‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 127 sur 183 · UNIVERSITÉS ET ÉCOLES · texte numérisé non relu

UNIVERSITÉS ET ÉCOLES

internationale et, par conséquent, langue scientifique par excellence, était à peu près seul en usage dans les écoles que Jacme lui-même avait créées. Deux centres principaux d'enseignement doivent leur existence au Conquistador. L'un, établi à Lérida, était une université ou, comme on disait alors, une « étude générale » (sludi gèneral, générale studium i). On y professait le droit canon, le droit civil et, probablement aussi, les arts, c'est-à-dire la grammaire et la dialectique. Nous ne pensons pas que la théologie et la médecine fussent comprises dans l'enseignement de l'université de Lérida. A Valence, Jacme institua un studium qui ne parait avoir été qu'une école de théologie annexée à la cathédrale de celte ville. Innocent IV félicita vivement le roi d'Aragon de cette création, et dota l'école de Valence de privilèges importants *.

Montpellier était le centre enseignant le plus considérable dépendant de la couronne aragonaise ; c'était aussi l'un des plus renommés de l'Europe. On sait de quel éclat brillaient déjà sous les Guillem ses Écoles de médecine et de droit. La Faculté des arts* y prit de l'impor-

* Il semble résulter d'un passage de Zurita (Anales, lib. V, cap. xliv) que Jacme II aurait créé l'Université de Lérida, tandis qu'en réalité ce roi n'en fut que le réorganisateur, ainsi que cela résulte implicitement des termes d'un privilège de l'an 1300, publié par M . Massot-Reynier dans l'appendice des coutumes de Perpignan. Une loi de Philippe II, insérée dans les Constitutions de Catalogne (vol. I, lib. II, tit. vin, const. 4), attribue expressément la fondation de l'Université de Lérida à Jacme le Conquérant.

1 Privilèges de Valence, f° ccxxxviu, n* 45; Raynaldi, Annales eccles.t ad. ann. 4245, n° 76.

3 M. Faucillon , membre de la Société archéologique et de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier, a publié l'histoire de l'École de droit et celle de la Faculté des arts de cette ville. Pour l'École de médecine, voy. Astruc, Mémoires pour servir à l'Histoire de la Faculté de médecine de Montpellier.

tance au XIII' siècle par les soins de l'évêque de Maguelone Jean de Montlaur, car personne n'ignore qu'à cette époque tout enseignement était placé sous la dépendance directe de l'autorité ecclésiastique. Jacme Ier essaya de faire intervenir le pouvoir laïque dans la nomination des professeurs, principalement de ceux de l'École de droit, dont les doctrines pouvait exercer une si grande influencesur lesquestions politiques. Un maître nommé par lui, G. Seguer, fut excommunié par l'évêque de Maguelone, et le pape Clément IV, approuvant la conduite du prélat, reconnaît celui-ci comme principal chef de l'Université, « episcopusest caput sludii principale* » Malgré le principe, le pouvoir royal avait une grande influence sur les écoles de la Péninsule; mais à Montpellier, où le roi comptait pour si peu, même dans l'ordre politique, il n'est pas étonnant de le voir rarement mêlé aux questions d'enseignement. Nous ne connaissons en ce genre qu'un seulacte deJacme I" : c'est son privilège de l'année 1272, qui réglemente l'exercice de la médecine dans saseigneu» rie languedocienne *.

L'importance de l'Université de Montpellier et la création de celle de Lérida n'empêchèrent pas les étudiants des pays aragonais d'aller compléter leur instruction à Toulouse, à Paris et en Italie. On accourait surtout dans les écoles italiennes, et particulièrement à Bologne, pour y puiser dans les leçons de maitres renommés les vrais principes de la jurisprudence romaine.

Si maintenant nous embrassons du regard l'ensemble des principales sciences cultivées à cette époque, il nous sera facile de nous convaincre qu'aucune d'elles n'est restée stationnaire sous le règne de Jacme Ier. La démon-

4 Martèneet Durand, Thésaurus novus anecdot., t. H, col. 603. 2 Germain, Histoire de la commune de Montpellier, t. 1U, p. 107.

Page 1