‹ J. SulkowskiChapitre 63 sur 88 · LIVRE CINQUIEME. l · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME. l

Irariéte qu’il éprouvait de la part du Directoire exécutif ; Cêst à nous autres militaires à gouver* ner la France; pour arriver /«, il faut que la Ré* publique soit encore plus er^ désordre; que le Directoire exécutif et le Corps législatif soient aux prises. Allons nous-en^ laissons les faire encore quelque temps. Pendant ce temps ^ augmentons notre réputation militaire; nous reviendrons après ^ et nous nous chargeons de rétablir Vordre, Taut pis pour les Républicains y sUs ont raté leur Répurr blique

On conçoit tout l’élonnement de Sulkowski entendant un langage alors si insolite. Bonaparte pa-r rut réfléchir aussitôt qu’il pouvait avoir parlé à un indiscret, dans ce sens surtout qu’il s’était adressé à un ennemi de pareils principes, si opposés à ceux de la liberté : l’instant d’après il sembla vouloir ressaisir les paroles naïves qui venaient de lui échapper; mais Sulkowski à ce discours s’était senti bouleversé dans tout son être. A ce moment se présentèrent en foule à son esprit toutes les conséquences qui pourraient résulter même de la journée du i8 Fructidor ; puis bientôt revinrent à sa mémoire les premières révélations échappées à Bonaparte quelques mois auparavant, et qui avaient été le sujet des entretiens de Sulkowski avec Joubert. Quelle que fût au surplus la résolution du général en chef dans des circonstances aussi graves, Sulkowski pensa que son premier devoir était de

suivre partout Bonaparte, et de ne pas plus s’en séparer en Egypte qu’en France. Tels furent lesdiscours positifs et vraiment accentués de Sulkowski. connaissance qu’il avait déjà de l’Egypte et de la Syrie, celle de la langue arabe, lui donnaient les moyens de rendre de grands services dans l’Orient. Si l’on voulait s’occuper sérieusement de la civilisation de ces pays, quel bien n’y pouvait-on pas faire à l’humanité, sous le rapport de ce dernier sentiment qui emportait toujours Sulkowski? Tout lui souriait alors dans l’expédition d’Egypte, et, la joie dans les yeux, il disait : Je reviendrai couvert de gloite. On sait ce qu’il entendait par gloire; il ne disait point: Cou^ vert de grades,,,

Michel Oginski que j’ai déjà cité, en racontant les circonstances de son séjour à Paris en i yqy, rapporte quelques détails sur Bonaparte, qui lui furent donnés par Sulkowski.

» Sulkowski que je voyais souvent, était un des » aides-de-camp du général Bonaparte, et ne le » quittait presque jamais. Il me disait que Bona- » parte était ordinairement silencieux, morne, » rêveur , ' préoccupé , et que dans une grande » réunion il ne l’avait jamais vu sourire. Cepen- » dant il ajoutait que dans un petit comité, comme » il y en avait quelquefois chez Lecouteulx de » Canteleu, et partout où il n’y avait personne dont la présence le gênât, il causait volontiers,

» et se livrait sans contrainte à la conversation.

Page 1