ETAT SOCIAL DBS SARRASINS
Dans le principe, les musulmans avaient été assujettis au payement d'une contribution particulière appelée impôt des besants ; mais les furs de Valence en avaient bientôt dispensé tous ceux d'entre eux dont les seigneurs introduisaient le nouveau code dans leurs domaines4. Les pays peuplés en fnero d'Aragon étaient donc exceptés de cette faveur.
Parmi les mudejares, — c'est ainsi que l'on appelait, en Espagne, les musulmans établis au milieu des conquérants chrétiens, — on ne remarque aucun homme éminent que l'on puisse comparer à ceux que nous nommerons tout à l'heure en nous occupant des juifs. C'est que toutes les sommités de l'islamisme avaient suivi le croissant dans son mouvement de retraite; il était resté seulement sur les terres conquises, ceux qui ne sentant pas en eux les qualités suffisantes pour assurer leur avenir et celui de leur famille, avaient préféré vivre comme colons sur le sol qui les avait vu naître. Les Sarrasins étaient d'excellents agriculteurs' ; à ce titre , ils
citation», rondait les sentences et les faisait exécuter; 2M VAlamin langue fidèle), juge des causes qui n'excédaient pas deux sols. Comme le précédent, il exécutaitses propres sentences II servait en outre d'huissier au Zavalachen et veillait à l'exacte perception de l'impôt royal sur ses coreligionnaires. Quelquefois les magistrats sarrasins portaient le titre à'alcayde, comme nous l'avons vu ci-dessus i p. 490, note 2).
* Furs de Valence, lib. VIII, ruôr. VIII, fur 27. - Le 12 avril I2G3, Jacme exempta les sarrasins deMasonesde tout impôt et de tout service, excepté du monedatge, du bovatge et des amendes prononcées par la justice, moyennant une redevance annuelle de quinze cents sols de Jaca imposée à la communauté musulmane. (Archives d'Aragon, Parch. de Jacme Ier, n° 1738; Col. de docum. iwditot , l. VI, P- 157.)
2 Nous avons dit ip. 214) que les furs de Valence autorisent les Sarrasins à se livrer aux travaux des champs les jours de fête, à
372 LIVftB IV, CHAPITRE III
rendaient au pays des services que tout le monde était à même d'apprécier; les propriétaires, nobles, bourgeois et même clercs, les protégeaient particulièrement; le peuple voyait en eux des producteurs utiles, vivant presque tous de leur travail; aussi était-il loin de nourrir contre eux cette haine qui a poursuivi les juifs jusqu'à des temps peu éloignés de nous, haine aveugle dont on ne saurait trop déplorer les terribles effets, mais que ceux-là mêmes qui en étaient les victimes semblaient se plaire à entretenir et à irriter.
Si les juifs, en tant que race, avaient besoin d'une réhabilitation, elle serait complète aujourd'hui. Personne plus que nous n'applaudit à ce résultat de la civilisation; mais reportons-nous un instant au moyen âge. Loin de chercher à passer inaperçus au milieu d'un peuple grossier, qui croit venger sur ces infortunés le meurtre de son Dieu, les lils d'Israël acceptent la lutte et, rendant le mal pour le mal, répondent à la violence par la ruse.
Unis par les liens d'une forte solidarité, formant une nation dans la nation, ayant à leur service une culture intellectuelle supérieure à celle de la masse de leurs adversaires, doués d'une rare aptitude au commerce et aux sciences, souples, astucieux, vindicatifs, ils ne cherchent pas à vivre en paix avec les chrétiens; mais, convaincus de la supériorité de leur race, ils veulent, eux les moins nombreux et les moins forts , dominer la force par l'intelligence, écraser le nombre par la richesse*. Le
rexceplion do Noël, Pâques, ia Penlecùte et l'Assomption. Jurs, lin. 1, nibr. VIII, fur 2.) Pareille faveur 11 est pas accordée aux juifs, ce qui prouve que, quoiqu'on en ait dit, l'agriculture n'était pas leur occupation habituelle.
1 Le* Israélites eu «-mêmes avouent que leurs coreligionnaires