‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 101 sur 183 · ETAT SOCIAL DES JUIFS · texte numérisé non relu

ETAT SOCIAL DES JUIFS

but n'était pas sans quelque noblesse ; les moyens employés pour l'atteindre furent trop souvent bas et vils.

Les juifs n'eurent pas exclusivement, il est vrai, le triste privilège de l'usure ; mais, par goût ou par suite des circonstances qui leur fermaient la plupart des carrières, ils se trouvèrent mêlés aux affaires de banque, à la perception des impôts, à toutes les opérations qui, à tort ou à raison » semblaient peser sur le peuple au profit de quelques individus. Le crime de leurs ancêtres, leur duplicité, leurs exactions, la supériorité suspecte de leur fortune ou de leur savoir, les rendirent odieux et expliquent, sans les justifier, les mépris et les mauvais traitements auxquels ils furent en butte.

Il faut cependant le reconnaître, le XIII- siècle fut, sous le rapport de la tolérance, bien supérieur aux trois siècles qui le suivirent, comme les juifs de cette époque furent supérieurs à leurs premiers descendants.

Le XIIe elle XIIIe siècles constituent la période la plus brillante de l'histoire des juifs espagnols. C'est le temps où se produit parmi eux le plus grand nombre d'hommes remarquables; où leurs savants jouissent auprès des rois d'une faveur méritée ; où on les voit, comme médecins, comme astronomes , comme écrivains , comme philosophes, comme commerçants, comme financiers , rendre des services signalés aux pays dans lesquels ils vivent et à la cause entière de la civilisation.

aimaient à se faire remarquer par leur luxe. Voy. l'ouvrage publié par M. J. Bedarride sous le titre de les Juifs en France, en Italie et en Espagne, p. 191 . — En montionnant cet intéressant travail, nous ne pouvons nous empêcher de faire nos réserves. Entraîne par un enthousiasme facile à comprendre, l'auteur nous paraît un peu trop disposé à peindre les juifs comme les seuls représentants du progrés moral et intellectuel au moyen âge.

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Les Papes veulent en vain remettre en vigueur les canons des conciles qui leur interdisent l'accès des fonctions publiques et cherchent à les séparer des chrétiens ; malgré les préventions d'une grande partie du peuple et du clergé , les souverains et les villes les accueillent généralement avec faveur et leur offrent quelquefois des prérogatives exceptionnelles.

En Castille, par exemple, les fueros de quelques localités les mettent sur le même rang que les hidalgo$ *. Eo Aragon, Jacme Pr affranchit de tout tribut pour un temp> plus ou moins long les juifs de Uncaslillo , de Tahuste et de Montclus f , et concède à ceux de Lérida plusieurs privilèges importants , tels que celui de ne pouvoir être jugés que par le roi ou son délégué relativement aux prétendus blasphèmes contenus dans les écrits de leurs rabbins ; de ne jamais être forcés de changer remplacement de leurs synagogues et de leurs cimetières; de n'être pas tenus d'assister aux sermons chrétiens préchés hors de leur juiverie 3 .

On a dit, nous ne savons d'après quelles données , que les rois d'Aragon avaient été moins favorables aux juifs que ceux de Castille4. Ce n'est pas à Jacme que ce re-

4 Voy. Araador de los Rios. Estudios sobre los judios de Espani ensayo 1°, cap. vu. — Le tableau de l'état des juifs en Castille dorant le moyen âge a été tracé par M. Araador de los Rios avec une impartialité et un talent auquel des écrivains de nations et de religions diverses se sont plu à rendre justice.

3 Archives d'Aragon, Reg. XI, f° 133, et Parch. de Jacme I", n° *3i6.

* Charte du 9 novembre 4268, conservée aux archives d'Aragon, Parch. de Jacme Ic\ n° 195H. — Voy. Col. de documentas ineditos, t. VI, p. no.

4 L'auteur des Juifs en France, en Italie et en Espagne , a avance p. 195) qu'à Barcelone les juifs étaient exclus du commerce Nous

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proche peut s'adresser, car, dans les pages que nous avons consacrées à la législation en vigueur sous ce prince , on a pu voir que toutes les restrictions apportées à la liberté des juifs dans les Etats aragonais étaient générales en Europe, tandis que plusiearsdes garanties qui leurétaient accordées et des droits qui leur étaient reconnus par les constitutions catalanes, les faeros d'Aragon ou les fur$ de Valence, étaient particulières à ces pays *.

