LIVRE CINQUIÈME
Si disposée k s’uTiter de la supériorité des talens, ajoute heureusement à l’intérêt qu’ils doivent ins* pirer. A côté des choses et des personnes qui parurent les plus jalouses des développemens que Sulkowski allait laisser éclater, à travers les obstacles qui semblaient destinés à le retenir, et pour ainsi dire à l’enfoncer dans l’oubli, il put à peine être aperçu, et il a^été apprécié! Des juges qui ont le droit de l’être, ont d’une .voix unanime prononcé que Sulkowski aurait été non pas seulement un grand général, non pas seulement un grand administrateur, mais toujours un verlutux citojen ; car la liberté n’avait pas été le moyen adroit de son avancement, mais le mobile et le but sincère de ses travaux. Elle eût été l’accomplissement de tQutes les hautes pensées de sa vie; sous le rapport d’influence qu’elles doivent obtenir sur ceux qui les connaîtront, elles pourraient donc être considérées comme de hauts faits. Si tel est le rang que leur ont assigné les juges les plus recommandables, en racontant les motifs de leur estime pour Sulkowski, j’aurai prouvé mieux que sa gloire, j’aurai prouvé ses droits a la gloire. J’aurai donc pu raisonnablement espérer que des pensées et des volontés généreuses fidèlement retracées puissent un jour produire une noble lignée. Toutes les pensées et les actions de Sulkowski n’ont-elles pas autorisé cette espérance? L’essor de sa carrière n’a pu être arrrêté que par sa brièveté même : .car son apparition a été aussi rapide que
celle d’un météore. N’aiirait-ce pas été continuer la fatalité, et pour ainsi dire conniver avec elle, que de laisser dans l’oubli une vie si digne de mémoire? Puissé-je lui avoir restilué ses droits en produisant ses titres!
En exisle*t-il de plus grands, déplus beaux que d’avoir voulu coopérer à l’affranchissement de sa patrie ? Les mortels qui ont rempli ce noble rôle dans les temps anciens , ont reçu l’hommage des peuples qui leur ont élevé des autels. Ce tribut consolateur de l’estime accordée aux soutiens des nations, n’est pas moins consacré dans l’histoire moderne, où les questions de liberté sont' peut-être moins dominantes et moins fi*équemment traitées que dans l’histoire ancienne. La cause de la Pologne est aujourd’hui unanimement appréciée par les contemporains. Les droits, les infortunes, le courage du peuple polonais n’ont que des admirateurs dans tous les écrivains qui, directement ou indirectement, se sont occupés de la Pologne. Disons-le , c’est un touchant spectacle que ce concert des historiens même d’opinions différentes sur l’indépendance de la Pologne, sur la sainteté de ses efforts, la vertu de ses défenseurs et sur la criminalité des puissances qui ont commencé son partage^ comme de celles qui ont consommé sa destruction.
' C’est ainsi que l’historien du grand Frédéric , M, Camille Paganel, tout en donnant à son héros
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les magnifiques éloges que mérite sa haute Vie , flétrit cependant , avec toute l’indignation d’une ame généreuse, l’inexcusable conduite de ce Monarque dans le partage de 177a, oii pourtant Frédéric n’est pas le plus coupable des trois copartageans,
« A ne considérer que l’étendue territoriale, dit » M. Paganel, Frédéric gagna le moins au partage.
» Ce n’est point au Roi de Prusse qu’on doit at- » tribuer la première idée du partage ; maïs, ajoute » l’écrivain avec sa Conscience égale à son beau » talent, l’empressemertt avec lequel il l’adopta^
» l’enveloppe dans l’arrêt sévère prononcé par ». l’histoire. Il est triste qu’un pareil souvenir » poursuive la renommée d’un tel homme. Dans » cette conjuration dont tout ün peuple fut la vie- » time, les côiipables furent les trois plus il- » lustres Monarques du dix-huitième siècle î mais » une première proie n’àvait fait qu’irriter la soif » des ravisseurs, et plus tard (Frédéric du moins » était dans la tombe) , l’Europe vit deux nouveaux » partages accélérer l’héroïque agonie de la Po- » logne. Alors , se renouvelèrent ces déplorables » scènes dont le dénouement fut l’horrible bou- » cherie de Varsovie. Teint du sang polonais, ivre » de carnage, Souvaroff, digne instrument de tant » de barbaries^ osa, par une dérision sans exemple, » proclamer, sur des 'monceaux de cadavres, la ,» clémence de son auguste Souveraine et V oubli du » passé,
J. SULK.OWSKI.
» A ce souvenir, que de noms illustres se pres- » sent sous ma plume ! Malachowski , Ignace Po» » tocki, Kolontay, Mokronoski , Dzialynski Ja- » sinski , et tant d’autres glorieusement inscrits » parmi les martyrs de la liberté. Ah ! je ne saurais » passer le tien sous silence , magnanime Kos- » ciuszko ! Noble soldat de l’indépendance améri- » caine, tu courus offrir à ta patrie les précieux » restes de ton sang, pour tomber bientôt, percé » de coups, <^ns les plaines de Maceiowice, en » t’écriant : Finis Poloniœ ! Ce cri sublime , S) échappé de ton cœur, a retenti dans la posté- » rité. »
Le second partage de la Pologne ( 1 798 ) n’est pas moins que le premier l’objet du blâme le plus sévère et de l’horreur des historiens , qui se réunissent pour le regarder comme un crime aussi froidement médité que lâchement accompli.
Feu le comte de Ségur, dont le talent, le plus ordinairement aimable et élégant,' parait acquérir une certaine vigueur lorsqu’il s’élève à la liberté, M, de Ségur, dans son Histoire de Frédéric Guillaume Il y ne méconnait nullement la perfidie et la cruauté des auteurs du deuxième démembrement de la Pologne , et le droit des victimes à l’intérêt de l’humanité.
Dès longtemps ami , et souvent apologiste de celle qui fut l’ame de la trahison , M. de Ségur ne craint pas d’appeler sur l’impératrice Catherine la punition de la postérité. Rendant justice . aux