‹ J. SulkowskiChapitre 26 sur 88 · LIVRE SECOND. b · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. b

n’avait donné que cinq cents hommes à Sulkowski. Six mille Russes l’attaquent, il perdait beaucoup de monde; un aide-de-camp du vice-^rand général Zabiello arrive; étonné de la résistance qu’il voit faire avec des moyens aussi faibles, et croyant Sulkowski épuisé, il veut le relever. « J" ai V ordre de défendre ce poste ^ il sera défendu jusqu au dernier de mes soldats; allez ^ si vous le voulez y dire ma position: en attendant je me bats et je les bats. » La constance de Sulkowski assura la retraite de l’armée, et le jeune Léonidas sauva ses concitoyens, sans périr aux Thermopyles...

Ce début de Sulkowski dans la carrière militaire fit sensation en Pologne. Dans un pays aussi anarchique, où chaque gentilhomme se piquait* de méconnaître la subordination , un pareil exemple de respect pour la discipline en même temps que d’intrépidité devait attirer les regards , et pouvait les blesser comme censure d’une conduite fort différente. Mais Sulkowski, fier dans sa conduite, indépendant de toute autre considération que de celle du devoir, s’occupait peu de la récrimination envieuse des amours-propres. D’ailleurs, si le nom de Sulkowski était arrivé au Roi dans cette circonstance, ce n’était que comme celui d’un patriote ardent et opposé à la mollesse du Gouvernement. C’est donc sans aucune faveur et sur la demande des soldats, les compagnons de son héroïsme , que Sulkowski reçut la croix militaire créée par Stanislas Auguste en 1792, Virtuti miti^

tari. Sa croix fut la première donnée dans l’armee sortant de chez le vice-grand général, le capitaine décoré dit à Sokolnicki en lui serrant la main : Ce que fai fait est fort peu de chose , mais fai bectU’coup de plaisir à V avoir fait. Bientôt Sulkowski fut nommé commandant du régiment, où, simple capitaine, il venait de paraître avec tant d’éclat.

Parmi les hommes distingués, auxquels, dans sa narration de la campagne de Lithuanie, Sulkowski donne leur juste part de gloire, il ne se nomme pas. Dans cette campagne, on le voit à son poste, on le sent partout sans qu’il cherche à se faire voir. Le fait d’armes brillant qu’on vient de rapporter, est omis dans sa propre narration : il a été sauvé de l’oubli et restitué à l’admiration publique par la mémoire d’un des premiers témoins oculaires, l’estimable Sokolnicki.

Sulkowski resta jusqu’à la fin de la campagne avec son ami. Cette campagne, stérile en évènemens remarquables, ne le fut point en leçons utiles pour l’instruction militaire. Sokolnicki avait été chargé de tout ce qui concernait les reconnaissances: les deux amis firent ensemble un cours de castramétation aussi souvent mis en pratique que l’occasion s’en présenta. On sait tout ce qu’il y a d’important à bien assurer les reconnaissances dans la guerre active; Sokolnicki fait hommage de plusieurs de ses succès dans cette partie à son disciple Sulkowski; il déclare en avoir été redevable à l’exactitude de sa mémoire, à la promp-

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