Non-seulement la masse de la population israélite vivait tranquille dans ses juiverics , soumise le plus souvent à ses lois et à ses magistrats1 , mais le souverain veillait à ce qu'elle ne fut exposée ni aux exactions des officiers royaux, ni aux outrages des chrétiens. Divers documents attestent cette haute protection. Nous citerons entre autres des lettres du 23 octobre 1252 s et un privilège du 21 janvier 1259* en faveur des juifs de Montpellier; un article de la charte d'amnistie octroyée aux habitants de la môme ville, le 10 décembre 1258* : le privilège accordé aux juifs de Lérida, dont nous parlions tout à l'heure.

L'étude de la législation des pays aragonais nous a fait

avons vainement cherché une autorité sur laquelle put s'appuyer celle assertion, que Capmany dément implicitement, r Memorias sobre la marina, eleommercio y artes de Barcelona, t. III, part. 2° proem., § 2.)

1 Voy. ci-dessus, p. 463, 164 , 201 et 244

a Les magistrats des juifs étaient, d'après Blancas {Herum aragonensium commentant ap. Hispania illustrata, t. III , p. 783 et 784.) !e Daien, qui jugeait toutes les causes et dont les sentences étaient exécutées par VHédin. Celui-ci connaissait des litiges dont la valeur n'excédait pas cinq sols ; mais le demandeur pouvait, s'il le voulait, porter directement les causes de ce genre devant le Daien.

* Voyez Germain, Hist. du comm de Montpellier, t. I, pr, p. 219.

* Arch. d'Arag., Rcg. X, f° 48.

R Voy. Germain, Hist. delà comm. de Montpellier, t. II, pr., p 339.

connaître les garanties offertes par les tribunaux chrétiens aux juifs et aux musulmans obligés de comparaître devant eux

Il ne suffisait pas au roi de faire tous ses efforts pour mettre ses sujets appartenant à ces deux classes, à l'abri de l'injustice et des vexations, il savait aussi récompenser leurs services et ménager aux plus distingués d'entre eui les moyens de sortir de l'infériorité à laquelle ils étaient condamnés par les moeurs plutôt que par les lois.

Les registres de répartition de Mayorque et de Valence nous font connaître un assez grand nombre de musulmans et de juifs qui eurent part aux largesses royales. La profession des premiers n'est presque jamais indiquée: ce sont sans doute à peu près tous des agriculteurs V Parmi les fils d'Israël, il n'y apas seulement des usuriers ou des changeurs ; on y voit de simples artisans, tailleurs, corroyeurs , bouchers et surtout un grand nombre iYalfaquis\ interprètes attachés souvent à la personne d'un

1 Voy. ci-dessus, p. 203. — Les lois des pays aragonais admettaient les Juifs et les Sarrasins à prêter témoignage. (Const. de Cal , vol. III, lib. III, Ut. VI, us. \. — Fueros d'Aragon, t. II, lib 11, àx Testibus. — Furs de Valence, lib. IV, rubr VIII, f. 21 et 54. ) - En cela elles étaient moins .sévères que la coutume générale de France, dont Beau ma noir s'est fait l'interprète en ces termes : «Cbil ne doivent pas eslre oy en tesmongnage, qui sunt hors de le foy de crestienté, si come cil qui sunt juys. »• {Coustumes de Beau^oiiis, cap. xxxix, § 63.;

2 Les Sarrasins étaient d'excellents arbalétriers, et quelques-uns paraissent avoir été employés à ce titre dans les armées chrétiennes Par exemple, un certain Mahomet, « arbalétrier », dont le Ûls, appelé Faraix, obtint un lot dans la répartition de Valence.

s II ne faut pas confondre Valfaky, homme qui sait lire et écrire, secrétaire, trucheman, avec Val fakir, religieux mahométan que l'on appelait aussi en espagnol alfaqui. Le premier a beaucoup plus de rapport avec l'ai fakkek (alfaqueque) « homme de vérité, disent les Partidas, choisi pour racheter les captifs et servir de trucheman avec les infidèles. »

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seigneur ou d'un prince. Ainsi les libros de repartimiento nomment entre autres maître David Abnadayan , alfaqui de l'infant don Fernand; maître David et maître Salomon, alfaquis du roi; Astrug de Bonsenyor, principal secrélaire de Jacme pour la tangue arabe , plusieurs fois mentionné dans la Chronique royale*.

