‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 105 sur 183 · CROISADE EN ORIENT · texte numérisé non relu

CROISADE EN ORIENT

le conjurer de renoncer à son projet. Malgré de nombreuses désapprobations, le roi se sentait soutenu dans son dessein par les conseils et l'exemple de plusieurs princes chrétiens, et par les encouragements d'une grande partie de ses sujets , qui se plaisaient à voir dans le conquérant de Mayorque , de Valence et de Murcie, le libérateur du saint Sépulcre.

« Roi d'Aragon , disait Olivier le Templier , roi d'Aragon, qui faites peu de cas du péril , qui.avez conquis Mayorque et tout ce qui s'étend de Tortose à Biar \ souvenez-vous du pays d'outre-mer, car nul autre n'est digne de posséder ce Temple que vous avez si bien servi. Et puisque vous êtes l'homme le plus hardi du monde en faits d'armes et que Rome vous y convie, accourez là où tout le monde vous appelle. Si le roi Jacme avec une compagnie de ses gens passait là-bas, bientôt il pourrait réparer la perte et le dommage et recouvrer le Sépulcre, car contre lui les Turcs arment en vain. Il en a tant déconfits, pris, garrottés, tués, blessés, détruits en bataille rangée , et il a tant conquis de pays, pour les années qu'il a vécu *!.... »

Contrairement à ce qui se passait dans le reste de l'Europe, il y avait en ce moment dans les pays de la couronne aragonaise un redoublement de zèle pour la guerre sainte.

«Je voudrais, armé de toutes pièces, passer la mer

4 M. Ililà dit Biarne, probablement par suite d'une erreur dans le manuscrit d'où cette pièce est tirée. Le pays de Tortose au Béarn serait la Catalogne et l'Aragon, que Jacme ne conquit pas sur les Sarrasins ; le pays de Tortose à Biar est le royaume de Valence. D'ailleurs Biar rime mieux avec outramar que Biam ou Biarne.

* Voy. Milà, De los Trovadores en Espana, p. 366. M. Raynouard n'a donné qu'unfragment de cette pièce. (Choix de poésies des 2Voubadours, t. V, p. 272 )

avec les trois rois • , chantait Guillem de CerveraV Ces trois rois étaient saint Louis, Jacme d'Aragon et Thibault de Navarre, qui, par les soins du Pape Clément IV*, avaient concerté cette nouvelle expédition.

Louis IX désirait d'ailleurs voir sa seconde croisade appuyée par un prince de la réputation de Jacme le Conquérant s.

Dès le mois de janvier 4269, le roi d'Aragon conclut des trêves avec les émirs de Grenade et de Ceuta , afin de pouvoir abandonner ses États sans craindre une attaque des musulmans d'Espagne ou de ceux d'Afrique4. Au mois de mai suivant, il traita avec plusieurs chevaliers, qui s'engagèrent à conduire sous 6es ordres des compagnies de combattants à cheval ; il nolisa un certain nombre de navires*, et, après avoir obtenu des subsides de plusieurs villes d'Aragon, de Catalogne et du royaume de Valence*,

1 Milà, De los Trovadores, p. 353. — Voy. aussi la jolie pièce de Guillem ou Galceran de San-Didier oudeSainl-Leydier, dans le Choix de poésies des Troubadours de Raynouard, t. IV, p. 433; Cf. Milà, De los Trovadores, p. 497.

,Marlène et Durand, Thésaurus novus anecdot., t. Il, col. 564 et 571.

» Voy. D. Vaissète, Hist. de Long., liv. XXVI, chap. lxxvï.

* Archives d'Aragon, reg. XV, f*» 430 et 434.

5 Les traités avec les chefs des compagnies et avec les propriétaires des navires se trouvent aux archives d'Aragon, Parchemins de Jacme 1", nos 4974 et suivants. Deux d'entre eux ont été publiés dans la Coleccion de documentes ineditos (t. VI, p. 472 et 475). Les noms de ceux qui ont passé ces contrats avec le roi sont mentionnés dans ce dernier recueil (t. VI. p. 474, note) et dans la dissertation de D. Martin Fernandez de Navarrete (Memorias de la Real acadetnia de la HUtoria, t. V). Celui de Bernai Carbo, habitant de Tortoseet propriétaire d'un navire y a été omis. (Arch. d'Aragon, Parchemins de Jacmo 1*', n° 4977.) Chacun de ces noms ligure à son rang alphabétique dans notre Nomenclature des familles et des personnes les plus connues des États de Jacme Ièr.

8 Barcelone donna quatre-vingt mille sols (Appendice, n° nu de la dissertation de D. Martin Fernandez de Navarrete) ; Morella, dix mille (Diago, Anales del reyno de Valencia, ub. VII, cap. lis).

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