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victoires du grand général de la République, tu pouvais croire qu’il serait un jour le vengeur de ta patrie, et qu’il fonderait sa liberté !
Sulkowski à l’armée d’Italie s’y occupait toujours des intérêts de son pays, comme il s’en était occupé dans tous les voyages , dans toutes les positions où il s’était trouvé. 11 correspondait avec Oginski qui était encore à Constantinople^ et il lui rendait compte de la réponse que Bonaparte avait faite, après avoir lu la lettre qu’Oginski lui avait adressée, pour réclamer bOn appui en faveur de la Pologne, et pour l’engager à devenir le père des opprimés. Voici comment Oginski rapporte la lettre de J. Sulkowski : « Le octobre,
» je reçus une lettre de Sulkowski, datée aii quar- » tier-général de l’armée d’Italie près de Légiuigo ,
» le i 5 septembre 1796. 11 me mandait que, le 8 » de ce mois , il y avait eu une affaire décisive à » Bassano, dans laquelle les Autrichiens avaient » perdu plusieurs milliers de prisonniers et trente- » cinq canons. Il ajoutait qu’à la suite de cette » bataillé et de quelques autres affaires partielles, » Légnago allait tomber entre les mains des Fran- » çais; et que la troisième armée autrichienne en - » voyée pour défendre l’Italie était dispersée, et que » les débris des différens corps, réunis sous les » ordres de fVurmser^ n’avaient d’autre ressource » que de se retirer et de .se renfermer dans les » murs de Mantoue.
» Sulkowski m’annonçait que le généi’al Bona^
» parle, après avoir lu ma lettre, réfléchit pendant » quelque temps, et dit ensuite : Quedois^'e répon- » dre?... Que puis-je promettre? écrivez à votre » compatriote que j’aime lès Polonais et que j’en » fais grand cas ; que le partage de la Pologne est » un acte d’iniquité qui ne peut se soutenir;., qu’a* » près avoir terminé la guerre en Italie, j’irai moi* » même à la téte.des Français pour forcer les Russes » à restituer la Pologne ; mais dites-Iui aussi que » les Polonais ne doivent pas se reposer sur des » secours étrangers; qu’ils doivent s’armer eux* » mêmes, inquiéter les Russes, entretenir une » communication dans l’intérieur du pays. Toutes » les belles paroles qu’on leur contera n’abouti- » ront à rien. Je connais le langage diplomatique » et l’indolence des Turcs. Une nation écrasée par » ses voisins ne peut se relever que les armes à » la main, d
Quel est le coeur généreux qui n’aurait pas été pris à ces paroles d’un homme à qui son pouvoir et' sa destinée livraient déjà tant* de moyens de se mettre à la tête des peuples !
le Corps législatif de l’an v, en rappelant beaucoup de lois plus Tavorables à la Royauté qu’à la République, commençait à jeter de l’inquiétude dans l’esprit des citoyens attachés à la Révolution: et Bonaparte voulant appuyer les promefeses qu’il avait données aux Républicains , le 1 3 vendémiaire, s’apprêtait à les soutenir du vœu de l’armée d’Italie. Ayant su par ses habiles inspirations dé*
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terminer ses premiers généraux divisionnaires à envoyer spontanément au Directoire des adresses contre les meneurs du Corps législatif, qu’il appelait la faction de Clichi , il chargea Sulkov^ski de se rendre dans plusieurs divisions de l’armée d’Italie pour préparer et diriger ces adresses, dans le sens qu’il voulait y donner, pour avoir en meme temps aux yeux du parti dont il voulait s’étayer le mérite de les avoir provoquées.
Sulkowski remplit sa mission avec tout le zèle d’un Républicain; voyant la liberté en danger, il croyait franchement et a\ec toute sa pureté qu’il h’y avait pas de meilleur moyen de la secourir , que là menace' et l’appareil de la force militaire. Les vœux qu’il sollicitait étaient d’ailleurs' ceux même de son ardent patriotisme; mais il n’était pas tout-à-fait autant rassuré. sur la morale de la démarche à laquelle il concourait, qu’il croyait l’être sur ses suites.
