LIVRE^ PREMIER
« dulgence des Rois , nourrie par l’arrogance des » sénateurs, vexée par la licence de l’ordre équestre, » prostituée par l’avarice de tous les ordres, deve- » nue tributaire des infidèles, s’est enfin ensevelie » sous ses ruines. »
Sobieski ne se borna point à verser des larmes sur l’humiliation de son pays : « 11 nous reste nos » sabres et notre courage, s’écria-t-il, n’attendons » plus que l’ennemi vienne à nous, allons à lui; » effaçons dans son sang l’opprobre de notre pa- » trie. » On lui objectait que les trésors étaient épuisés, que le peuple était obéré d’impôts, que rukraine et la Podolie étaient entre les mains de Mahomet; que quatre-vingt mille Turcs établis aux frontières rendaient toute tentative impuissante et funeste : « Comme vous, répondit Sobieski, je » connais le petit nombre de nos troupes ,, l’épuh ». sement de nos finances; c’est pour cela qu’il faut » de grands remèdes. Le serf qui laboure la terre, » sera bientôt soldat, s’il est libre, et s’il est Im* » mainement commandé; donnez-moi donc non » pas soixante mille, serfs , mais soixante mille » hommes, et je vous délivrerai du joug Ottoman. » Où prendre des fonds, me demandez-vous? Eh! » le trésor conservé dans le château de Çracovie, » attendez-vous qu’on vous l’enlève? que notre, or ». serve à briser nos fers ! Espérez^ous des al- » liances, des subsides? Les négocjations. sont » longues, l’avenir est incertain, le présent est en « votre po^uvqir.^ Vos, anpétres auraient préféré la » mort à un jour d’esclavage... » a.
L’accent libre de Sobieski fut entendu, le traité de Buczac fut déclaré nul; les Polonais entrèrent en campagne au fort de l’hiver; des fleuves débordés, des forêts immenses à traverser, rien n’arrêta Sobieski. Il passa le Dniester, se plaça devant le camp de Chocim, où l’armée turque avait quatrevingt mille combattans; trente-cinq mille Polonais se mesurèrent avec eux. Les Turcs battus de toutes parts furent réduits à chercher leur salut sous les murs de Kamieniec. L’eau fut couverte d’innombrables turbans, la terre de vingt mille morts. Et la Pologne sortie de ses débris, à la voix de son chef, bien que ce chef ne fût qu’électif, la Pologne recouvra la plus glorieuse existence : c’est que ce chef s’était adressé à l’esprit public de sa nation.
Sans remonter aussi haut que l’époque dé Sobieski, l’histoire de ce même pays ne manque pas sans doute de faits et d’hommes qui prouvent combien la Pologne s’est montrée souvent digne de la liberté. On jugera si les qualités du jeune militaire, dont on va lire la vie, n’ajoutent pas à ces preuves. La digression qui retarde le récit de sa gloire , est en quelque sorte son ouvrage : c’est lui qui, me conduisant pour ainsi dire par la main, m’a fait revenir sur l’histoire de Sobieski. Le caractère de ce grand Polonais est le modèle que J. Sulkowski avait choisi d’affection depuis son enfance.
Mais au r^ne de Sobieski avait succédé l’apparition d’Auguste II, c’est-à-dire le luxe à la sim-