LES TROUBADOURS
tagnagol \ Bernard de Rovenhac, Bertrand de Born le fils, Durand de Pernes, Boniface de Castellane, Bernât Sicart de Marjévols, Sonlello, Guillem Anelier, Arnalt Plagaès, Elias Cairel, Ganbertde Puegsibot, Aimeric de Belenoi, Nat de Mons, Guiralt Riquier, Pierre Base, Mathieu de Quercy, tous nés hors de la Péninsule, ont nommé dans leurs vers le roi d'Aragon, les uns pour louer ses hautes qualités, les autres pour censurer sa conduite ; ceux-ci pour se faire gloire de compter au nombre de ses vassaux, ceux-là pour implorer ses bienfaits. Mais un nom domine cette foule poétique, c'est celui du fameux Pierre Cardinal, qui, par la vigueur et l'originalité de ses satires, a mérité d'être appelé le Juvénal du XIIIe siècle. « Il fut, dit un de ses biographes, moult honoré et récompensé par monseigneur le bon roi Jacme d'Aragon. » Le souverain admit le poëte à une telle intimité, que souvent, assure la tradition, le lit de Pierre Cardinal fut dressé dans la chambre royale.
Les troubadours d'outre-Pyrénées avaient dans les pays catalans des émules qui cultivaient la poésie provençale. Tels étaient Guillem de Cervera, Arnalt Catalan, Guillem de Murs, Serveri de Girone, Olivier le Templier. Mais la langue des troubadours, née dans la France méridionale , dépérissait avec la nationalité dont elle était l'organe ; l'idiome catalan, au contraire, vigoureux et
l'avaient précédé. Ainsi nous avons dû, d'après ses indications, retrancher de la liste des poêles contemporains de Jacme I"1, Guillem de Bergadan et Hugues de Mataplana.
1 Un Guillem de Montaynagol, qui n'est probablement pas différent du poète de ce nom, reçut des biens à Valence, lors de la répartition. Ferrand, jongleur, et B. Carbonell, figurent aussi dans le repartimirnto. Ce dernier pourrait bien Cire le troubadour Bertran Carbonell, contemporain de Jacme, mais qui cependant ne parle de ce prince dans aucune de ses pièces que nous connaissions.
jeune, en tant que langue écrite, plus apte à interpréter les idées nouvelles, réclamait sa place dans le domaine de la poésie. Si Jacme n'a pas travaillé lui-même à la lui faire, il a évidemment encouragé tous les efforts tentés dans ce sens.
Les premiers vers catalans dont l'auteur soit connu, portent le nom de Ramon Lull. On sait que l'ardeur des passions avait troublé les jeunes années de l'austère philosophe ; c'est là peut-être le seul fondement de l'opinion qui lui attribue des poésies érotiques, dont il ne resterait d'ailleurs aucunes traces. Parmi ses vers religieux ou philosophiques, quelques-uns seulement paraissent avoir été composés au temps de Jacme I" 4. Ils constituent à peu près tout le bagage de la poésie catalane sous ce règne * ; mais ils sufûsent à démontrer que l'idiome du comté de Barcelone naquit à la pleine vie littéraire sous le prince qui a écrit le Commeniari, les Fur s et le Libre de la Savie8a.
Du reste, la langue vulgaire n'eut pas seule le privilège d'attirer les faveurs de Jacme I", malgré la sympathie particulière qu'elle inspira à ce roi. Le latin, langue
4 Don Geronimo Rossello, écrivain et poète raayorquin, a donné en 1859 une édition des poésies de Ramon Lui), accompagnée de nons intéressantes sur la vie et les œuvres du célèbre auteur de Y Art magna. On doit aussi à M. Rossello une hibliokca Luliana, restée manuscrite, croyons-nous, mais que M. Amadorde los Rios mentionne quelquefois dans son Hisloria crilka de la literatura espanola, t. IV, chap. xv.
a Muntaner, auteur d'un discours en deux cent quarante vers sur la conquête de la Sardaigne. adressé au roi Jacme II, et Jaunie Febrer, qui composa, sur la demande de Pierre III, les TrobasdtU linatget de la conquista de Valencia, ne peuvent être comptés parmi les poètes du temps de Jacme le Conquérant, bien qu'ils aient vécu sous le règne de ce prince. Nous parlerons de l'ouvrage de Febrer à la note A de l'Appendice.