CONFÉRENCE !>R BONASTRUG DE PORTA
dont les membres étaient l'évêque de Barcelone, frère Ramon de Penyafort, frère A. de Segarra , frère Ramon Martin et frère P., de Gênes4.
En 1265, une nouvelle conférence eut lieu dans le palais du roi à Barcelone, sous la présidence de Jacme , entre frère Paul etrabbi Bonastrug de Porta, de Girone. A l'exemple de Ben Nacbman , Bonastrug rédigea le compte rendu de la discussion. Il en donna même un exemplaire à l'évêque de Girone. Plusieurs frères prêcheurs , parmi lesquels figuraient Ramon de Penyafort , A. de Segarra et frère Paul, accusèrent le juif d'avoir proféré et écrit des blasphèmes contre Dieu et la foi catholique. Bonastrug comparut devant le tribunal présidé par le roi, et prouva que les paroles qu'on lui reprochait avaient été prononcées par lui dans sa discussion avec frère Paul , après avoir obtenu du roi et de frère Ramon de Penyafort la permission de parler librement. Quant au livre , il avait été écrit à la prière de l'évêque de Girone. Néanmoins les dominicains persistaient à demander une punition sévère. Jacme, par une sorte de transaction , voulait éloigner pour deux ans le rabbin des États aragonais et faire brûlerie livre incriminé; mais, les frères prêcheurs ne se déclarant pas satisfaits, il ordonna, sans prononcer ni condamnation ni absolution, que Bonastrug ne pourrait être poursuivi pour les faits dont on l'accusait que devant la cour de justice présidée par le roi lui-même. En somme, le rabbin était absous et soustrait aux vexations des tribunaux laïques ou ecclésiastiques.
Celte sentence mérite d'autant plus d'être remarquée, que résister aux frères prêcheurs dans des questions
* Arch. d'Aragon, Reg. XIII, f° J56; Coleccion de documente* inédites, X. VI, p. 167. — Diago , Anales del reyno de Valencia . f° 373.
de ce genre, c'était presque résister au Saint-Siège luimême. La lettre de Clément IV, dont nous parlions au début de ce chapitre, fut motivée par cette décision du roi.
Les paroles mômes du Souverain Pontife ne purent faire dévier l'équitable monarque de la ligne de conduite qu'il s'était tracée.
Parmi les hommes de son époque, Jacme fut certainement l'un de ceux dont le zèle religieux sut le mieux éviter le fanatisme, et dont la piété fut le plus exempte de superstition. Sa Chronique ne mentionne qu'un seul des nombreux miracles que la tradition rapporte à son règne4 : c'est celui de la participation de saint Georges à la prise de Majorque, raconté par le roi d'après le récit des Sarrasins. Mais on ne trouve dans l'œuvre royale aucune trace ni de ta triple apparition de la Sainte Vierge, qui amena l'institution de Tordre de la Merci*, ni de la multiplication des sept painsàMayorque8, ni de la décou-
1 D. Gaspar Galceran de Castro y de Pinos, comte de Grimera, a rappelé les principaux miracles qui ont signalé, dit-on, le règne du Conquistador, dans son écrit intitulé : Exortacion à la instancia de la canonizacion del rey D. Jaime /° de Aragon, dont nous parlons en détail à la note K de l'Appendice.
1 Voy. les biographies de saint Ramon de Penyafort et de saint Pierre deNolasque, apud Baillet , Vies des Saints ; Godescard , Vies des Pères, des Martyrs, etc., et les Bollandistes, aux 7 et 29 janvier. Consulter aussi Helyot, Histoire des ordres monastiques, t. III. chap. xxxiv ; D. Vaissête,* iffctoire de Languedoc, 1. XXIII, ch. xxv et note xx du t. III in-f°, et l'histoire de l'ordre de la Merci, publiée par frère Manuel Mariano Ribera, religieux de cet ordre, sous le litre de la Milicia Mercenaria. Ramon de Penyafort, Pierre de Nolasque et Jacme I*r, auraient eu simultanément la même vision le 4" août 4218. Le roi avait alors dix ans-
3 Le roi, racontant l'expédition qu'il fit contre les Sarrasins réfugiés dans les montagnes de Mayorque, après la prise de la capitale, a écrit au chapitre lxxmx de sa Chronique : « Mais pendant ce temps
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verte miraculense d'une image de la Vierge au Puig de la Cebolla, près de Valence4, ni de la traversée de saiot Ramon de Penyafort, de Mayorque à Barcelone, sur son manteau, avec son bâton pour gouvernail*, ni enfin du prodige des saints corporaux, dont nous avons déjà parlé.
