LIVRE QUATRIÈME
• Dans ce nouveau Mémoire, Sulkowski, laisse* de côté les faits et les causes de la grandeur passée de cet Empire, dont il suppose le lecteur suffisamment instruit; des peuples, dit-il, chez lesquels l’observation machinale des coutumes tient lieu des sentimens, où l’instruction est un crime, et la perfectibilité une chimère , ces peuples sont peu faits pour arrêter les regards du philosophe; mais en examinant ce qu’ils peuvent valoir ou peser dans la balance politique de l’Europe, Sulkowski recherche ce qu’est maintenant , et ce que peut devenir un jour la Turquie.
L’Empire Turc très-considérable par ses forces naturelles, telles que population, territoire étendu et fertile, comment est-il devenu tout-à-fait nul? Celte première cause, on ne peut douter qu’elle n’existe dans le défaut d’une autorité centrale. Les pachas sont en quelque sorte autant de Sultans qui ne relèvent presque plus même du Grand-Seigneur. Sans doute, si Sélim avait l’audace de Bajazet ou le génie de Soliman , il ne lui faudrait qu’un instant pour rétablir son pouvoir : du sérail il passerait dans son camp; un signe à ses muets lui ferait prompte justice des rebelles; leur tête roulerait à ses pieds; le peuple prosterné adorerait aussitôt le Sultan. Ainsi, l’indocilité turque rentrerait de nouveau sous la force du préjugé. Les sentimens réveillés par la crainte, le peuple croirait les recevoir de sa religion ; et l’on verrait encore une fois des millions de Musulmans se pré-
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cipiter sur les Russes avec toute la furie de l’euthousiasme religieux. Mais ce n’est pas à un Monarque , épouvanté d’un boulet lancé dans une mosquée^ qu’on peut demander une pareille vigueur de conduite. Dans les États despotiques ^ la feiblesse du chef entraînant celle de l’Étal, il faut recourir à d’autres moyens : il faut établir une espèce de gradation monarchique, créer par exemple un pouvoir intermédiaire, qui émousse l’ai'bitraire de tous les pouvoirs secondairès, en les l'attachant à l’autorité centrale, qui soulage le peuple des rapines des pachas, et augmente indirectement l’influence du Sultan , laquelle pourrait alors deveUir une influence conservatrice. Le corps des UlérnaSy connu par son instruction et son adresse, ce corps révéré partout où le Coran domine, paraîtrait propre à composer cette autorité intermédiaire.
. L’autorité centrale étant recréée, Sulkowski indique comment elle devrait donner l’impulsion aux forces de l’État, et l’emploi qu’on devrait faire de ces forces.
Mais les espérances fondées sur ce système ne sont pas d’une réalisation vraisemblablement très-prochaine. Un peuple qui court depuis plus d’un siècle à sa dégradation, ne remonte pas en un instant à des mœurs plus fortes et plus honorables. II n’y a que des Révolutions qui, changeant de fond en comble les gouvernemens et les institutions, puissent régénérer un grand peuple; or,-