LIVRE CINQUIÈME. lG
niées, et la mort de Sulkowski vengée Les
Arabes du mont Sinaï , admis quelques jours après à l’audience de Bonaparte, furent surpris de la douceur de son discours comparée à l’éner* gie de son action, et ils disaient en se retirant :
Il a le bras fort , et les paroles de sucre.
Croyant maintenant être assez rassuré sur l’Egypte, Bonaparte se détermina à faire l’expédition de Syrie; il emmena avec lui ce respectable ami de Sulkowski, l’interprète Vanture; ce fut l’une des victimes que la fatalité avait marquées pour périr devant Saint-Jean-d’Acre. Bonaparte dit en apprenant cette mort : Je m'attendais à beaucoup de revers dans ce pays ; cette perte est pour moi V une des plus irréparables . Cette expression de regret pouvait être sincère, si on calcule Futilité et même la nécessité où se trouvait le général en chef de l’armée française, d’avoir un guide aussi précieux par ses connaissances que M. Vanture, dans un
pays où tout nous était étranger... Voilà le compagnon de voyage de Sulkowski qui vient de succomber à quelques jours et à quelques lieues de distance de son ami. Ainsi , la voilà cruellement accomplie la triste prophétie que leur mélancolique pressentiment avait prononcée, lorsque leur voiture fut brisée à leur départ de Paris. On a raconté qu’eh expirant, le généreux Drogman, s’oubliant ' toujours lui-même, avait encore répété le' nom de celui qui l’avait précédé dans la tombe : Pauvre Sulkowski avait été la dernière
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parolede Vanlure! Ainsila barbare destinée semble se faire un jeu d’éparpiller les corps des faibles mortels; mais elle ne peut désunir, même dans la mort, les belles âmes qui se sont une fois rencontrées dans la vie.
Oii put croire dans la suite que Bonaparte avait éprouver quelque regret de n’avoir pas , dans le temps, rendu justice à Sulkowski. ,Sans doute Corneille a dit ;
Ah î (ju'il est doux de plaindre Le sort d’un ennemi lorsqu’il n’fst plq$ à craindre î
Car peut-on dissimuler qu’aux yeux de Bonaparte un véritable ami de la liberté ne fut déjà un véritable ennemi de sa personne? Au surplus, parvenu à cette haute situation qui sernble dispenser de la mémoire de l’amitié, devenu l’Ennpereur Napoléon, on lui présentait à son audience diplomatique (le dimanche 20 avril 1806) un Polonais du nom de Sulkowski, tombé par le partage de la Pologne sous la domination prussienne. Entendant appeler le prince Sulkowski : faisais un aide-de-camp de ce nom^ dit avec vivacité l’Empereur Napoléon, se tournant vers l’ambassadeur Lucche'zini; puis regardant le prince Sulkowski, soit avec celte justesse de coup-d’œil .que pourrait donner un souvenir profond, soit avec celte manière d’un Souverain qui, supérieur en tout aux autres hommes, doit comme (]>rus con-
naître tous les soldats de son armée :.OuL i^ous
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êtes le parent de Sulkowski y mon aide-de-canip , je i>ous trouve un air de famille,.. M, de Lucchezihi s’inclinant respectueusement pour avoir rhônneur de se mêler au dialogue, ou plutôt au monologue irnpêrial : Ce jeune homme promettait beaucoup y il est malheureux quil soit mort trop tôt, dît-il. Il n*f a rien à dire y réplique, du ton* haut et brusque de la puissance, sa Majesté Impériale et Royale ; il est mort au champ d* honneur! il eH mort à mon service\ voulant ainsi par une seule idée, celle du bonheur et de la gloire d’être mort pour son service, compléter toutes les idées de bonheur eide gloire , qu’on puisse imaginer de rassembler sur une tête mortelle; voulant peut-être aussi donner à croire qu’il avait besoin de faire aussitôt taire dans son ame un mouvement de sensibilité qui aurait pu la troubler, et qu’il avait à réprimer pour ainsi dire son propre cœur par ces pensées d’honneur et de tiiomphes, qui seules peuvent le soutenir contre lui-même dans des momens oii la faible huiiianité viendrait reprendre ses droits.
On ne voit pas qu’en rattachant ses souvenirs et ses regrets à Sulkowski sous le rapport militaire qui le liait à la personne du généreux Polonais, Bonaparte ait rien voulu rappeler de ce qui se rattachait à la liberté de son pays. Ce seul mol de Ubei té, dans son acception la plus générale, tourmentait Bonaparte, même pour le prononcer; on ‘ne vil pas qu’il pensât le moins ‘du monde à - la iiberté'de la Pologne non plus qu’à aucune autre.
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Après avoir longtemps donné à son despotisme le prétexte d’une simple suspension de la liberté, qui aumit eu pour but d’en pouvoir tranquillement réaliser l’organisation, Bonaparte n’a pas été plus franchement occupé de coopérer au rétablissement des droits d’aucun peuple, lorsque, postérieurement à cette époque, il a commandé et fait exécuter des ouvrages où il se faisait proclamer fondateur delà nouvelle Europe; il annonçait qu’il ne quitterait point la Vistule sans y laisser quelqu’éternel monument de la Pologne relevée. Ah! les monumens qu’obtiendra la Pologne, ne lui seront décernés que par elle , par le courage sur-humain et vraiment héroïque de ses citoyens! La liberté de ce peuple aura vainement été le sujet des méditations spéculatives, des vœux et des combinaisons politiques de tous les hommes à qui leurs lumières et leur position donnent le droit de comprendre les malheureux Polonais. Il est écrit que, dans leurs luttes nouvelles, les héros admirés et abandonnés ne seront soutenus encore que par eux-mèmes!... Mais laissons ce noble jjays de la Pologne, suivre ou plutôt faire sa destinée, qui ne fut pas comprise par Bonaparte. Jetons un dernier coup -d’œil sur sa relation avec notre jeune soldat.
Reconnaissant encore le besoin d’expliquer ce long retard de justice envers Sulkowski, Bonaparte ajoutait : D*ailleurSy qwiml je le distinguai Ui première .fois à Varrnée d" Italie j il niamit dit,: