LIVRE TROISIÈME
lettre qui fut surprise , il prétendait entrer le lendemain. U ne s’était pas attendu à trouver vingt mille soldats aidés de vingt mille habitans, couverts de retranchemens inexpugnables , défendus par trois cents pièces de canons^
Dans ce moment l’un des plus braves Polonais, le général Mniewski , souleva la Grande-Pologne.
Tombant de son propre mouvement sur les derrières du Roi de Prusse, il prenait sur la Vistiile la grosse artillerie qui venait de Grandentz , et portait la désoiganisation dans le système de campagne qu’avait préparé Frédéric-Guillaume.
Une inquiétude aussi vive ne laissait plus le Prussien maître de suivre son premier plan, ou bien il fallait ressaisir ce plan par de prodigieux efforts. On lui en substitua un autre , qui ne pouvait lui-méme être exécuté sans une audace plus que royale. Des triomphes difficiles, et qui pouvaient être aussi coûteux, n’étaient pas ceux ,
dont se souciait Frédéric - Guillaume. Terrifié par l’insurrection qui se manifestait sur ses derrières , repoussé sous Farsovie par le général hrowskiy privé des munitions que les insurgés de la Grande - Pologne lui avaient enlevées sur la Vislule, après avoir attendu inutilement un second renfort d’artillerie, qui n’arriva pas, on vit le prudent Monarque, dans le plus majestueux silence, lever le siège qu’il n’avait osé faire, d’une ville ouverte.
Nous avons laissé Sulkowski ira versant ritalie,
s’acheminant toujours vers Constantinople, et même peut-être vers Tippoosaïb. 11 venait d’arriver à ^lepy quand il apprit les heureux mouvemens qui éclataient dans son pays.... Ah! ce n’est plus aux Indes qu’il doit aller; peut-il maintenant suivre une autre destination que la Pologne?
Mais comment pai'venir en Pologne sans passeports, ou plutôt avec des passeports qui décèlent un nom proscrit par les tyrans de son pays? et il faut traverser leurs armées!!!...
Frappé comme d’un trait de lumière, Sulkowski prend le parti de courir toujours en hâte à Constantinople (1794). Il veut s’y rendre momentanément au moins pour concerter en hâte les mesures par lesquelles le Représentant de la France dans cette capitale pourrait aider la Pologne. Sulkowski espérait trouver à Constantinople l’ambassadeur de la République française, qu’il avait autrefois connu chargé des affaires de France en Pologne, M. Descorches ^ (celui qu’on a vu depuis préfet du département de la Drôme.) Descorches était fait pour apprécier promptement la liaison naturelle des intérêts de la liberté Polonaise avec la liberté Française. Les circonstances actuelles en démontraient plus vivement encore l’évidence. Que de chances favorables à la cause de l’humanité présentait la crise simultanée, si les deux nations que leur situation plaçait comme des avant-gardes de la liberté, et que leur courage en rendrait les arbitres, pouvaient parvenir à s’en-