‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 117 sur 183 · INDUSTRIE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE

merce, favoriser la production indigène. Les ordonnances agricoles dont nous venons de parler, l'organisation des corps de métiers, la surveillance exercée, soit directement soit indirectement, par l'autorité royale pour empêcher que la fraude ou la négligence ne fissent déchoir l'industrie nationale, furent autant de moyens employés pour atteindre ce but. Nous n'énumérerons pas ici les produits que la Catalogne et Montpellierjetaieot sur les marchés de l'Europe, du Levant etduMagreb. Capmany, dans son beau travail sur Barcelone*, et M. Germain, dans son Histoire du commerce de Montpellier, donnent sur ce point des renseignements auxquels il nous suffira de renvoyer le lecteur. L'Aragon joignait aux productions dont nous parlions tout à l'heure, ses tanneries d'Albarracin et ses fabriques de drap de Jaca et de Huesca. A Valence, la fabrication et la teinture des draps et de quelques autres étoffes * semble avoir occupé à peu près exclusivement le peu d'ouvriers que n'absorbaient pas les travaux de l'agriculture3. Les fruits et les denrées que les fertiles plaines de la Huerta donnent en si grande abondance,

4 Memorias historiens sobre la marina, comercio y artes de la antigua ciudad dt Bareelona... por D. Àutonio de Capmany y de Monpalau , sécréta rio perpetuo de ia real Acaderaia de la Hisloria.

3 La fabrication et la teinture des draps était une industrie importante à Montpellier et en Catalogne. A Valence, le roi se réservait le monopole de la teinture en écarlate et en bleu des Indes (de Indi). (Furs, lib. VIII, rubr. VIII, f. h.)

3 La grande quantité d'objets manufacturés qui sont dispensés par les Furs de tout droit d'importation est un indice du peu de variété des produits de l'industrie valencienne. {Furs , lib IX , rubr. XXXIV.) Voyez encore, pour l'industrie et le commerce du royaume de Valence, Furs, lib. I, rubr. IV, f. xxit; lib. II, rubr. III, f ni, lib. VIII, rubr. VIII, f. xiv ; lib. IX, rubr. XXIII, XXVII, XXIX et XXX ; Priv., f' xvi, n° 46 ; f- xix, n° 66 ; f° xxiy , n<* 83 et 84.

étaient en effet les principales productions de ce royaume. Les Baléares avaient aussi pour richesse leurs champs et leurs troupeaux.

Pour faciliter les transactions commerciales, nous voyons Jacme affranchir un grand nombre de ses sujets des droits qui frappent la circulation des produits agricoles et industriels1, bien que chaque concession de ce genre enlève au trésor royal, déjà si pauvre, une partie de ses ressources. Des marchés, des entrepôts se créent sur les points les plus favorables *. Enfin, de Montpellier à Dénia, Couvrent au commerce une quantité de ports de différente importance s, dont plusieurs doivent leur agrandissement à Jacme I" *. Toutes les conquêtes de ce prince avaient eu pour résultat d'accroitre la richesse comraercialedesÉtats aragonais. Resserrés entre la France

1 Outre les documents de ce genre que nous avons déjà signalés, nous mentionnerons pour Valence le n°74, f° xxi et le n° 94. f> xxvm des Privil. de Valence; pour Barcelone, les privilèges publiés par Capmany (Memorias, col.dipl., p. 12 et 44).

2 Voy. Privil. de Valence, f° xvin, n°6t, et f°xxi, n° 73. Tortose servait d'entrepôt aux blés et aux vins qui descendaient de l'Aragon par l'Ebre

* Un traité conclu en 4270 entre Jacme et l'émir de Tunis contient Ténuméralion suivante, évidemment incomplète, des villes et bourgs maritimes des pays aragonais : Montpellier, Canet, Collioures, Cadaguers (?), Roses, Castellon-de-Ampurias, Torroella-de- Mongriu , San-Feliu , Barcelone , Tamarit , Tarragone , Tortose , Peniscola , Burriana , Valence , Cullera , Dénia , Mayorque et Ki». Ce document a été publié par M. Cbampollion-Figeac dans la collection des Documents inédits de l'histoire de France (Mélanges, l. II). Quelques noms y ont été altérés. Plusieurs des villes mentionnées ci-dessus ne faisaient pas partie du domaine royal et appartenaient à des seigneurs ou à des ordres militaires.

* Par son dernier testament, le roi recommande à son fils Jacme d'entretenir le port de Port-Vendres et d'achever celui de Collioures.

