MONNAIES
Nous diviserons en trois catégories les monnaies en usage dans les Etats de Jacme * : 1° les monnaies que Ton peut appeler nationales, c'est-à-dire fabriquées dans l'un des pays de la couronne d'Aragon et ayant une efflgre et un nom particuliers à ces pays ; 2° les monnaies étrangères de nom et d'effigie, mais frappées néanmoins dans les domaines du roi Jacme pour les besoins du commerce extérieur; 3° les monnaies de fabrication étrangère ayant cours dans les Etats aragonais.
A la première de ces catégories appartiennent la monnaie de Jaca, celle de Barcelone, les réaux de Valence, les gros d'argent de Montpellier, et, à la rigueur, la monnaiemelgorienne, qui, bien que frappée par l'évêque de Maguelone, était en réalité une monnaie nationale pour la seigneurie de Montpellier V
Nous avons déjà parlé 3 de la monnaie de Jaca et de sa confirmation, qui fut renouvelée plusieurs fois pendant le règne de Jacme le Conquérant \ Celle de Barcelone
1 Nous n'avons pas à parler ici des monnaies épiscopaleset seigneuriales telles que la monnaie de Saint-Pierre d'Ausone, pour laquelle l'évêque de Vich rendit une ordonnance en 1256 (Arch. d'Arag., Parch. de Jacme Pr, n° U62J.
* Si l'on en excepte le gros de Montpellier, admis dans tous les États d'Aragon, chacune de ces monnaies devait avoir cours, à l'exclusion de toute autre, dans le pays pour lequel elle avait été frappée. A Valence, avant la création des réaux, les espèces aragonaises, catalanes et montpelliéraines étaient également en usage. L'exclusion ne parait pas d'ailleurs avoir jamais porté sur les monnaies d'or, morabatins et mazmodines. Nous verrons plus bas qu'il y eut encore une exception à Montpellier en faveur des tournois et des sterlings. Les autres monnaies ne servaient que pour le commerce extérieur.
* Arch. d'Arag., Parch. de Jacme 1", n° 22G ; Fucros de Aragon,' t. I, lib. IX, de Confirmatione monelœ ; Zurila {Anales, lib. III, cap. 74); LucioMarineo Siculo {De rébus Hisp. memorab., lib. X) et Blancas (Rer. Aragon, comment,) donnent quelques détails sur la monnaie de Jaca.
varia souvent de titre et prit à chaque variation une désignation spéciale. C'est ainsi qu'en 1221 fut créée par ordonnance royale la monnaie barcelonaise de duplo, et en 1258, celle de ter no 4 . Cetle dernière fut confirmée , dans l'année qui suivit sa création , par le pape Alexandre IV f.
L'unification de la monnaie des pays de la couronne d'Aragon n'était pas plus réalisable que celle de leurs lois, de leurs mœurs et de leurs langues ; Jacme essaya du moins d'obtenir en partie ce résultat dans les pays arrachés par lui aux Sarrasins. Tel fut le but d'une ordonnance de l'année 1247 qui prescrit la création d'une monnaie nouvelle, dite monnaie de réaux, qui doit remplacer dans le royaume de Valence et dans les Baléares toutes les autres espèces d'argent, de cuivre ou de billon en circulation dans ces deux royaumes \ Jusqu'à l'an 1300, Mayorque ne paraît pas avoir eu de monnaie particulière. Le roi conquérant et l'infant don Pedro de Portugal essayèrent vainement d'y établir des ateliers monétaires4.
La «grosse monnaie d'argent» de Montpellier fut créée en 1273, afin de suppléer à l'insuffisance de la monnaie melgorienne pour les transactions commerciales \
« L'ordonnance qui créa la monnaie^ terno se trouve aux archives d'Aragon, Parchemins de Jacme 1er, n° 1554 et Reg. IX, f°64 ; Cf. Col. de doc. ined., t. VI, p. 14t. Voy., pour les monnaies de Barcelone, Capmany, Memorias, t. II, p. 422.
1 Raynaldi, Annales tclesiasl. ad. ann. 4259, n° 48.
* Privil. de Val., î° ix, n°» 22 et 23.
* Voy. Bover, Uistoria de la casa real de Mallorca y noticia de las monedas propi s de esta isla, p. 29.
5 Voy. au t. III des Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, p. 433, le travail de M. Germain sur les anciennes monnaies seigneuriales de Melgueil et de Montpellier.