‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 129 sur 183 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Agitations en Castille. — Conseils de Jacme à Alfonse X. — Événements en France et en Navarre. — Mort d'Isabelle d'Aragon, reine de France. — Affaires de Montpellier. — Projet d'expédition de l'infant Pierre dans le comté de Toulouse. — Querelle entre l'infant Pierre et Fernand Sanchez. — Guerre du comte de Foix contre le roi de France. — Mort de Berenguela Alfonso. — Dernier iestament de Jacme. — Dissentiment avec les barons catalans. — Succession du comté d'Urgel. — Jacme au concile de Lyon. — Conduite privée du roi. — Démarches pour l'annulation du mariage de Teresa Gil. — La dernière maîtresse du Conquistador. — Troubles en Catalogne et en Aragon. — Rupture entre le roi et Fernand Sanchez. — Fernand noyé par l'ordre de son frère. — Pacification de lj Aragon et de la Catalogne. — AfTaires de Navarre.— Pierre d'Aragon reconnu pour héritier de la couronne de Navarre.— Invasion des Musulmans d'Afrique.— Révolte des Maures de Valence. — Mort d'Al-Azarch. — Maladie du roi. — Défaite des chrétiens. — Derniers conseils du roi à sej fils. — Codicilles. — Mort de Jacme l". — Complainte de Mathieu de Quercy. — Conclusion.

Tandis que les pays de la couronne aragonaise s'élevaient à un haut degré de prospérité sous l'administration ferme et habile du roi Jacme Ier, la Castille était en proie à de sourdes agitations, et déjà l'on pouvait près, sentir les malheurs qui devaient abréger les jours d'AU fonse le Savant.

A peine revenu dans ses Etats, après sa tentative de croisade en Terre-Sainte , Jacme avait été invité par son

gendre à assister au mariage de l'infant Fernand de Castille avec Blanche de France, Olle de saint Louis. Le roi d'Aragon, pendant son séjour à Burgos, n'eut pas de peine à s'apercevoir de l'orage qui s'amassait sur la téte d'Alfonse X. Les mécontents de Castille firent même quelques démarches pour l'attirer à leur parti : mais Jacme, loin de se prêter à ces combinaisons, essaya loyalement de réconcilier les ricos homes castillans avec leur roi. Ses efforts furent vains, et comme Alfonse, que l'âge, la réflexion et le malheur avaient définitivement rapproché de son beau-père, lui confiait un jour ses chagrins, « nous lui dîmes, écrit le roi d'Aragon , que nous le priions d'agir d'après nos conseils dans ce qu'il voudrait faire, et que s'il se trompait il nous le dit , et que nous réparerions sa faute. De quoi il nous fut moult reconnaissant, comme il nous le prouva en nous assurant qu'il ferait ce que nous

lui disions Et son séjour avec nous fut de sept jours,

et dans ces sept jours nous lui donnâmes sept conseils, pour qu'il s'y conformât dans ses affaires. Le premier conseil fut de tenir en tous points sa parole lorsqu'il l'aurait donnée à quelqu'un ; car il valait mieux avoir l'ennui de dire non à qui demande que souffrir la douleur de ne pouvoir tenir ce qu'on a promis. Le second conseil fut de bien regarder, avant de passer on d'octroyer un acte, ce qu'on voulait en faire ou n'en pas faire. Le troisième conseil fut de tâcher de conserver tout son peuple en son pouvoir; car il était bon et convenable que tout roi sut conserver l'amour et s'attirer la bienveillance de tous ceux que Dieu lui avait confiés. Le quatrième conseil fut, s'il ne lui était pas possible de conserver l'affection de tous ses sujets , de garder au moins celle de deux classes, qui étaient l'église et le peuple avec les bourgeois de sa terre ; car ce sont gens que Dieu aime

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