IVRE SECOND
leur pays, n^eurent plus qu’à en sortir, ils émigrèrent; et une nation qui comptait neuf millions d’habitans, qui avait soixante-dix mille soldats sous les armes , fut conquise sans avoir été vaincue ! ! !
Sulkowski venait de commencer à être connu , ou plutôt de se connaître lui-même. La décision de sa conduite le rangeait bien parmi ceux qui sentaient ne pouvoir plus rester en Pologne.
Le chagrin d’être au moins inutile à son pays , le besoin d’un théâtre où son ame pût exercer son activité ; voilà ce qui dit à Sulkowski que la Pologne est partout où l’on défend la liberté ! il a regardé la France, qui est dans ce moment la République française ! ! 11 dit adieu à Sokolniki. Les deux amis se quittent après avoir ensemble' parcouru toutes les adversités, éprouvé toutes les amertumés. Leurs senlimens les avaient consolés quand ils étaient réunis ; une seule et même idée les soutiendra dans l’absence. Tous deux sont assurés qu’en tous les lieux, en tous les instans, leur cœur battra de la même passion , celle de la liberté de leur pays.
Dans ce moment, les citoyens les plus illustres' de la Pologne, et qui venaient de remplir les plus nobles rôles dans la Diète constituante, étaient réduits à quitter la malheureuse patrie tombée sous le fer moscovite! Parmi ces honorables fugitifs, on remarquait les Stanislas Malachowski^ les Sapieha , les deux Maréchaux de la Diète consti-
J. SL’LKOWSKI.
tuante, le prince Joseph Poniatowski, généralissime des armées polonaises; Kosciuszko, Hugues Kollontay, Ignace Potocki. Louis XIV, en recevant Jacques Stuard, repoussé par le peuple Anglais, a fait dire, [non sans quelque luxe poétique :
Et la cour de Louis est l'asile des Rois.
Puisse la France ne pas rester au-dessous de Texemple généreux donné par un de ses Rois, et devenir elle-même, à son tour, l’asile des citoyens proscrits pour la cause de la liberté! La défense de celte cause sacrée ne doit pas être moins solidaire que sympathique, à toutes les distances de la terre! ! Voilà l’élite des enfans de la Pologne, dispersés comme des grains de pousssière dans toutes les parties du monde!!
Sulkowski se rend en France, dans cette nouvelle République, alors chaînée de tout le poids de la coalition , mais prédestinée dès son berceau à étouffer tous les ennemis qui l’enveloppent ; il court à Paris, pour demander du service dans le cadre militaire des Français.
La République française comptait alors quatorze armées. Sulkowski sollicita vainement pendant trois mois, sans pouvoir obtenir d’être placé dans l’une de ces armées. Le vif chagrin que lui causa ce refus, ne put abattre un instant l’énergie de son ame. La liberté et la gloire militaire sont tout