LIVRE QUATRIÈME. I
mislice. Bonaparte, pendant que MM. de Bellegarde et de Merfeldt discutent les conditions,
poursuit sa marche rapide et fait encore gagner dix lieues de terrain à son armée.
Il est impossible de mettre plus de discei’uement dans l’examen de la conduite politique et militaire des deux puissances belligérantes, et de juger avec plus de portée les chances qui leur restaient à toutes deux. Les moyens qu’avait Bonaparte, soit en combattant, soit en révolutionnant, paraissent à Sulkowski avoir été écartés, du côté de ce général , par l’envie de conclure la paix que de nouveaux triomphes meme n’auraient fait que reculer. Les chances qui restaient à l’Empereur,
lui paraissent avoir été négligées par le défaut
dé talent dans les chefs et' non de ressourcés réelles dans l’État; èt la prise de Vienne ne paraît pas à Sulkowski avoir été une chose aussi simple et facile qu’on le dit alors; mais lë cabinet 'de Vienne était frappé de terreur par la suite non interrompue des victoires toujours croissantes de l’armée républicaine. ’
Celte discussion, étant déjà une analyse trèsserrée, est elle- meme peu susceptible d’une autre analyse , qui lui ferait perdre sa clarté. Sulkowski d’ailleurs ne prend point de conclusions définitives. II cherche avec une sagacité admirable toutes les raisons du pour et du contre dans* ce grand procès; il rapporte fidèlement tout céqui fut fait, tout ce qui fut allégué, et met le lecteur à même
J. SULKOWSKt.
de’ décider tout seul le jugement que l’historien s’abstient de porter.
Le Directeur Carnot, qui prit lecture de la coN respondance militaire de Sulkowski, est un de ceux dont elle excita le plus l’attention : Si Von avait besoin y dit-il, de faire une campagne aussi ardente que celle-eiy et si mus avions perdu Bonaparte^ voilà le jeune homme qui serait capable de le rem^ placer.
C’est que la correspondance de Sulkowski ne montrait pas un militaire qui jugeât seulement ce qu!on avait fait, mais encore ce qu’on avait voulu faire, et toujours ce qu’on aurait dû faire ; et tous ses jugemens pleins de réserve et de modestie portaient une profondeur d’observations, indiquaient une force de tête dont on ne pouvait calculer les développemens, si les circonstances venaient à son secours.
Ce qu^on aime à reconnaître dans Sulkowski , c’est qu’au moment où de grands suffrages l’avertissaient qu’U allait entrer en partage de la première gloire militaire, loin de laisser connaître
parer le guerrier du citoyen, il les unissait toujours d^ns sa généreuse pensée. Personne peutêtre, à sou âge,, n’avait , aussi sérieusement que Sulkowski, examiné la question de l’organisation militaire, relativement à son action sur la société : il s’était rendu compte de tout ce que l’habile direction des masses armées porte d’influence et de