L'écrivain qui a le plus vivement attaqué l'authenticité de la Chronique royale, D. José Villarroya3, trouve dans ce silence un argument à l'appui de sa thèse. Nous y voyons, quant à nous, une preuve en faveur de l'opinion contraire. De tous ceux à qui l'on peut attribuer cette remarquable biographie , un seul devait être sobre des
nous nous trouvâmes en grande disette, car nous n'avions qu'un peu de pain pour tous vivres, et, le dernier jour, il fallut nourrir avec sept pains, Nous, don Nunyo et cent hommes qui mangeaient avec nous. - Là-dessus certains chroniqueurs ont déclaré que, pour suffire à tant de personnes, les sept pains avaient dù être multipliés, et le miracle s'est trouvé créé. Puis l'imagination populaire Ta embelli et y a ajouté la mise en scène ; elle s'est représentée Guillem de Moncada portant sur son manteau de pourpre ces pains réduits à six, qui devaient désormais former son blason de gueules à six pains ou besants d'or; un prêtre bénit cette insuffisante nourriture, et sous sa main elle augmenta assez pour pouvoir être distribuée, non plus à cent hommes, comme le veut la chronique, mais à l'armée entière. D. Juan Binimelis, qui a écrit une histoire de Mayorque dans les dernières années du XVIe siècle, a contribué pour beaucoup à accréditer ce récit merveilleux.
1 La voix des anges, dit la tradition, se faisait entendre chaque samedi dans le ciel, au-dessus du Puig de la Cebolla ; des lueurs surnaturelles voltigeaient sur un point de la colline; les chrétiens firent des fouilles en cet endroit et y découvrirent une cloche sous laquelle était cachée la sainte image.
* C'est après avoir tenté de vains efforts pour arracher le roi ù une liaison coupable, que Ramon, fuyant la cour, alors à Mayorque, accomplit, raconte la légende, ce voyage miraculeux.
3 Coleccion de cartas historico-criticas en que se convence que el Rey don Jayme 1° de Aragon no fue el verdadero autor de la cronica o commentarios que correnasunombre, por D. Josef Villarroya, Valeucia, 4800.
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récits merveilleux chers aux imaginaiioas du moyen âge. et c'est précisément le Conquistador. Nous reviendrons sur ce point en traitant, à la fin de ce volume, de l'authenticité de la Chronique royale*. Nous ne vouloas ici que faire ressortir la prudence et la sûreté de jugement de ce grand prince en matière de foi.
On connaît la piété de Jacme Pr; elle s'exhale, pour ainsi dire , de toutes les pages de son livre , de tontes les actions de sa vie ; elle a marqué de traces glorieuses le sol de la Péninsule et celui du midi de la France. Les monuments qui frappent les regards du voyageur et ceux, plus modestes et souvent plus durables, que l'historien découvre dans la poussière des archives, racontent tout ce qu'il y eut de foi dans cette grande âme, tout ce qu'il y eut de solidité dans cet esprit éclairé.
Comme tous les monarques du moyen âge, Jacme le Conquérant fut bienfaiteur de « lieux religieux. » Ou lai attribue la fondation de plus de deux mille églises, monastères ou hôpitaux \ Il sut reconnaître les services rendus à la civilisation et à l'humanité souffrante par les ordres monastiques et les ordres militaires. Dominicains, franciscains, frères de la Pénitence de Jésus-Christ1, sœnrs de
1 Voy. à l'Appendice, note D.
2 Les chroniqueurs et les vieux historiens d'Aragon, de Catalogne, de Valence et des Baléares se plaisent à rappeler en détail les libéralités de Jacme aux églises de leur pays. Nous mentionnerons ici , comme se rapportant à la province de Languedoc, six actes ayant pour objet la reconstruction ou l'entretien de la chapelle royale dt Montpellier, du sanctuaire de Notre-Dame de Vauvert, au diocèse de Ni mes et de l'abbaye de Valtnagne. (Arch. d'Aragon , Reg. XIV , f° m ; Reg. XXI, f» 8t ; Reg. X, f* 56 ; Parch. de Jacme !•% n°
et Reg. XII, f» 88.)
3 Les frères de la Pénitence de Jésus-Christ étaient aussi appelés frères des sacs. Ils avaient plusieurs couvents en Languedoc. iVoy D. Vaissète, Hist. deLang.J'w. XXVI, ehap. lxix.) Leur maison de Valence est mentionnée dans les Privilèges de celte ville, i" xvbi. n* 6t.