La médecine était surtout une science dans laquelle les fils d'Israël excellaient. « La réputation des médecins juifs étaitsi grande , a dit un savant professeur de l'École de Montpellier , que l'on a cru, à une certaine époque , que pour bien faire la médecine il fallait être d'extraction hébraïque*. » C'est ce qui explique comment, malgré les défenses des conciles, tous les souverains du XIIIe siècle avaient auprès d'eux des médecins juifs. L'un de ceux de Jacme I'r s'appelait Jucef Abentrevi. Le roi lui accorda, par acte du 13 janvier 1272, une pension annuelle de cinq cents sols de Jaca *.

Comme percepteurs d'impôts et administrateurs, nous trouvons, en 1225, Bondia, trésorier d'Aragon, et Abraym , trésorier de Saragosse 4 ; en 1244 , Vital Salomon, bayle de Barcelone *. Mais le juif qui jouit à la cour d'Aragon du crédit le plus grand et le plus mérité, fut Jahuda, bayle et trésorier général du royaume6.

« Un certain nombre de juifs sont désignés par la seule qualification de maître tmayister), qui est probablement la traduction du titre hébreu rabbi ; ainsi maître Samzo faisait partie de la maison de la reine, nous ne savons en quelle qualité. (Arch. d'Aragon , Parcta. de Jacme I", n» 834 )

* Prunelle» de l'Influence de la médecine sur la renaissance des lettres.

s Arch. d'Aragon, Reg XIV, f« U3.

* Arch. d'Aragon, Pareil, de Jacme Ier, n° 250. » W., id.,n°H20,

6 Xiuieno Perez de Tarazona avait été trésorier général du royaume. Il figure avec ce titre dans plusieurs documents, et, entre

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C'était, dit Zurita, le plus riche et te plus paissant juif des pays aragonais. Le roi le codsoI tait souvent pour les affaires de l'État. « Il avait acquis, ajoute l'annaliste, tous les dons de la fortune , et rien ne lui manquait que d'être né dans notre loi. » Jahuda avait contribué puissamment à la construction et à l'équipement de la flotte qui eut pour amiral don Pedro Fernandez deHijar, ainsi qu'à l'approvisionnement de l'armée aragonaise pendant la guerre de Murcie. On sait d'ailleurs que, durant toute la période des croisades, les sommes fournies, de gré ou de force, par les juifs, facilitèrent singulièrement les expéditions des chrétiens en Espagne et en Orient.

Si Jacme savait reconnaître et honorer le mérite, même chez ceux que les préjugés de son temps rejetaient dans les derniers rangs de la société, il était trop profondément chrétien pour ne pas essayer de ramener dans la bonne voie ses frères égarés. Aussi ne négligea-t-il , pour la conversion des juifs et des musulmans , rien de ce qui pouvait se concilier avec ses idées de tolérance et de douceur. La mesure la plus sévère fut l'obligation d'aller entendre les prédicateurs chrétiens ; mais nous avons vu que les lois de Valence ne reproduisirent pas cette prescription des constitutions catalanes et des fueros aragonais , et que des privilèges particuliers en

aulres , dans le libro de repartimiento de Valence. Jahuda l'avait-il remplacé dans celle charge ou bien n'était-il pas simplement le successeur de Bondia, reporitarius Aragonis, qui paraît avoir rempli des fonctions différentes de celles qu'exerçait le favori Xiraeno ? Par une lettre sans date, mais qui, d'après la place qu'elle occupe dans un des registres des Archives d'Aragon (Reg. Xll,f° 17) parait 33 rapporter aux derniers mois de 1274 ou aux premiers de 1275 , le roi donne l'ordre à « Juhadan » de lui envoyer des armes et des engins de guerre.

