fatales de l’apathie qui mène à l’impuissance du bien , inexcusable surtout dans un Roi; ils ont pu flétrir dans l’homme
public, le chef d’un grand État, cet anéantissement complet où le plongent les habitudes de la volupté. D’autres ont prétendu que ce jugement était trop rigoureüx, et partait d’une opinion d’inimitié. Quant à Sulkowski , il n’était certainement point l’ennemi de la personne du Roi ; s’il l’était de sa conduite, c’est qu’il était l’ami de
sa patrie.
Ce sentiment peut ne pas laisser les âmes qui en sont ardemment éprises , toujours maîtresses de cette modération analytique a laquelle ne survit aucune vertu , de cette froideur réfléchie qui ne s’échauffe et ne s’échappe jamais à concevoir, ou du moins à exprimer aussi franchemeut que l’a rendu le plus éloquent comme le plus moral de nos poètes dramatiques ,
Ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.
Or, Sulkowski disait que Stanislas avait calcule avec un flegme vraiment royal combien de sang devait être répandu , avant que la nation sacrifiée