LIVRE CINQUIEME. l8l
toute son existence, furent la liberté de son pays, l’affranchissement de la Pologne ! Et déjà ne vois-je pas avec joie se réaliser une partie de ces espérances ?
Au moment où je termine cet ouvrage, je reçois un travail du plus grand intérêt sur la Pologne; c^est un tableau vraiment historique, chronologique (publié par M. Jarrj de Mancf) des faits mémorables de ce pays, c’est-à-dire de tout ce qu’il y a d’honorable et de grand dans la vie militaire et politique de ce peuple, qui a tant de fois et si malheureusement combattu pour le recouvrement de sa liberté. Je trouve dans cette histoire sommaire le nom de notre Joseph Sulkowski ; la consolation d’v lire sa mort énoncée comme un événement assez important pour être consacré spécialement au milieu des plus marquans, pour être signalé comme une perte fatale, digne de tous les regrets des amis de l’indépendance de la Pologne et de tous les pays.
Celui qui a rempli le monde de sa terrible et incommensurable renommée, qui a tenu dans sa main puissante, et qui a pu fixer les destinées de la Pologne, comme celles de la France et celles du genre humain tout entier, celui dont Sulkowski ne fut que le simple aide-de-camp. Napoléon, du fond de sa tombe immortelle , peut-il se flatter d’obtenir une inscription aussi méritée que celle accordée à notre héros par l’estime de ses concitoyens; ils ont proclamé que Sulkowski n’aurait
point manqué d’élre un des premiers libérateurs
de la noble jialrie Polonaise Si fala aspera
rampas
Sulkowski avait été l’ami intime de mon père , ' qui a conservé le plus profond souvenir de ses vertus. Tous deux avaient ensemble, et chacun de leur côté, désiré et tenté, espéré ou réyé la régénération de leur patrie. C’était la pensée de leur vie, leur vie tout entière... Dans dépareilles émotions, desames pures qui se sont entendues, n’ou-. blientjamais les impressions qu’elles ont partagées dès leur première jeunesse, à des époques aussi vives et sérieuses que celles où se sont trouvés les hommes qui nous ont devancés dans la carrière. C’est dans les entretiens familiers, naturels , et pour ainsi dire sur les lèvres de mon père, que je suis heureux d’avoir puisé les traits principaux qui ont formé mon ouvrage. La piété filiale le dédieà cette génération si désintéressée, si grande dans ses sacrifices, qui a tant semé pour les générations qui la suivront, et envers laquelle la nôtre ne peut être ingrate. Des voyageurs prétendent que chez certaines peuplades de sauvages, les pères arrivés à un certain âge doivent monter sur un arbre élevé à qui Ton donne bientôt de fortes secousses; que, s’ils ont le malheur d’en tomber, les infirmes sont considérés comme n’étant plus aptes à l’existence! !