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avaient rendu l'exécution plus facile dans certaines villes de Catalogne *.

En fait de tolérance religieuse , Jacme était le digne disciple du savant et vénérable Ramon de Penyafort. Le saint religieux condamnait sévèrement les violences à Tégard des juifs et des Sarrasins, et demandait qu'on les ramenât à la vraie croyance parla persuasion et la douceur. Joignant l'exemple au précepte , il parcourut l'Espagne et une partie du littoral africain pour faire entendre aux infidèles la parole de Dieu, et il opéra ainsi des conversions nombreuses. Ceux-là mêmes qu'il ne parvenait pas à convaincre l'entouraient de leur respect et lui témoignaient leur reconnaissance , car c'est lui qui avait attiré sur ces parias du moyen âge la protection des lois et celle des souverains

Les convertisseurs du temps flottaient d'ordinaire entre deux systèmes opposés quant aux moyens , mais également déplorables quant aux résultats: les uns écrasaient sous les rigueurs les dissidents endurcis ; les autres promettaient des faveurs exceptionnelles aux néophytes. 11 n'en était pas ainsi dans les États aragonais. Le pouvoir civil, équitable envers tous , laissait aux prédicateurs le soin de convaincre ou de toucher les infidèles , et de les amener au christianisme par des moyens

* I,e privilège octroyé aux juifs de Lerida le 9 novembre 4268, les dispense d'aller entendre les sermons prêchéshors de leurs « juiveries », afin de les soustraire aux outrages de la multitude. Les religieux qui voudront prêcher dans les synagogues ne devront être accompagnés que de dix prud'hommes chrétiens. (Archiv. d'Aragon, Parch. de Jacme Ier, n° 1955. — Voy. Col. de documentos ineditos , t. VI, p. 170.)

2 Voy. le P. Touron, Hommes illustres de l'ordre de Saint Dominique, 1. 1, saint Raimond de Penyafort; — Basnage, Histoire des Juifs, liv. IX, chap. xviu

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qui ne permissent pas de suspecter la sincérité de leur conversion.

Pour atteindre ce but , Ram on de Penyafort engageait les théologiens chrétiens à apprendre l'arabe et l'hébreu. On lui doit , assure-l-on , la fondation de deux chaires d'arabe , Tune à Tunis , l'autre à Murcie.

Saint Ramon fut ainsi l'un des promoteurs des conférences publiques dans lesquelles les rabbins et les moines discutaient sur la religion. Pour les luttes de ce genre, on choisissait de préférence comme champion du christianisme un rabbin converti, désireux de prouver l'ardeur de sa nouvelle foi. D'ailleurs , comme Ta fait remarquer l'auteur des Études sur les juifs d'Espagne, « le peu de rapport des théologiens chrétiens avec les talmudistes juifs, l'intolérance des premiers et la manière subtile d'argumenter des seconds, plus accoutumés à ce genre de dispute, eussent créé une multitude d'obstacles, rendu la discussion impossible et mis nos docteurs en danger d'être enveloppés dans de spécieux sophismes *. •

Le plus ardent provocateur de ces discussions dans les États du roi Jacme \" fut un juif converti , entré dans l'ordre de Saint-Dominique sous le nom de frère Paul V

Un savant docteur de Girone, rabbi Moses beo Nachman , plus connu sous le nom patronymique latinisé de Nachmanides , reçut un jour Tordre de se rendre à Barcelone pour y disputer sur la foi avec frère Paul.

1 Amador de los Rios, Etudes sur les juifs d'Espagne, traduct. de M. Magnabal, p. 91.

2 Voy., à la page 54 de la Disputatio R. Nachmanidis cum fratre Paulo (Wagenseil, Tela ignea Satanœ, t. II), le passage où le rabbin, répondant à un argument du dominicain, lui dit : « E<l-ce lorsque tu étais juif que tu as découvert ce nouvel argument ? Est-ce pour cela que tu t'es laissé baptiser ? »

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Si l'on s'en rapporte au compte rendu de cette conférence écrit par Ben Nachman lui-même et publié en hébreu et en latin par Wagenseil 4 , cinq séances furent tenues , dont une dans un couvent , une à la synagogue et trois dans le palais du roi. Jacme présida la discussion entière et s'y mêla plusieurs fois*.

