LE VICOMTE 'DE BBZIBRS
da vaillant et infortuné Raymond Roger \ Raymond Trencavel II , quittait subitement la Catalogne et passait les Pyrénées à la tôte d'une troupe dans laquelle les Languedociens proscrits (faydits), victimes de la guerre des Albigeois , se mêlaient aux Catalans et aux Àragonais *.
Durant l'été de Tannée 1240, tandis que le comte de Toulouse remportait des succès sur le comte de Provence et sur quelques seigneurs français venus en aide au beau-père de leur roi; au moment où l'on pouvait croire saint Louis occupé de porter secours à Ramon Berenguer, la petUe armée de Trencavel envahissait les diocèses de Narbonne et de Carcassonne. À rapproche de leur seigneur, les vassaux des vicomtes de Béziers se soulevèrent par un mouvement spontané, et, en un clin d'œil, le flls de Raymond Roger eut reconquis une partie des États de son père. Des Pyrénées aux Alpes , le midi de la France était en feu ; mais le comte de Toulouse , après avoir à dessein allumé l'incendie , ne sut pas profiter du trouble qu'il avait fait naître. Effrayé de se voir en face d'adversaires dont il semblait n'avoir jamais encore mesuré la force , redoutant la colère du Pape et celle du roi de France , il recula tout à coup, retira son armée et revint à Tonlouse. Bien qu'il fût certainement de connivence avec le vicomte de Béziers , il l'abandonna , comme il l'avait déjà abandonné en d'autres circonstances ; mais il refusa cependant de se joindre au sénéchal de Carcas-
1 V. notre tome I, p. 109, note.
2 Dans une première expédition (1220 à 1227). Trencavel, aidé de son tuteur, le comte de Foix, avait repris la plus grande partie des domaines de sa famille; mais bientôt, vaincu par les Français, il s'était refusé à toute transaction avec ses spoliateurs et avait été contraint de chercher un refuge dans les Etats du roi d'Aragon.
sonne pour le combattre *. Louis IX , débarrassé de tout souci du côté de la Provence, eut bientôt raison de Trencavel, qui, pour la seconde fois proscrit et déshérité, retourna chercher un asile dans les États hospitaliers du roi Jacme d'Aragon. Quant à Raymond VII , il se hâta de conclure avec le Pape un traité par lequel il promit de seconder l'Église romaine contre Frédéric, « se disant empereur* », puis il courut à Montargis prêter à saint Louis serment d'homme-lige , et fit la paix avec le comte Ramon Berenguer. Mais, comme s'il eût prisa tâche de faire douter de la sincérité de tous ses actes et de toutes ses paroles , il choisit le moment où il allait porter aux pieds de Louis IX ses protestations de fidélité , pour donner une preuve du peu de sympathie que lui inspirait la maison de France. En passant à Monteil (aujourd'hui Montélimart), le 6 des kalendes de mars 1240 (26 février 1241), Raymond fit donation à sa petite-nièce Cécile de Baux, fille de Barrai de Baux, de tous les domaines qu'il possédait ou devait posséder sur la rive gauche du Rhône « dans l'empire % pour en prendre possession seulement dans le cas où il mourrait sans enfant mâle.
Cette donation , constatée par un acte qui parait avoir échappé aux historiens de la Provence ', est un nouvel
1 Chronique de Guillaume de Puy-Laurens, chap. xliii.
2 Histoire de Languedoc, in-f*, 1. 111, pr. n* 234.
3 Nous donnons ce document dans nos Pièces juslificatîves (n* I), d'après l'original que nous avons retrouvé dans les archives de la couronne d'Aragon. II nous a semblé utile pour l'histoire méridionale d'appuyer sur un document authentique el inédit ce que nous avons avancé au sujet des idées et de la conduite du dernier des comtes de Toulouse. Cécile de Baux éleva plus tard des prétentions sur le comtat Venaissin, se fondant, disent les historiens de ce pays, sur les droits de son aïeule maternelle, Constance de Toulouse, sœur de Raymond VII. L'acte que nous publions ne fut pas étranger, sans doute, à celte revendication-