‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 106 sur 183 · TEMPÊTE · texte numérisé non relu

TEMPÊTE

il passa à Mayorque, dont les habitants lui donnèrent de bon gré cinquante mille sols. Puis, revenu en Catalogne, il nomma lieutenant général de ses États pendant son absence , l'infant Pierre, qui confia , à son tour, à don Atho de Foees le gouvernement du royaume d'Aragon.

Le mercredi 4 septembre 1269, la flotte, composée de trente gros vaisseaux, de douze galées et d'un grand nombre de navires de plus petite dimension, quitta le port de Barcelone. Elle avait à bord, outre plusieurs milliers de fantassins et d'almogavares, plus de huit cents hommes d'armes parmi lesquels on comptait des Templiers, des Hospitaliers, des chevaliers de Calatrava, l'évéque de Barcelone, le sacriste de Lérida, plus tard évéque de Hnesca, et les deux fils naturels du roi, Fernand Sanchez et Pedro Fernandez.

On était en mer depuis deux jours lorsqu'un vent contraire s'éleva et divisa la flotte. Le lundi 9 septembre, une violente tempête éclata; pendant trois jours et trois nuits, la galée royale, ayant pour capitaine le catalan Ramon Marquet \ fut ballottée « par les quatre vents qui se heurtaient et se combattaient. » Poussée vers les côtes de Languedoc, elle courut des bordées entre Agde et Aiguesmortes jusqu'au moment où elle put entrer dans ce dernier port, suivie de trois navires que montaient le sacriste de Lérida, les chevaliers de Calatrava et en Pierre de Queralt.

Il faut lire dans la Chronique royale * le récit détaillé de cette émouvante traversée, pour comprendre quels sentiments agitaient le Conquistador, hésitant entre le

1 Quelques auteurs assurent que Ramon Marquet avait le commandement général 'de la flolle, avec le titre d'amiral de Catalogne. (Yoy. Capmany, Memorias, t. I, part. I, p. tî8.)

2 Cbap. cclxxxiii.

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désir de poursuivre son entreprise et la crainte d'agir contre la volonté de Dieu, qui, plusieurs fois déjà, avait semblé se montrer contraire à l'expédition projetée. Au milieu de ses ferventes prières à la Mère du Sauveur, Jacme se rappelait sans doute ces mots que le Souverain Pontife lui avait adressés naguère: .Bien que nous ayons appris avec joie que vous vous proposiez d'aller au secours de la Terre-Sainte, nous voulons que vous sachiez que le Crucifié n'accepte point les hommages de celui qui le crucifie de nouveau en se souillant par une union incestueuse • La liaison qui avait motivé ces reproches n'avait pas été rompue, et cette tempête qui rejetait an rivage le monarque coupable, semblait se charger de justifier la parole du vicaire de Jésus-Christ.

Jacme ne consentit point cependant à se séparer de Berenguela. Après son débarquement à Aiguesmortes, il parut, pour quelque temps du moins, renoncer à la croisade. C'est ce qui fit dire que le roi d'Aragon, pareil au Jupiter de la fable, avait abandonné le ciel pour suivre une génisse f.

On avait blâmé Jacme d'entreprendre son expédition, on le blâma plus encore d'y renoncer. L'évêque de Maguelone et Rousselin, fils du seigneur de Lunel, allèrent le trouver à Sainte-Marie-de-Vauvert, où il était accouru rendre grâces à Dieu d'avoir échappé au danger, etl'enga-

ann. 4267, n° 33. — Le t ape termine sa lettre en menaçant Jacme des censures ecclésiastiques s il ne se sépare pas de Berenguela Alfonsn.

Guillaume de Puy-Laurens (Chron., chap. l) et Bernard Cuido {Annales pontif.) donnent à Berenguela une influence directe sur la résolution de Jacme de renoncer à l'expédition. Ces auteurs ont été es interprètes inexacts de l'opinion populaire qui, d'après les paroles

inZ*?n> aUnbuail Vln**"** de ,a croisade aragonaise à l'attachement illégitime du Conquistador.

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