‹ J. SulkowskiChapitre 50 sur 88 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Une lettre du ministre de la guerre Pétiet- recommandait au chef de l’état-major notre capitaine, sous le rapport de ses connaissances dans toutes les langues, de son instruction politique et militaire très-étendue: A son arrivée, le général Berthier l’agréa comme adjoint; et l’on vit se mettre tranquillement à la table du travail un jeune homme froid, grave, qui ne parlait à' personne, écrivait des ordres importons , et restait toujours les yeux attachés sur des cartes de la guerre.

Sulkowski parait avoir été frappé au moment de son installation, de la simplicité et de la rapidité que Bonaparte avait portées dans l’administration , comme dans la disposition manœuvrière de son armée. C’étaient quelques aides-de-camp et quelques adjoints aux adjudants - généraux qui , dans le plus petit nombre possible , agissant toujours, presque jamais assis, suffisaient à des travaux qui auraient absorbé un nombre dix fois plus considérable de collaborateurs ordinaires civils et militaires. Ainsi que le raconta depuis Sulkowski, Bonaparte donnait lui-méme l’exemple de l’activité dans toute sa conduite et son attitude personnelle : c’était le plus souvent debout, sur une attentive inspection de la carte, que Bonaparte dictait à Berthier ses ordres, écoutant jusqu’au dernier moment toutes les observations qu’on eût pu lui faire ; puis Berthier était chargé j de l’exécution,' et Bonaparte n’y revenait plus.

J. SUUlOWSJll.

Quelques jours après rarrivée de Suikowski . à ranuée d’Italie, le geuéral en chef Bonapaite, par; suite des dispositions qu’il avait arrêtées pour la bataille de Saint*GeorgeS| eut à faire prendre la batterie de ce nom, qui protégeait la retraite des AlleyDtiaods. U demanda un brave homme pour commander deux^ cent soixante grenadiers. Le jeune adjoint, qui n’avait point encore pai'lé, s’élance; son air de résolution lui fait accorder cet honneur. Sulkowski mène les deux cent soixante grenadiers à la batterie : elle faisait un feu terrible; une partie des grenadiers est tuée par la mitraiUe, l’autre est forcée de reculer; Sulkowski reste seul sur le chemin. Un instant après, les soldats honteux d’avoir abandonné leur chef, rassurés par son intrépidité, reviennent de leur frayeur, et ^ ramassent près de lui, fort heureusement pour tous; car Sulkowski a regardé de tous cotés attentivement , et s’est rappelé les observations que précédemment dans ses voyages il avait faites sur cette position militaire : or, ce n’était nullement par le côté où l’on était venu qu’il fallait attaquer. Sulkowski conduit ses grenadiers par les derrières ; il y avait un cimetière, dominant la batterie , qui ^ n’était point occupé. Sulkowski divise sa troupe, U en conduit une partie par les derrières, la place dans le. cimetière, charge alors les canon iers ennemis en tête et en flanc. La batterie est enlevée , sans qu’on ait pu l’enclouer; les pièces fm’cnt aussitôt tournées contre les troupes allemandes et les

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mirent en désordre, Cest ainsi que Suikowski réussit à prendre la battérie de Sainl-^îeoiçes^ le 29 fructidor, an 4? (t 5 septembre 1796).

Un succès aussi brillant ne donna pas seulement l’idèe de la bravoure et da sang-froid du jeune capitaine-adjoint , c’ était Findicc cT une intelligence peu commune. Le général en chef Bonaparte et le chef de l’état-major Berthier voulurent tous les deux, le lendemain, piendré le Polonais pour aide*de-camp. Suikowski resta attaché à Bonaparte; ici, semble devoir commencer sa fortune militaire. .

Suikowski fut, depuis ce moment, chargé de missions de la plus grande importance. A la bataille dé Bivoli , Bonaparte lui donna l’ordre de se tenir entre Véronneet Mantoue, et de diriger sur J’un et sur l’autre de ces deux points les troupes des divisions Augereau et Masséna, revenant par cet endroit. Toujours plus satisfait de la ma-

nière habile dont l’aide-de-camp polonais remplissait ses missions, Bonaparte l’envoya souvent avec la plus grande confiance , à des divisions , où dans des occasions difficiles il ne pouvait aller en personne, et où il voulait transmettre ces instructions décisives, qui embrassaient les temps, les circonstances, et étaient assez uiç^entes pour ne pouvoir être écrites.

Trois ou quatre jours avant l’affaire d’Arcole , Bonaparte, quoiqu’ayant pris toutes ses précaun lions pour assurer la victoire, avait été battu. Le

J. SDLKOWSKI,

temps ayant changé pendant la nuit, il y eut un oi*age à la suite duquel était tombée une espèce de grésil. Nos soldats avaient la pluie dans les yeux et glissaient sur des talus glacés. Dans cet embarras Bonaparte évacua ses positions à la hâte, et par une manœuvre hardie il fit attaquer Arcole à six heures du matin. Ce ri était pas y dit Sulkowski, à ceux qui avaient pris le pont de Lodi à barguigner dev,ant celui d^ Arcole. Les conséquences de cette prise étaient immenses, le parc d’artillerie des ennemis tombait en notre pouvoir. Les Autrichiens qui sentaient toute la portée de cet avantage gagné sur eux, firent tous leurs efforts pour défendre Arcole, et le poste qui pouvait être enlevé d’abord, devint bientôt inexpugnable. Auge-^ reau essaya vainement de s’en emparer à onze heures : à midi Bonaparte fit une dernière tentative qui n’eut pas plus de succès. Sulkowski fut blessé par un biscayen , qui lui eût cassé l’épaule, si son manteau roulé ne l’eût préservé. Un instant après, un obus éclata à ses pieds, le couvrit de terre et le rendit aveugle pendant vingt-quatre heures. Le général Bonaparte fut jeté dans un fossé par les fuyards, et si les Autrichiens avaient pu connaître le désordre dans lequel se trouvait l’armée française, ils eussent fait un nombre considérable de prisonniers. A onze heures du soir Arcole tourné fut pris; mais alora il n’y avait plus dejrésultat: l’avantage était insignifiant. Sulkowski attribue le mauvais succès de cette journée à ce

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