Frère Paul se proposait de prouver au rabbin , en s'appuyant sur les livres sacrés des juifs : 1° que le Messie est arrivé; 2° que, selon les Prophètes, le Messie, vrai Dieu et vrai homme , devait souffrir et mourir pour le salut du genre humain ; 3° que les figures ont dû cesser depuis l'avènement du Messie. Ënûn il devait établir l'unité de l'essence divine et la trinité des personnes.

Les deux adversaires luttèrent avec des arguments qui, en général, font plus d'honneur à la subtilité de leur esprit qu'à la puissance de leur dialectique. Ben Nachman, réduit au silence par frère Paul , s'attira les huées de la foule de chrétiens et de juifs qui assistaient à la discussion, et, sans attendre la fin de la conférence, il quitta

1 Tela ignea Sa tance, t. II.— Basnage (Histoire des Juifs, liv. IX, cbap. xvii) a élevé quelques doutes sur l'authenticité «le l'ouvrage publié par le savant orientaliste allemand. Nous donnons dans nos Piècesjustificalives (n° XVI) le procès-verbal officiel de la même conférence. Ce document, trop succinct pour qu'il soit possible de contrôler toutes les assertions du rabbin , coïncide avec la Disputatio Nachmanidis de Wagenseil quant aux points qui furent traités; il en diffère quant au résultat de la discussion, qu'il représente comme entièrement favorable aux chrétiens, tandis qne Ben Nachman s'attribreune complète victoire.

* Ben Nachman nomme encore, comme ayant pris la parole dans celle conférence, un maître Gilbanus, juge royal, et un frère Ramon qui peut Aire Ramon de Penyafort ou Ramon Martin, auteur du Pugiofidei. (Voy. Disputatio Nachmanidis, p. 2i, 31 el 58, ap. Wagenseil ; — Basnage, Histoire des Juifs, 1. IX, chap. xvii, g 8.)

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secrètement Barcelone. Teile est du moins la version dn procès-verbal oficieL S'il fallait en croire le rabbin , au contraire, le roi loi aurait permis de retourner à Grrone, en lui donnant trois cents écus d'or pour ses frais de voyage4.

Un coreligionnaire de Ben Nachman , rabbi Samuel ben Virga, a écrit que cette discussion lit tant d'honneur aux juifs, que le Pape blâma Jacme de l'avoir autorisée et frère Paul de l'avoir soutenue*. Ce qui prouve l'inexactitude de cette assertion , c'est que le dominicain pour- • suivit triomphalement le cours de ses conférences contre les rabbins. Un mois environ après la défaite de Ben Nachman3, le roi rendit une ordonnance par laquelle il prescrivait aux juifs d'admettre frère Paul dans leurs maisons et dans leurs synagogues pour y prêcher et y discuter sur la foi, de répondre à ses questions, de lui prêter les écrits de leurs docteurs dont il aurait besoin pour les convaincre, et de payer les frais de transport de ses livres, en déduisant ces frais de leur quote-part d'impôt*.

L'année suivante, frère Paul fut désigné pour rechercher et faire effacer les blasphèmes que renfermaient les livres des juifs. Les contestations qui pouvaient naître de cette recherche durent être jugées par un tribunal

1 Voy. Dtsputatio Nachmanidis, ap. Wagenseil, p. GO. — Ben Nachman n'écrit pas une seule fois le nom de son adversaire sans le faire suivre d'une malédiction ou d'une injure : a Alors, répète-t-il souvent, cetàne ouvrit la bouche et me dit... »

a Voy. Basnage, Histoire des Juifs, liv. IX, chap. xvii, § 40.

3 Le procès-verbal delà conférence de Ben Nachman est daté du 20 août 1263, et celle ordonnance du 20 septembre.

* Voy. Undenbrog, Codex legum antiquarum, P 235. — Avantpropos de la Disputatio Nachmanidis, ap. Wagenseil. — Dans cette ordonnance, le dominicain est appelé frater Paulus chrtitiani.

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