LES LETTRES SOCS JACME I
de faire remarquer ici que le roi a évidemment pris à leur rédaction une part au moins aussi active qu'à celle du Libre de la Saviesa.
Après les premiers essais de iacme pour ériger le catalan en langue officielle et littéraire, il y eut un moment d'hésitation et de résistance. Les gens du palais, des écoles et des chancelleries , qui formaient comme un monde à part, initié aux mystères du langage abâtardi qu'on décorait du nom de latin, ne purent se décider à se servir de la langue rude, mais pleine de séve, que le vulgaire employait, et qu'un roi venait d'élever jusqu'à lui. Nous avons vu que Jacme ne put contraindre les avocats à plaider en «romanç*. > Les livres des savants et les actes mêmes de la chancellerie royale continuèrent à être écrits en latin. Cependant l'exemple donné par le Conquis* tador ne pouvait manquer de porter ses fruits.
Ce furent d'abord les marins catalans qui, avec leurs Costumes de la tnar, donnèrent le premier travail de quelque étendue qui ait suivi les œuvres royales; mais, à cette exception près, il faut aller chercher hors des limites du règne de Jacme Ier les émules de l'illustre écrivain du Commentari. Bernât d'Esclot, Ramon Muntaner, Rabbi Jahuda ben Astrug, sont ses contemporains , mais ils n'écrivent que sous ses successeurs. Les chroniques des deux premiers 1 ne font pas oublier les qualités attachantes de la Chronique de Jacme, et le recueil des « paroles des sages et des philosophes » extraites des
• Voy. ci-dessus, p. 237, note 2.
2 Nous avons donné dans notre tome I {Appendice, p. 428) un jugement comparatif sur ces deux chroniques, d'après VEssai sur l'histoire dt la littérature catalane de M. Cambouliù. Voy. aussi Amador de los Rios, Hisloria crilica de la literaiura espanola, t. IV# chap. xv.
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livres arabes par«Jahuda, juif de Barcelone, fils d'en Astrug de Bonsenyor » , n'est guère supérieur pour là langue au Libre de la Saviesa
Sous Jacme P\ la littérature catalane a fourni seulement, outre les œuvres royales, quelques pièces de vers, dont les seules connues de nos jours ont pour auteur lé philosophe Ramon Lull.
Nous avons dit plus haut que l'idiome poétique dû XIII0 siècle était le provençal des troubadours. Toutes les cours de l'Europe avaient entendu résonuer cette langue harmonieuse ; plusieurs princes de la maison de Barcelone s'étaient essayés à la modeler en camos. Quoi qu'on en ait dit, le conquérant de Valence ne parait pas avoir imité en cela son père et son aïeul. Mais, à leur exemple, il combla de faveurs les poètes qui venaient chercher un asile dans ses États, étendant sa généreuse protection sur ceux-là mêmes qui l'avaient le plus vivement attaqué dans leurs sirventes. Il est peu de troubadours de ce temps dont les œuvres ne touchent à l'histoire de Jacme Itr * . Tomiers et Palazis, Guillem de Mon-
1 Quelques auteurs ont confondu le recueil de Jahuda avec le Libre de la Saviesa. Les deux ouvrages se trouvent réunis à la bibliothèque nationale do Madrid, dans le môme manuscrit (in-f° L. S). Le premier commence au f° 83. li y est dit expressément qu'il a été composé par les ordres de a m Jacme, par la grâce de Dieu, roi d'Aragon, de Sicile, etc. ». c'est-à-dire do Jacme II. 11 est possible, d'ailleurs, que Jahoda ait travaillé au Libre de ta Saviesa, et qu'il ait été employé par Jacme le Conquérant à traduire des écrivains arabes, ainsi qu'on l'a avancé en se fondant sur une simple tradition.
2 Les troubadours, dans leurs rapports avec l'Espagne, font l'objet de l'étude intéressante de don Manuel Mila y Fonlanalf, que nous avons mentionnée plusieurs fois. Nous ne saurions mieux faire que d'y renvoyer le lecteur. En éclairant l'histoire littéraire de la langue d'Oc par l'histoire politique de sa patrie, le savBnt professeur de Barcelone a rectifié en bien des points importants les écrivains qui