LIVRE PREMIER
ce que tous participent de fait ou de vœux à la formation des lois qui en sont l’appu i. V oilà le rempart qui peut seul garantir les nations ; si elle avait eu ce noble rempart, la Pologne serait encore debout !!!
L^un desesplusillustresRois,Sobieski,n’étaitpas un roi par hérédité; ce fut un roi élu^ et dont l’élection même avait essuyé l’épreuve de la franche contradiction. C’est contre lui qu’un noble s’étant levé seul dans la Diète , lorsqu’on lui demanda ce qu’il avait à reprocher au royal candidat : Je ne veux pas quHl soit Roi^ répondit-il. L’intention de ce Polonais hardi , ainsi qu’il le dit lui-même au Monarque proclamé , avait été de savoir si la liberté subsistait dans son pajs?\je respect qu’obtint son opinion au milieu d’une assemblée qui lui était tout-à-fait contraire, démontra l’inviolabilité qu’il voulait constater. C’est qu’on a le droit de tout dire, quand on a véritablement celui de choisir le chef de l’État. La Suède en a usé en appelant le Monarque dont elle se glorifie aujourd’hui. Ce droit que, sans nier les incertitudes qui entourent le premier berceau de l’histoire de France, on peut trouver à l’origine de ce berceau même et dans le triomphe du Pavois^ a été recouvré par la nation française en 1 83o , après quinze ans de régime impérial, et quinze ans de Restauration royale. Elle l’a noblement exercéen élisant Louis-Philippe i®** pour son Roi, et l’on peut déjà pressentir tous les développemens heureux qui peuvent résulter de la force du contrat synallag-
matique entre le peuple électeur et le Roi élu. Montesquieu et tous les publicistes ont regardé l’élection comme le principe créateur des grands hommes. Il n’est donc pas sans probabilité de croire que ce soit en partie au principe vital, résultant de son droit d’élection, que la Pologne, dans le temps où elle passait encore pour barbare, ait pu devoir de l’étre un peu moins que le reste de l’Europe; car un peuple est-il plus libre qu’un autre, même incomplètement, sans être plus avancé et plus civilisé ? Civilisation et liberté ne sont-elles pas, aux yeux de* la raison , deux états qui doivent être considérés tour -à- tour comme causes et effets des progrès et des espérances de l’espèce humaine? et comme le pouvoir de tout dire dans des questions aussi hautes et fécondes pour l’intérêt de l’humanité, ne peut pas tarder à faire naître le talent de bien dire, reconnaissons encore que c’est au sentiment de ce ^ beau droit, que la Pologne dut alors l’avantage de voir plus d’une fois paraître au sein de ses Diètes, des orateurs d’une éloquence remarquable. Quand l’éloquence est fille de la liberté , elle porte le caractère de sa noble origine; l’expression qui anime le langage, devient en même temps la preuve et comme la garantie de la force des âmes et des énergiques résolutions.
Un biographe de ce grand Sobieski, de si glorieuse mémoire, l’abbé Cojer^ qui serait peut-être un peu suspect de philosophie, s’il n’avait ap-