LIVRE SECOND
nir la lutte ; mais tout le génie de l’homme, s’il parvientà prolonger la résistancecontre le courroux de l’Océan, peut-il avec tous ses efforts répondre de ravir à ses gouffres affreux la malheureuse proie qui a osé les affronter ?
Sulkowski traversa la France bouillante de Révolution , passa à Lyon dans l’instant ou cette ville se préparait à la résistance contre la Convention nationale. La manière dont il rend compte de l’état des partis qui divisaient alors la France, pourrait faire croire qu’il ne connaissait pas toutà-fail les personnes et les choses. Mais ce que Sulkowski cherchait à juger au milieu des divers partis, c’était dans leur conduite ce qui menait plus ou moins directement et promptement au grand but de la Révolution; le parti qui s’approchait le plus de cette fin, est celui dans lequel il eût été, et pour lequel il était toujours presqu’involontairement.
Deux circonstances attirèrent particulièrement l’attention de Sulkowski dans cette route de la France: d’abord l’état de l’agriculture; il la trouva sensiblement améliorée ; il n’apercevait plus une terre en friche dans ce pays, dont cependant trois années auparavant , Arthur Young , dans son Voyage en France, avait déclaré qu’il n’y avait pas moins d’un grand tiers inculte. Dans cette nouvelle culture en si peu de temps mieux répartie, Sulkowski voyait un des premiers bienfaits de la
J. SlILKOWSKI.
Révolution , qui , en morcelant les propriétés , avait rendu plus laborieux et plus habiles ceux qui venaient de les acquérir; il obsei^vait ensuite rétat des places fortes qui protégeaient la frontière de la République. Ce n’est pas dans la force des bastions qu’il voyait la sûreté de la France, c’est dans le courage de ses citoyens, agrandi par le puissant mobile qui les anime, l’amour de leur liberté tout récemment conquise sur la Royauté. Au moment même ou il abandonnait la France, Sulkowski s’occupait encore de ses moyens de défense : il les examinait autant comme un citoyen attaché à la nouvelle République, que comme nn militaire qui cherchait partout des occasions d’augmenter son instruction; et ce désir d’instruction est toujours au profit de la liberté. Rien de si piquant et de si judicieux que la continuation des remarques du rapide voyageur. Beaucoup d’itinéraires magnifiquement imprimés, et décorés du nom pompeux de Voyages, méritent moins ce nom que ce coup-d’œil jeté en passant sur le chemin de l’Italie, et sur l’Italie elle-même.
Pendant que Sulkowski se rendait en hâte à sa mission du levant, que devenait la Pologne? Fidèles à l’usage suivi par les tyrans , de briser les instrumens dont ils se sont servis, les Russes avaient rejeté loin d’eux Félix Potocki. La chute de ce mauvais Polonais avait eu lieu au moment où il avait voulu tourner aux intérêts de son am-