LIVRE SECOND
lyour moi y écrivit-iJ, le mai 1793, à rune de ses tantes, en Pologne, à qui il faisait part des peines qu’il avait renconli*ées et de la nouvelle résolution qu’il venait de prendre. « Eh bien! dit-il, j’irai » aux Indes, j’irai chez Tipoosaïbe; il y a là des » intérêts qui ne sont point étmngersà la France, » je serai plus heureux qu’à Paris. » C’est ainsi que, quelque temps avant le i3 vendémaire de l’an IV , ona vuparaître un jeunegénéral de brigade d’artillerie, alors destitué comme militaire de /îecolulion parleconventionel Aubry. Ce général dont je veux parler, et qu’on reconnaît bien n’être pas autre que Bonapaite, avait erré pendant près d’un an autour des comités de la Convention, et las de solliciter sa réintégration, il ne demandait plus qu’un passeport pour se rendre à Constantinople,
loi*sque le 1 3 vendémiaire on sait le reste.
a Je connais le génie, l’artillerie, continuait » Sulkowski; je me perfectionnerai dans l’art » militaire; ce grand levier des tyrans doit étie » saisi par les hommes libres ; . . pour délivrer » son pays du joug de la force étrangère, il faut » parvenir à commander une armée; pour la com- » mander avec succès, il faut avoir l’éclat de quel- » ques services qui inspirent la confiance. » Sulkowski demeurait dans ce temps à Paris, chez un de ses compatriotes, dont les sentimens et les opinions paraissaient se rapporter le plus aux besoins de son ame. Ce Polonais, auquel une certaine supériorité d’itge et de réllexion donnait un
grand ascendant sur Fesprit de Sulkowski, Taverlissait souvent de son impétuosité, et lorsqu’il le voyait emporté par la vivacité de ses conceptions, il lui répétait ce vers d’Horace : Fis consilu expers mole mit sud, Sulkowski, docile au moins dans sa manière d’écouter, ne paraissait pas tenir absolument à son opinion avant de l’avoir examinée et débattue contre lui-même. Pendant ce débat, on l’aurait pu croire flexible et soumis à une maturité supérieure. Bientôt surgissait en lui une volonté imperturbable, et la mort même était le moindre des obstacles qui lui pût être opposé. 1^ résolution d’aller aux Indes était bien, de toutes celles qu’il eut encore formées , la plus fortement arrêtée. « Je veux revenir, ajoutait-il, » en Pologne, le sabre à la main; il me faut donc » acquérir de la gloire militaire, pour pouvoir » venger ma patrie de l’oppression des Russes. » La gloire militaire ne s’acquiert qu’à travers les » dangers; je dois donc les chercher, ils mènent » au but; voilà le chemin. Si je péris, j’aurai rem- » pli mon devoir. Autrement, puis-je consentir à » vivre? en ai-je le droit, si mon pays n’est pas » libre? »
Se rendre digne de représenter un jour, dans sa patrie, le rôle de libérateur, tel était l’unique et continuel objet des pensées de Sulkowski. V^oilà l’ambition qui dévorait son cœur; et personne ne sentait mieux que lui que, pour avoirle droit d’aspirer à cette grande mission, il ne suflit point