LIVRE TROISIEME
tendre, et à s’aider dans leurs combats contre l’ennemi commun !
Une conversation suffit à Sulkowski pour pénétrer l’ambassadeur Français de la justesse de ces idées , fondées sur l’éternelle nature des choses, et si puissamment fortifiées par les circonstances. Descorches avait une ame disposée à trouver ses devoirs dans les nobles sentimens. 11 fut heureux de pouvoir éclairer et servir en meme temps la Pologne et la France; et prenant sur lui de charger au nom de la France Sulkowski d’une mission près de Kosciuszko , il le garda seulement quelques jours avec lui pour préparer ses instructions.
Il y avait alors à Constantinople un club patriotique, composé de Français résidant dans ce pays. Soit cet éloignement de la France qui pouvait lui dérober la véritable mesure des choses,’ soit le tesoin d’une espèce d’ironie envers les gouvernemens absolus, ironie que la proximité du Grand- Turc lui-méme pouvait rendre encore plus piquante, le club des Français Jacobins de Constantinople , se croyait obligé de professer une démocratie plus forte encore, s’il était possible, que celle des Jacobins de Paris.
Un Polonais qui a eu tout-à-l’heure le chagrin, et qui sent profondément la honte de voir sa nation esclave d’une nation esclave elle-même, doit difficilement trouver quelque chose de trop prononcé pour la liberté. Si, au moment ou il re-
prend les armes pour coiiibatlre de nouveau les oppresseurs de son pays, il rencontre un de ces i*asseniblemens d’hommes libres où la sympathie des âmes est vivement réveillée par l’expression des sentimens qu’on y développe, où lui meme puisse exhaler ceux dont la sienne est remplie^ c’est-là une consolation qu’il ne peut manquer de saisir avidemment. Ces cris que les anciens jetaient avant les batailles , ne pouvaient-ils pas être autant l’efTet d’une impression naturelle du besoin de s’épancher dans une grande crise, qu’un calcul de politique pour effrayer les ennemis? Sulkowski nionta donc à la tribune du club de Constantinople.
C’était le jour d’une décade consacrée à l’une des solemnités instituées par la Convention nationale. Le sujet de celle-ci était Vdge viriL « Cet » âge où rhomme, dit Sulkowski, échappé aux » maladies, aux préjugés de l’enfance, aux pasït sions de la jeunesse, arrive enfin à ce terme
majestueux, où les organes physiques dans leur » plus grande vigueur concourent avec les moyens
moraux au développement de la perfectibilité. » ile discours, sans doute incorrect , pourrait paraître peu recommandable sous le rapport de l’élégance de la rédaction; mais il est remarquable par une singularité d’imagination, une pureté de raison trop caractéristique pour qu’on n’en doive pas donner une idée.
a Avant de m’engager t)lus loin, dit Sulkowski,