‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 121 sur 183 · MONNAIES · texte numérisé non relu

MONNAIES

Les monnaies étrangères frappées dans les pays aragonais sont les morabatins* , les mazmodines ou masmu- Unes, les millares et peut-être les besants*. Elles sont toutes d'origine arabe et destinées au commerce avec les peuples musulmans. Les mazmodines et les morabatins étaient d'or ; il y en avait de plusieurs espèces, dont les plus répandues étaient le morabalin alfonsin et la mazmodine jucefie s. Le millares et le besant étaient d'argent.

Tandis que Jacrae faisait battre surtout les mazmodines dans le royaume de Valence pour les besoins d'un pays d'où les usages sarrasins n'avaient pas encore disparu*, il faisait fabriquer les millares à Montpellier, afin de faciliter le commerce de cette ville avec le Levant8.

'On a beaucoup discuté sur le morabalin ou marabotin. Les uns veulent y voir une monnaie de l'Espagne chrétienne, d'autres une monnaie mahométane. Le nom d'olfonsias donné à une espèce de morabatins, indique déjà qu'on les frappait dans un État chrétien; mais uous trouvons une nouvelle preuve do ce fait au chapitre cclxxvi de la Chronique royale, où Jacme parle des fabricants de faux morabatins de Camille et d'Aragon ; toutefois cette monnaie est très-vraisemblablement d'origine musulmane. Quoi qu'il en soit, il faut se garder de confondre le morabalin, que l'on a quelquefois appelé par corruption raarmotin, avec la mazmodine.

a Voy. Furs de Valence, lib. IV, rubr . XXIII, f- 5 et 53.

3 Id. id. et Privil. de Val, fu ix. n° 22. Il est question dans ce document de la mazmodine contrefaite qui vaut trois sols six deniers de réaux valenciens, tandis que la mazmodine,/uc*/k vaut quatre sols de la môme monnaie. Les mazmodines contrefaites pouvaient bien être celles qu'on fabriquait dans les pays chrétiens, et les mazmodines jucefies celles qui venaient des États musulmans.

* Il existe aux archives d'Aragon (Reg. XXI, f° 32) un acte de l'année 1272 octroyant un sauf-conduit et certaines franchises aux fabricants de a monnaie masmutine. •

s Voy. le travail de M. Germain sur la Monnaie mahométane attriquée à un évêque de Maguelone, ap. Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, t. 111, p. 683. On y trouvera quelques extraits des

Parmi les monnaies entièrement étrangères en usage dans les Etats du roi d'Aragon, nous mentionnerons, outre les pièces d'or et d'argent d'origine musulmane, les réaux de Marseille, les génovines, les ■ grosses géno* vines d'argent» , les tournois et les sterlings. Ces derniers paraissent n'avoir eu cours qu'à Montpellier, où un privilège du 22 mai 1273 autorise leur circulation à raison de quatre deniers melgoriens pour un denier sterling*.

Un fléau dont l'Espagne souffre encore de nos jours, sévissait au temps de Jacme 1" sur les transactions commerciales: c'était celui de la fausse monnaie. A uneépoqne où les rois eux-mêmes ont été flétris du nom de fauxmonnayeurs, les coupables de ce crime étaient souvent de hauts barons , qui abusaient de leur puissance pour se livrer sans péril à ce honteux trafic. La falsification des pièces barcelonaises de dupfo par « des nobles et des gens puissants"», avait entièrement discrédité celte monnaie, et força Jacme, qui en avait juré le maintien, à se faire relever de son serment par le Saint-Siège, afin de pouvoir établir en Catalogne la monnaie de terno*. Par l'ordonnance qui crée cette dernière, le roi et l'infant héritier s'engagent à en poursuivre les falsificateurs « de toutes leurs forces» et à les punir de châtiments

documents des archives d'Aragon relatifs à la fabrication des millares. Jacme permit en 4268 de frapper cette monnaie à Mayorque «ad illam legem quam voluerint mercalores qui fa m (monetami emerf volwrint. » Rien n'indique qu'on ait profité de cette autorisation

♦ Arch. d'Arag. Reg. XXI, f° 4 49. La même ordonnance admettes tournois dans la seigneurie de Montpellier, et en fixe la valeur à un denier tournois pour un denier melgorien.

» Bulle du Pape Alexandre IV (7 juillet 4257) rapportée dans le document n° 1497 des Parchemins de Jacme l» aux archives d'Aragon.