Dans un petit écrit, qu’il entreprit à ce sujet pour débattre en quelque sorte son opinion sur sa propre conduite avec sa conscience même, Sulkowski commença bien par se moquer un peu des prêtres et des émigrés , ces deux fléaux du peuple qui y vaincus y dit-il, les armées républicaines y rentrent maintenant en Franccy et se vengent de la 'victoircy en ramenant leurs sottises. Le mot qu'ils répètent sans cesse y qxwiqu'auiant éloigné du bon sens que de leur connetioUy c'est la religion de nos pères t Eh l dit Sulkowski , que ne lémon^
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te/it-ils flanc iTdÿe en dge jusfjuà Viilolatric? Elle était aussi la religion de nos pères..,. Mais ce qui inquiète véritablement Sulkowski; ce qui parait le tourmenter beaucoup plus que la peur des prêtres et des émigrés, c’est le besoin d’expliquer, de justifier, envers la patrie, la démarche dont l’armée d’Italie se charge en ce moment. Elle paraît excusable, dit-il, en cela, que l’armée voit en péril la liberté de la France, cette liberté qu’elle vient de défendre de tout son sang; ainsi ce qu’elle fait maintenantn’estquela continuation de sa défense. Mais nous ne sommes point ^ s’éci ie Sulkowski , nous ne serons jamais les soldats de Sylla qui demandent des proscriptions ^ ni les légions qui suivent César a\>cuglémeni. Ceux qui ont combattu six ans pour un but aussi distinct que la liberté y ont tout le tact nécessaire pour discerner le général ambitieux du général républicain; pour apercevoir V instant ou des démarches y cessant de se rapporter à la République pourraient nétre plus utiles qua la personne cbi chef. Nous ne sommes point des satellites y nous sommes des guerriers qui reprennent leur titre de citoyens; nous sommes le signe représentatif de V énergie et des bonnes intentions qui ont animé la grande majorité de la France,.,
Mais si, dans la confusion qu’amènent de pareils événemens, un homme, profitant de l’ascendant que donne une grande gloire militaire sur la force qui, est à sa disposition;^ si un homme, audacieu-
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senient heureux, parvenait à s’emparer du pouvoir suprême, dans ce cas-là même, tout ne paraissait pas perdu à Sulkowski; ne restait-il pas aux hommes libres le noble exercice du seul courage qui dût les sauver? Plusieurs fois, avec son ami, le général Joubert, Sulkowski s’était entretenu des périls que pouvait courir lalibertéj à la suite d’une grande Révolution , et surtout d’une grande guerre. Ces deux homiries généreux n’avaient point craint de fixer de leurs regards intrépides la circonstance difficile d’ une usurpation. Cette circonstance, ou un homme vertueux ^ suivant l’expression de Montesquieu, était à Rome J par son devoir meme y Vassassin obligé de celui qui avait usurpé la souveraine puissance ; ce moment ou la République, armait le bras dé chaque citoyen , et le faisait magistrat pour sa. défense; c* était un amour dominant pour la patrie y qiiiy sortant des régies ordinaires des crimes et des vertus y n écoutait que lui seul y et ne croyait ni citoyens y ni amis ^ ni bienfaiteurs , ni père, La vertu semblait s'oublier pour se surpasser elle-même; et V action qii on ne pouvait approuver y parce qu elle était atroce y elle la faisait admirer comme divine. En effets dit toujours Montesquieu, le crime de César qui vivait dans un Gouvernement libre y n était-il pas hors d'état d'étre puni autrement que par un assassinat? Et demander pourquoi on ne l'avait pas poiœsuivi par la force ouverte ou par les lois, n était-ce pas demander raison' de ses crimes?.,,
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Ces principes, si bien définis par Montesquieu, sont trop évidens pour que deux esprits aussi justes que ceux de Joiibert et de Sulkowski n’en fussent pas saisis et pénétrés. Aussi, leur discussion n’exista-t-elle jamais sur le fond, mais seulement sur le mode d’application de ces principes. Cette noble magistrature devait-elle, pouvait-elle être déléguée à un seul ou à plusieurs? Voilà ce qui leur paraissait une question : si plus d’un seul homme en était chargé, tout devenait incertitude. Brutus entra bien dans le sénat avec plusieurs, pour frapper César; mais de quel miracle a dépendule secret de leur entreprise? sans parler des suites malheureuses, qui n’ont peut-être tenu qu’au défaut d’un centre unique d’exécution pour le soutenir. Partager la gloire, ici c’est la compromettre; on peut succomber, quand on est seul, mais alors ce n’est qu’un qui succombe, et les autres sont là pour le secourir; ou plutôt .... Eh! serait-ce succomber alors, que de perdre la vie? Qu’esl-il besoin de continuer sa marche dans le sentier pénible, si, au premier filon que l’on a rencontré , on a saisi la mine d’honneur que l’on cherchait?... D’ailleurs , dans ces âmes dévorées de l’amour de la gloire , toute considération de gloire paraissait aussi fort secondaire : la liberté ou le néant! telle était leur unique combinaison. Moins cette liberté, noble but de tous les combats qu’ils avaient livrés, toute vie leur paraissait trop lourde et trop honteuse pour qu’il leur semblât possible de la vouloir conserver un instant.