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et la Castille, ces pays n'avaient d'avenir que par leur marine ; Jacme le comprenait lorsque, malgré le Pape et le roi de France, il préparait la domination de sa dynastie sur la Sicile, et lorsque, vers 1267, il essayait de mettre un pied eu Sardaigne, à la faveur de U lutte du Saint-Siège avec la république de Pise.

Clément IV voulait reprendre aux Pisans cette ile qu'ils lui avaient enlevée. Charles d'Anjou, roi de Sicile, don Enrique, frère du roi de Castille, et le roi d'Aragon, pour le compte de son second fils Jacme, se disputaient l'honneur lucratif d'être en cette circonstance le champion de l'Église. L'investiture du royaume de Sardaigne, sous la suzeraineté pontificale, devait être la récompense du secours prêté au Saint-Siège. Mais une lettre de Clément IV au souverain de l'Aragon nous apprend que, pour éviter de semer la discorde entre des princes chrétiens, le Saint-Père refusa également aux trois compétiteurs l'autorisation d'entreprendre la guerre en son nom *.

Ne pouvant s'agrandir hors de la terre espagnole, Jacme chercha du moins à étendre ses rapports commerciaux avec les nations étrangères f. Il ne se borna pas à

4 Cette lettre a été publiée par Raynaldi {Annales etcUts. ad. ann. 4267, n° 47) et tyir Marlène et Durand (Thésaurus noous anecdot., t. II, col. 509).

* On ne doit pas s'étonner de trouver, dans les lois qui règlent les rapports des sujets aragonais avec les étrangers, des traces de l'égoïsme national dont les esprits les plus élevés du moyen âge ne peuvent se défendre. Ainsi, en 4227, Jacme interdit à tout navire étranger de prendre cargaison dans le port de Barcelone pour le Levant et la Barbarie lorsqu'un bâtiment national se dispose à entreprendre le môme voyage; en 4265, il expulse de la capitale catalane tous les Lombards, Florentins , Sien n ois et Lucquois qui y faisaient la banque et probablement aussi l'usure; en 4268, il défend aux étrangers de tenir dans cette ville des comptoirs de change et d'y charger des navires étrangers avec des marchandises indigents. (Voy.

maintenir et à régulariser les relations de ses sujets avec la Navarre*, laChampagne, la France*, la Sicile1, les États musulmans de r Andalousie* et les républiques italiennes'; il voulut disputer à ces dernières la prépondérance dans les marchés du Levant, et ouvrir au commerce catalan tous les ports africains de la Méditerranée.

Afin d'atteindre ce double but, il se mit en rapport par des ambassades fréquentes avec les souverains de ces pays. L'Égypte semble avoir surtout attiré son attention. Avant Tannée 1241 , il était déjà en bonnes relations avec

Caproany, Memorias, t. Il, col. dipl , p. il, 34 et 34.) Ces mesures paraissent n'avoir été que transitoires et n'empêchent pas Barcelone de compter au nombre des villes les plus libérales du temps.

* Les produits de PAragon arrivaient en Navarre en remontant le cours de l'Ebre.

1 Barcelone, Valence, Lérida, Montpellier, avaient des consuls ou capitaines de leurs marchands aux foires de France et de Champagne (Capmany , Memorias, t. IV, col, dipl.} p. 5; — Germain , Histoire du commerce de Montpellier, t. I, Pièces justificatives, p. 201, 20î et 203.)

3 En 4263, Jazpert deCastellnou fut envoyé par Jacme auprès du roi Manfred de Sicile (Zurita, A nales. lib. III, cap. LXXIV); en mat 4263, un sauf-conduit fut donné à Ramon de Conques, ambassadeur du roi d'Aragon en Sicile et en Egypte (Arch. d'Aragon , Reg. XIII, f° 175) ; par acte du 24 juillet de la môme année, le roi se déclara satisfait do la manière dont Garcia Ortiz de Azagra s'était acquitté d'une mission en Sicile et à Tunis (Arch. d'Arag. Reg. XIV , f 61).

* Voy. Capmany, Memorias , t. II. col. dipl., p. 45.

» On trouve aux archives d'Aragon : 4° divers actes relatifs à la république de Gênes (Parch. de Jacme I", n<* 402, 403, 697 ; Reg. XXIV. f° 49 à 57) ; 2° un sauf-conduit à Origueto Spinola, marchand de Gênes (Parch. de Jacme I,r,n° 2049); 3° des concessions et des franchises en faveur des Pisans (Parch. de Jacme 1" , n* 496; Reg. XII, f° 421); 4° une exemption de droits en faveur d'un certain nombre de marchands de Plaisance (Reg. XIII, f° 266;. Voy. aussi Germain, Histoire du commerce de Montpellier, t. 1; Pièces justif., p. 263.

