LIVRE TROISIEME
Garnisons Russes en Pologne. “Nouvelles tentatives des Polonais. — *79^ , guerre de Plndependance nationale. — Madalinski.“ Ko.sciuszko à Krakovie. — Bataille de Raçlavicc. — - Succès des Polonais à Warsovie. •— Le roi Fre'denc-Guillaume. — Bataille de Szezekociny. — Reddition de Krakovie. — Le gdne'ral Mniewski. Soulèvement de la Grande-Pologne, — Mécompte de Frcde'ric- Guillaumc. — Sulkowski à Alcp. — Arrivée à Constantinople, — L’ambassadeur Descorches. — Nouvelle mission. — Club patriotique de Constantinople. — Suikowski à la tribune. — Départ pour la Pologne, — Déguisement» — Aventures, — Défaites successives de la Pologne. — SonvarofT à Prague. — Suikowski écrit cette dernière Révolution. — Ses remarques. — Emploi militaire des faulz.—i Sentimentde J.-J. Rousseau.— Modération de Kosciuszko. — Ses motifs. — Pourquoi la Pologne a péri. — Considérations à ce sujet. — Thadée Mostowski.
Les Russes, sans être avertis par aucun sentiment de délicatesse de toute l’horreur de leur conduite, n’avaient pu méconnaître l’impression que faisait leur présence sur un peuple écrasé de leur joug ; et craignant d’abandonner les Polonais à eux-mémes , ils avaient mis de fortes garn isons dans toutes les villes qu’ils ne s’étaient pas encore appropriées par le dernier partage.
Cette précaution leur aurait paru suffisante pour assurer l’oppression ; mats ils avaient négligé de désarmer cinquante mille soldats qui restaient en Pologne : ils en avaient laissé douze mille à la
J. SULKOWSKf.
solde du pays, et avaient incorporé le reste dans leur armée, pour réparer les brèches profondes qui lui avaient été faites par la guerre des Turcs et cette dernière campagne de 179^2.
11 a plus d’une fois suffi du sentiment d’une tyrannie étrangère pour enfanter des miracles du plus sublime courage chez les peuples que le désespoir porte à s’en affranchir. Les exemples anciens de la Grèce et de Rome , ceux plus modernes de la Sicile , du Portugal , de Gènes, et tant d’autres plus rapprochés de nous , tels que le i 4 Juillet 1789, et le 29 juillet i 83 o, n’ont-ils pas prouvé combien il est simple pour des citoyens réunis de faire disparaître en un instant les mercenaires méthodiques qui désolent leur patrie ? L amour de la liberté vivait toujours dans le cœur des Polonais. La prudence seule avait bien pu leur prescrire d’ajourner la tentative de leur délivrance. Les armées Républicaines de la France, depuis la reprise de Toulon , commençaient à triompher partout , aux Pyrénées comme sur laSàmbreet le Rhin. La nouvelle sympathique de ces heureux spccès souleva la cendre qui cachait le feu sacré, nullement éteint en Pologne. La maladresse des oppresseurs hâta et généralisa l’embrasement.
L’armée polonaise commença à donner de l’inquiétude aux Russes , au mois de mars 1 794. Us voulurent la licencier : un brave Polonais , le brigadier Madallnski ^ coihmandant douze cents
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hommes, leva rétendard de rinsiirrèciion , franchit la nouvelle frontière prussienne,' établie depuis le démembrement de la Pologne ; se présentant au nom de sa patrie , il saisit les caisses publiques, et fit ce premier pas , qui dans les entreprises Révolutionnaires est toujours le plus difficile , mais après lequel tout devient facile.
Pour combattre Madalinski , les Russes dégarnirent Krakovie ; dans rinstant même on y vit paraître Kosciuszko. Ce généreux Polonais avait , la veille, traversé le pont de la Vistule ; on lavait vu à pied , suivi d’un petit charriot qui portait tout son bagage , ses habits et ses armes , et d’un seul cheval de main. Les hommes estimés par leurs vertus n’ont pas besoin de cortège pour fixer la confiance de leurs concitoyens. Kosciuszko fut proclamé chef suprême des forces nationales de l’insurrection. garnison , plusieurs régimens, les montagnards de Krakovie se joignirent à ses drapeaux ; ce cadre de Révolution n’avait pas compté dans son principe plus de quatre cents combattans. Aussi les Russes, pour ne par leur laisser le temps de se former, avaient -ils aussitôt voulu les attaquer: mais Kosciuszko joint à Madalinski marcha lui- même vers eux, sans les attendre ; et ils perdirent la fameuse bataille de Raçlai^icé J où trois mille des leurs furent tués , et douze pièces de leurs canons prises.
Mais , pour venir combattre Kosciùszko , les Russes avaient amené une partie de leur garnison
de Varsovie. De dix mille liommes qu’ils y avaient laissés^ quatre mille furent massacrés dans cette ville, en bataille presque rangée, par les citoyens et les troupes polonaises , notamment par le régiment de Dzialyuski y commandé par Haumann, Deux mille furent faits prisonniers; le reste fut admis à capituler. Quarante-deux pièces de canons et un grand nombre d’officiers russes restèrent au pouvoir des Polonais.
Le beau mouvement de la capitale était reçu par toute la Pologne , répété dans les villes principales ; et les Russes , sans plan comme sans conduite, étaient exterminés ou dispersés. On vit en un instant le magnifique spectacle d’un peuple levé tout entier, et qui venait de reconquérir sa liberté avec les armes arrachées à ses tyrans !
Une partie des Polonais incorporés par les Russes se firent jour à travers les hordes barbares, et accoururent rejoindre leurs concitoyens.
Cette scène militaire, si brillante , parut s’obscurcir par l’arrivée de trente mille IVussiens , commandés par le roi Frédéric-Guillaume, le plus grand homme et le plus considérable de son armée sans doute, si on le pèse et le mesure comme Xerxès.
Les Polonais , après une bataille opiniâtre , livrée sous Srezekocinj y furent forcés de se retirer devant le nombre. Krakovie se i tjndit par trahison ; et Frédéric , plein de confiance , s’avança vers Varsovie , où, comme il le disait dans une