LO LIBRE DE LA SAVIESA
6° Un grand nombre de sentences réunies pêle-mêle sons la rubrique Exemples de Socrate.
À cette sixième partie, le copiste du manuscrit de Madrid a ajouté une prédiction d'éclipsés pour les années 1290 et 1293, une « oracio per l anima salvar » et huit sentences sur le danger de révéler son secret, après quoi la formule finito libro referamus gloria Chrislo est venue donner à cet exemplaire l'apparence trompeuse d'un tout complet.
A l'exception de Salomon, mentionné dans le préambule, et de deux ou trois autres personnages, dont les noms méconnaissables ont conservé cependant quelques traces de physionomie hébraïque ou arabe, les sages nommés dans ce livre appartiennent tous à l'antiquité païenne, ce qui n'empêche pas qu'un grand nombre des maximes qu'on leur prête ne portent l'empreinte arabe, juive et chrétienne *.
L'aspect général du Libre de la Saviesa est celui d'un assemblage provisoire de matériaux qui devaient servir plus tard à la composition d'un ouvrage. L'auteur avait pris pour modèles de son travail, resté inachevé, des recueils analogues juifs et arabes, assez nombreux e
du latin en hébreu.» Joannici de Ysach est, sans doute, l'Arabe nestorien Honaïn ben Ishak, qui vivait au IXe siècle et fut choisi par les premiers khalifes abbassides pour traduire en arabe, et non en hébreu, les ouvrages scientifiques des Grecs. On lui doit un livre intitulé: A pophthegmala philosophorum, auquel le Libre de la Saviesa a dû faire de nombreux emprunts. (Voy. A. Helfferich, Raymund Lull und die An fange der catalanischen Lilrratur. Berlin, 1858.)
1 Ainsi on peut lire sous la rubrique Exemples de Socrate, une recommandation de dire les grâces après le repas, et des pensées du genre de celle-ci : « C'est chose périlleuse pour l'homme que do vivre dans un état où il ne voudrait pas être au moment de sa mort » ; ou bien : « Prenez garde, pour les choses de la terre, de ne pas perdre celles du ciel. »
Espagne, où ils avaient introduit et popularisé l'usage des sentences et des proverbes. Dès le règne de Fernand III, la langue castillane avait donné le Libro de los docesabm ou tractado de la noblença et lealtança et les Flores de Filosofia. Sous Alfonse X, on avait vu paraître el Bonium * ou Bocados de oro et Poridat de Poridades * ou Ensenamiento el castigos de Alexandro* . Le Libre de la Saviesa procède des mêmes origines que ces imitations ou traductions de traités orientaux. Il ne serait pas impossible que l'auteur catalan eût misa profit les travaux faits en Castille, se dispensant ainsi de recourir aux originaux ; mais il est plus probable que Jacme a été aidé par des docteurs juifs, chargés de recueillir les matériaux de son livre dans les écrits hébreux et arabes.
On sait tout ce que le progrès intellectuel doit à la race juive. La littérature rabbinique, qui contribua à la formation de la langue nationale de la Castille, exerça, selon toute apparence, une action analogue dans les pays catalans. C'est à elle que l'on peut, croyons-nous, rattacher jusqu'à un certain point le Libre de la Saviesa. Il n'est pas trop téméraire de supposer qu'un rabbin prit une part assez active à la composition de ce recueil ; car un docteur nommé Rabbi Jona fut chargé par le roi Jacme d'écrire deux traités, l'un sur la Crainte de Dieu, l'autre destiné «à instruire les hommes des devoirs de la religion
1 C'est le nom du héros de la fiction dans laquelle sont encadrés les préceptes des philosopher El Bonium esl l'anagramme de Muy twble; l'auteur de la traduction a voulu sans doute désigner le roi Alfonse X.
a Secret des secrets.
s Voy., pour les quatre ouvrages qui paraissent avoir servi de modèles à Jacme Ier, Amadorde los Rios, Hisloria critica de la literatura espanoia. t. III, chap. vui el X.