AMBASSADES BN EGYPTE 429

les sultans égyptiens, puisque la tente qu'il occupait au premier siège de Xativa lui avait été donnée par un prince ayoubite \ Lorsque les mamelouks eurent renversé la dynastie des descendants d'Ayoub, Jacme se bâta d'assurer à ses sujets le maintien des avantages dont ils jouissaient dans les ports égyptiens. Bernât Porter, chambellan du roi, et Ramon Ricart, bourgeois de Barcelone, tous deux marins expérimentés, furent chargés d'une mission auprès du nouveau Soudan d'Alexandrie ou de Babylone; c'est ainsi que les Occidentaux appelaient indifféremment les souverains de l'Égypte. Le chef musulman fit une réception splendide aux ambassadeurs du conquérant de Mayorque et de Valence. Il voulut même que son fils fût armé chevalier avec les cérémonies usitées parmi les chrétiens, et Bernât Porter, si l'on en croit Zurita et Miedes \ donna l'accolade au jeune prince, au nom du roi d'Aragon .

Cette mission eut un excellent résultat pour le commerce des États aragonais, puisque le sultan consentit à ce qu'à l'avenir les navires de ces pays fussent exempts de tout droit à leur arrivée dans le port d'Alexandrie \

A quelques années de là, Ramon de Conques, bourgeois de Montpellier, fut chargé par le roi d'une mission à Alexandrie, avec pouvoir d'y nommer un consul qui eût juridiction sur tous les sujets de la couronne d'Aragon

1 Voy. ci-dessus, p. 37

1 Zurila, Indices, ad ann. 4262; Miedes, Vida de l). Jayme , lib. XVI.

3 Cela résulte d'un acte inséré au Reg. X, f° 42 des archives d'Aragon, et daté du 4 des kalendes de décembre (28 novembre ) 1257. Zurita et Miedes ont probablement commis une erreur en plaçant la mission de Bernât Porter en 4262. il n'y a aux archives d'Aragon aucunetracc d'une ambassade en Egypte entre les années 4257 et 4264.

résidant dans les domaines du Soudan de Babylone4.

En 1266, une ambassade de ce prince vint débarquer à Barcelone*, et, Tannée suivante, le roi envoya de nouveau en Égypte deux bourgeois de Montpellier, appelés dans leurs lettres de provisions Bernardtiê de Molendims et Bernardm de Piano

Presque tous les souverains musulmans ou chrétiens de TOrient paraissent avoir reçu des ambassades du roi d'Aragon, si l'on en juge par le nombre de pays avec lesquels les sujets de Jacme Ier entretenaient des relations commerciales suivies*. Barcelone et Montpellier faisaient une concurrence sérieuse à Gènes et à Pise dans laplupart des ports du Levant, mais elles étaient sans rivales en Égypte B. A plus forte raison en fut-il de même dans les

1 Ramon de Conques reçut ses lettres de nomination, accompagnées d'un sauf-conduit, au mois de mai 4264 (Arch. d'Arag., Reg XIU, f° 475). A la fin de juillet de la même année, il fut chargé de transiger au sujet des marchandises perdues par des bourgeois de Barcelone et d'exercer au besoin des représailles sur les habitants d'Alexandrie, (/</. Rcg. XIII, f** 206 et 208.) C'est là l'indice de quelque acte de piraterie des Musulmans contre les chrétiens. Par lettres du môme mois, Ramon deConques fut autorisé à prélever pour son compte deux cents besants sur les droits perçus parle consulat et la chancellerie (scribania) d'Alexandrie. (Id.. id., f" 200 et 209). On trouve dans les Pièces justificatives de VHisloire du comment de Montpellier ( t. I , p. 253 ) un document qui a rapport à cette mission.

* Par acte du 16 août 4266, le roi reconnaît devoir à Guillem Gruny la somme de 4856 sols barcelonais remise à Bernât de Bellpuig et aux ambassadeurs du soudan d'Alexandrie. (Arch. d'Arag. ,Reg. XIV,

• Capmany , Memoritis, t. IV, col. dipl. . p. 6 et 7. 11 est accordé ù ces envoyés 5,000 sols melgoriens pour leurs frais de voyage.

4 Voy. Capmany, Mrmorias, t. Il, col. dipl., p. 3, 41, 15, 32 et 34; — Germain, Histoire du commerce de Monlpelliery\. I, Pièces just., p. 220.

6 Le commerce des chrétiens avec les pays musulmans fut paralysé.

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