‹ J. SulkowskiChapitre 47 sur 88 · LIVRE QUATRIÈME. Il · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. Il

troupes réellement redoutables, qu’à leur en donner la réputation , et à les faire précéder d’épouvante par une renommée S Invincibles, C’est dans le sens de celte politique qu’il arrive quelquefois aux Russes d’affecter de la magnanimité. C’est de leur part une combinaison de plus, pour éblouir davantage leur ennemi de celte certitude qu’ils ne peuvent manquer de triompher. Un trait cité de Potemkin vient à l’appui de celte observation; il prouve combien les succès obtenus sur les Turcs par ce Russe, peu digne de sa célébrité, furent dus bien plus à la terreur qu’il sut inspirer par cette fausse magnanimité, qu’à la force de ses armes, ou à la réalité de ses talens. Pendant que Potemkin assiégeait Ismaïlof^ il détaclia un corps d’armée, qui enleva la forteresse de Kilidy et fît six mille Turcs prisonniers. Sans prendre la peine de les désarmer, il leur donna le choix, ou de retourner chez eux, ou de se renfermer dans Ismdilofy pour augmenter le nombre de ses adversaires. Deux mille d’entre eux optèrent pour ce dernier parti. L’armée russe ouvre le passage; ils entrent dans la forteresse. Une semaine après, l’assaut se livre; Ismailof est emporté : les deux mille Turcs sont passés au fil de l’épée. On voit comme la clémence russe ne dédaigne pas de s’aider de la cruauté. La cruauté alors est encore une suite de ce calcul, que l’on devrait appeler, comme nous le disions, leur politique militaire. Ils espèrent la faire passer pour une puissance ir-

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résistible, supérieure à tous les obstacles; maiS' ce qui est plus affreux j quand ce serait de la potiti* que^ c’est qu’ils sont dévastateurs par principe, toujours fidèles à cette pensée, que l’eflFroi inspiré par les atrocités avance raccomplissement de leurs desseins^....

Cependant Sulkowski connaît trop bien tes manœuvres et l’organisation militaires de ces peuples, pour leur refuser, non plus qu’aux Autrichiens, une capacité guerrière trop réelle, surtout dans les déploiemens réguliers de la tactique. Mais il a observé leurs parties faibles, et il donnré les moyens de les saisir. Si on perce leurs bataillons réguliers avec des piques et des bayonnéttes, si on les moissonne avec des faulx ( comme au combat de Raçla^^icéj où dix-Sept carabiniers russes purent à peine échapper sur un régiment de cinq cents, envoyé contre lés paysans déKracovie), à l’instant, dit Sulkowski, on*doit voir se dissiper comme un enchantement la vaine fumée de leur gloire artificielle; et au centre du palais magique, on trouvera tout simplement de pauvres esclave^ ^ beaucoup plus faciles à vaincre que des hommes. Ainsi, lé plan de défense des Polonais doit d’abord j comme celui de l’attaque; consister dans l’énergie individuelle des citoyens.

Vient ensuite le choix des avantages du terrain. Sulkowski les détaille avec une connaissance parfaite des plus petits coins de la Pologne : marais, montagnes, forêts,- tous ces si tés

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lieiireiix que la nature semble avoir formés pour servir d’abris aux hommes libres, combattant contre leurs tyrans, ils les a parcourus d’avance, comme l’ingénieur le plus habile ; et tous ses tracés sont autant de reconnaissances précieuses, sur lesquelles on peut^ dès demain avec sûreté, entrer en campagne.^

Si l’on considère qurfs sont les auxiliaires naturels qui peuvent aider la Pologne à se relever, Sulkowski croit que la Turquie a tous les genres d’intérêt de contribuera ce grand œuvre, soit en attirant les Impériaux sur le Danube, soulageant j)ar cette diversion la France et la laissant libre d’autres opérations qui concourent au même but, soit seulement en faisant passer des secours en Pologne, où], pour avoir des soldats, il suffît de distribuer des armes.

Tous les moyens d’exécution du projet de Sulkowski sont donnés avec une évidence presque matérielle , et ils sont trop positifs pour mettre dans la confidence les déprédateuisde la Pôlogne, les intérêts dé ce pays n’ayant pas cessé d’être les mêmes malgré le partage ^ et depuis le Mémoire de Sulkowski, Aussi, n’éclairera- t-on pas davantage cette chaîne de probabilités par de plus grands détails; on ne dit point que dans une entreprise de ce genre tout soit facile, mais rien n’est impossible.

Au reste, l’idée dominante de Sulkowski , c’est que la démocratie, c’est-à-dire le règne des pou-

voir* émanés du peuple , doit être le résultat de cette nouvelle tentative; que les principes de la liberté, c’est-à-dire de la justice, en sont aussi nécessairenient les moyens qu’ils doivent en être le but. Pour que l’insurrection soit victorieuse , il faut qu’elle soit générale; il faut, répète-t-il, qu’aucune classe du peuple ne se trouve cette fois exceptée du recouvrement de ses droits. Les masses seront intéressées à se battre, dès qu’elles seront convaincues qu’elles se battent pour leur bienêtre; et quand tout un peuple généreux sera rassemblé sur une terre encore fumante, du sang de. ses plus vertueux défenseurs, c’est alors que les tyrans qui l’oppriment, ne peuvent manquer d’y trouver leur tombeau.

Sulkowski, dans la plupart des mesures qu’il propose, peut avoir souvent l’air de n’être que violent; mais sa violence ne pourrait-elle pas être aussi ce qu’on veut appeler de la politique, et même de la politique excellente ? car celle-ci est fondée sur la connaissance des hommes, des choses, des intérêts véritables des pays dont il parlait. Personne n’avait lu l’histoire mieux que lui. On l’a vu très-jeune faire des analyses de toutes ses lectures. Depuis, il avait dans ses voyages vérifié par ses yeux beaucoup de ces analyses.

La bonne opinion qu’avait donnée au ministre des relations extérieures le de Sulkowski

sur la Pologne , lui en fit demander un sur la Turquie.

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