‹ J. SulkowskiChapitre 64 sur 88 · LIVRE CmQUlÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CmQUlÈME

» Dans les têle-à-téte avec Sulkowski, il parlait » avec franchise et confiance de ses projets, et » souvent même riait volontiers de quelques scènes » scandaleuses, quon lui avait racontées sur le » compte de certaines femmes qu’il connaissait » particulièrement; mais au reste Sulkowski m’as- » surait que Bonaparte, qui, depuis son retour à » Paris, s’était logé dans un petit appartement,

» très-simplement meublé, passait la plus grande » partie de la journée entre des cartes géographi- » ques, qu’il avait étendues sur le tapis de son » cabinet, et que se trainant de l’une à l’autre avec » un compas et un crayon en main, il traçait des » plans de campagne et formait des projets, tantôt cc d’une descente en Angleterre, tantôt d’une ex- » pédition en Egypte. Il sortait rarement, voyait » peu de monde , allait quelquefois au théâtre , où » il se plaçait dans une loge grillée, et le plus sou* w vent il rentrait chez lui à neuf heures du soir, » pour lire et étudier à la lueur d’une lampe, jus- » qü’à deux ou trois heures après minuit. »

Bonaparte, partant pour l’Egy te, n’avait voulu mener dans sa voiture que sa femme Joséphine qu’il regardait encore comme un talisman , et qui voulait accompagner son illustre époux au-delà des mers, ou du moins jusqu’au port de rembarquement. L’état-major se rendant à Toulon avant le général en chef, Sulkowski avait pour compagnon de voyage M. V^anture, secrétaire interprète du général en chef, et depuis longtemps son ami

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particulier. Ils demeuraient ensemble quai des Lir* nettes, dans la maison du célèbre horloger' Bréguet: c’est delà qu’ils partaient en poste, lorsqu’au tournant du quai sur le pont-neuf près de la statue d’Henry !V , leur voiture se brisa; les de^ voyageurs furent obligés de rêtourner sur leurs pas. Sulkowski dit alors à M. Vantiire avec le plus triste pressentiment î Mon ami^ nous nen reviendrons pas J nous resterons en Egypte; et meme quand la voiture fut réparée, et lorsqu’ils y remontaient, Sulkowski dit encore avec mélancolie: Adieu pour jamais^ Franéeî adieu y Pologne! mais suivons notre destinée ! le devoir nous appelle,..

L’infériorité du grade de Sulkowski ne l’empéchar point d’être promptement apprécié dans l’armée d’Egypte. Nommé membre de l’institut d’Egypte pour la partie de l’économie politique, il ne tarda pas à être regardé comme un collègue distingué par des hommes déjà si distingués euxmêmes, les Cafarelli, les Monge y les Conté, 11 fut chaigé de travaux importans, et aggrégé ensuite à une commission avec M. Desgetiette y chargé du travail préparatoire pour la composition d’un vocabulaire arabe, qui faciliterait aux Frafnçais , dans leurs relations avec les habitans de l’Egypte, les communications nécessaires aux besoins de 1»

vie.

Sulkowski découvrit sur le rivage du Nil, auprès de Féranehy un bUste d’isis, et dans un jardin du même village, deux pierres très-curieuses par les

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Wiérogiiphes dont elles étaient chargées, et qu il explique seul de la manière la plus satisfaisante.

La description que Sulkowski a laissée de la route du Caire h Ssalehhjreh , n’est pas seulement un morceau de statistique très-complet pour la partie qu’elle embrasse, mais un morceau historique remarquable. On est étonné de voir combien d’observations, de faits et de connaissances de toute espèce, se trouvent accumulés dans dix pages. C’est ’à l’aide d’une érudition profonde qu’il rend compte de plusieurs de ces faits. Il y en a d’autres qu’il ne peut découvrir que par inductions ; ses inductions sont toujours d’un esprit fin et juste, et surtout éclairé par le sentiment de la plus pure morale de la liberté. A quoi attribuer l’amélioration du sort du Fellah , de l’habitant de la Cherggeh, beaucoup moins malheureux que l’habitant du Nil, se demande Sulkowski ? La doit-il aux consommations des caravanes, ou seulement au commerce? J’indiquerai plutôt pour cause , se répond-il à lui-méme, l’éloignement des oppresseurs Portant en géné-

ral aussi loin que la raison le permet , l’espérance des avantages que procurerait la colonie d’Egypte , Sulkowski ne voyait cependant de réalité et de durée possible à ces avantages qu’autant qu’ils seraient secondés de l’introduction de la liberté , commencement nécessaire de tout progrès social. Il semble que dans la langue de la grammaire, comme dans celle de la politique, le mot liberté

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parut à Sulkowski iioe antithèse , ou un correctif beaucoup plus juste du mot baH)arie ç[we celui de civilisation, si fastueusement proclamé et si peu clairement défini par les Gonvernemens modernes.

Les travaux littéraires et économiques de Sulkowski n’étaient que les délassemens de ses devoirs militaires ; ces devoirs auraient bien suffi à une vie moins tourmentée d’activité. Il eut la part la plus malencontreuse à tous les combats donnés en Égypte: depuis l’entrée des Français, il n’y eut pas une affaire dans laquelle il ne fût blessé. Au siège d’Alexandrie, il fut deux fois culbuté de la brèche; et Bonaparte écrivit enfin au Directoire : Je vous demande le grade de chef d*esca^ dron pour le citoyen Sulkowski j qui est un officier du plus grand mérite,,,..

Au combat de Ssalehliyeh^ du 19 Thermidor, Sulkow'ski, à la tète d’une chaîne ordonnée contre lesMameloucks d’ibrahim Bey, reçut huit coups de sabre et plusieurs coups de feu.

Le bonheur qui jusqu’ici l’avait préservé au milieu de tant de périls , l’avait maintenant aban* donné. Il paraissait toucher au moment de cette fatalité que Bonaparte, dans son rapport au Directoire sur la mort du général Muireur ^ dit avoir souvent remarquée accompagner ceux qui sont à leur dernière heure.

Le 3 oVendémiaire an vu (1798), venait d’éclaau Caire une émeute formidable ; le général

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