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et de la piélé V * Dans les ouvrages de ce genre, le rôlê des rabbins se bornait probablement à rassembler et à traduire les passages des écrits en langues orientales qui se rapportaient au sujet proposé ; des clercs faisaient un travail analogue sur les textes chrétiens ♦ et de ceâ matériaux combinés sortait l'œuvré définitive. Tel est le précédé appliqué sans doute au Libre de la Saviesa, dont là rédaction, telle qu'elle est arrivée jusqu'à nous, peut être attribuée sans invraisemblance à Jacme le Conquérant. Ainsi s'explique la présence de maximes chrétiennes au milieu de citations des moralistes païens, juifs ou musulmans ; ainsi se concilient l'affirmation du foi, qui se donne comme l'auteur du livre > et l'érudition étendue que suppose un pareil travail*.
Quoiqu'on en ait dit, d'ailleurs, Jacme n'était pas dépourvu d'instruction. Rien ne prouve, il est vrai, qu'il ait eu pour précepteur Raraon de Penyafort on Pierre de Nolasque. Jelé dès son enfance dans la vie active, il dut recevoir une éducation plus négligée encore que celle dès princes ses contemporains; mais sa haute intelligence et l'activité de son esprit lui permirent d'acquérir par lui* même ce que des maîtres n'avaient pu lui donner. Par la lecture des livres saints, par ses conversations avec les religieux, les savants et les poètes dont il aimait à s'en* tourer, il put se créer un fonds de connaissantes littéraires et scientifiques dont il savait faire usage à propos.
1 Ce dernier ouvrage fut composé vers 4264. Voy. Bartholoccius, Bibliotheca rabbinica, et Basnage, Hist. des juifs, Ht. IX, ohap. XVII, g 26.
1 Viltarroya (Coleceion de carias..., p. 3) ne peut admettre que Jaeme ail écrit un ouvrage qui nécessite une si grande instruction. Cet argument, le seul que l'auteur des Cartas historico-crilicas lance à l'adresse du Libre de la Saviesa, n'a pas, comme on le voit, une bien grande portée.
Il est peu de ses discours qui ne commencent par un texte latin, le plus souvent emprunté aux Écritures « qu'il savait, dit naïvement un chroniqueur, par don spécial du Saint-Esprit, de lui-même et sans maîtres, si bien qu'il prêchait à toutes les fêtes de Tannée, citant à chaque instant les textes sacrés comme eut pu le faire le meilleur maître de théologie 4. »
On n'attribue généralement au Conquistador que la Chronique et le Libre de la Saviesa ; nous croyons cependant que le code de Valence doit compter parmi les œuvres qui témoignent des efforts de ce prince en faveur de la langue catalane. Les Furs ont été trop peu connus jusqu'ici pour qu'on ait pris garde à la diversité des matières qu'ils embrassent, aux difficultés qu'il a fallu surmonter pour donner à leurs articles le degré de précision et de clarté nécessaire à un travail de réformation législative. En effet, bien différent d'une charte communale, qui transforme d'ordinaire en loi écrite, avec plus ou moins de bonheur, quelques usages déjà connus , ce recueil prévoit presque toutes les questions de droit et leur donne parfois une solution inattendue, qui demande à être nettement comprise. Les Furs ne sont pas, au même titre que les Partidas, une œuvre littéraire ; mais ils ont leur place marquée dans l'histoire de la langue catalane. L'analyse que nous en avons faite, et le fragment que nous en publions dans nos Pièces justificatives*, permettent d'en avoir une idée générale. Il nous suffira
» Le vieil historien auquel nous empruntons ces lignes ajoute : t Et jamais il ne voulut entendre messe sous un dais; au contraire, il restait tout le temps agenouillé à deux genoux loin de l'autel, comme indigne, et il empêchait que ceux de sa maison n'ouïssent la messe comme les femmes dans les tribunes grillées. » (Carbonell, Chroniques de Espanya.)