* Arch. d'Arag., Parch. de Jacme 1% n°4497.

PAUX-MONIUTEl RS 439

corporels *. Nous ne savons si Jacrae eut l'occasion de mettre à exécution cette menace, mais quelques années plus tard, il donna en Aragon un salutaire exemple de sévérité contre les faux-monnayeurs.

Des quantités de faux morabalins de Castille et d'Aragon étaient mises en circulation dans les environs de Tarazona. A la suite d'une enquête, ouverte en présence du roi*, les coupables furent découverts. Les principaux étaient Pedro Perez, seigneur de Trasmoz, et Blasco Perez , sacriste de Tarazona, tous deux fils âujuslicia Pedro Perez; Pedro Jordan, seigneur de Santa-Olalla, sa femme, dona Elfa de Toroella, et leurs enfants; un certain Pedro Ramirez et son fils. Pedro Jordan venait de mourir ; ses enfants avaient pris la fuite ainsi que Pedro Perez ; mais dona Elfa, Pedro Ramirez avec quelques-uns de leurs complices furent condamnés à mort, et, selon un antique usage', cousus dans un sac et jetés dans l'Ebre. Blnsco Perez, en sa qualité de clerc, fut remis à l'évéque de Tarazona, « qui le garda en prison jusqu'à ce qu'il y mourut. • Plusieurs individus qui avaient participé au crime furent punis de peines diverses; tous les biens des coupables, présents ou contumaces, furent confisqués*.

1 Arch. d'Arag., Parch. de Jacroe n°15o4, etReg. IX, f° 64 et Col de doc. ined.,\. VI, p. 141.

* Jacrae avait confié l'instruction de cette affaire à deux juges délégués, dont l'un, dit la Chronique, s'appelait miccr Umbert.

« « More mqjorum », dit Zurita (Indices, ad ann. 1267).

* Voy. le récit de celte affaire au chapitre cclxxvi do la Chronique de Jacme. — Blancas (Rerum aragon. comment., ap. /Hspania illustrata, t. III, p. 794), confondant Pedro Perez avec Pedro Ramirez, assure que le premier fut mis à mort , mais on con>crve aux archives d'Aragon (Parch. de Jacme I", n« 1905) la sentence qui condamne par contumace Pedro Perez de Tarazona, et de laquelle il résulte que celui-ci avait pris la fuite dès le commencement de l'enquête. Cette sentence est datée du 1" octobre 1267.

Le roi ne parait pas avoir persisté dans ce système de rigueurs, insuffisant d'ailleurs pour déraciner le mal, car nous le voyons, en 4273, donner des lettres de rémission pour le crime de fausse monnaie à un bourgeois de Montpellier nommé Berenguer de Conques 4.

Nous venons de montrer comment l'action bienfaisante de Jacme Ier s'est exercée dans le domaine des intérêts matériels ; ce grand prince va nous apparaître maintenant imprimant à la culture intellectuelle de ses peuples le cachet de sa puissante initiative.

Il ne lui suffit pas de donner à la nation dont il prépare l'unité une organisation forte, des institutions utiles, les éléments d'une bonne législation, un commerce prospère, une marine puissante, la sécurité au dedans et au dehors; il veut encore qu'elle ne soit point tributaire de l'étranger pour les sciences ou pour les lettres, qu'elle ait ses foyers scientifiques qui lui soient propres, qu'elle possède sa langue et sa littérature. Les beauxarts seuls paraissent être restés en dehors de l'influence personnelle et directe du monarque réformateur. Ce n'est point qu'ils fussent privés sous son règnedes encouragements dus à tout ce qui contribue au progrès et à la gloire des peuples. Jacme, mieux que toutautre, comprenait et aimait ce qui est beau et ce qui est grand ; aussi sa piété, comme fondateur d'églises, sa magnificence, comme souverain, durent-elles fournir aux architectes, aux sculpteurs, aux peintres \ aux verriers, aux argentiers, de fréquentes occasions de lutter de talent et de développer leur génie.

1 Arch. d'Arag. Reg. XXI, f° *2t.

3 Un fur du Code valencien (lib. I, rub. XV, f. I) défend, sou? peine d'une amende de vingt sols, de sculpter ou de peindre en public a les figures et les images de Dieu et des saints », de les exposer ou de les vendre dans les rues ou sur les places.

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