‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 130 sur 183 · CONSEILS DE JACME A ALPHONSE X 4C · texte numérisé non relu

CONSEILS DE JACME A ALPHONSE X 4C

mieax qae les chevaliers , parce que les chevaliers sont plus prompts que les autres à se soulever contre leur seigneur. Il serait bon, ajoutâmes-nous, de s'attacher toutes les classes, s'il était possible; mais, s'il ne le pouvait, il devait conserver ces deux classes, car avec elles il soumettrait les autres. Le cinquième conseil fut de lui dire que, puisque Dieu lui avait donné Murcie, et que nous avec Notre-Seigneur l'avions aidé à la prendre et à la gagner, il fit respecter les traités que nous avions

passés avec les habitants Nous lui dîmes encore

que jamais Murcie ne vaudrait rien s'il ne faisait une chose que nous lui expliquâmes ainsi : ce que vous devez faire, c'est de laisser dans la ville centhoramesde qualité qui sachent vous y faire l'accueil qui vous convient quand vous y allez , et que ces cent hommes y vivent avec un patrimoine suffisant Le reste donnez-le aux artisans, et ainsi vous ferez une bonne ville. . . Le dernier conseil fut de ne jamais faire justice en secret, car il n'était pas séant à un roi de faire telle chose dans sa maison \ »

Ces remarquables paroles justifient ce que nous avons dit de la politique intérieure de Jacme Ier. Malheureusement Alfonse X, qui comprenait la sagesse de ces conseils, manquait de l'énergie nécessaire pour les mettre en pratique. Les chefs de la rébellion, parmi lesquels on comptait don Felipe, frère du roi deCastille, et le puissant rico home Nuno Gonzalez de Lara, étaient parvenus

• Chronique de Jacme, chap. cclxxxv et cclxxxvii. — Rapprochez du dernier conseil de Jacme à Alfonse X ces paroles du confesseur de la reine Marguerite au sujet de saint Louis: «Il voloit que toute justice fût fètodes malféteurs par tout son royaume en apert et devant le pueple, et que nule justice no fut fêle en report (secret). »

à former une ligue de la principale noblesse castillane, el à s'assurer l'appui delà Navarre, du Portugal et de l'émir de Grenade Ben-Alhamar. On prétendait même que les ricos /tomes aragonais étaient d'accord avec ceux de Castille, et qu'au premier signal, Maures et barons allaient se soulever contre les deux rois. Pour défendre sa puissance sérieusement menacée par la royauté, l'aristocratie ne reculait pas devant une alliance monstrueuse. Cependant les ricos homes castillans curent seuls le triste courage d'unir leur cause à celle des ennemis du nom chrétien, et, après avoir combattu plus de trois ans sous les étendards de l'islam, ils se réconcilièrent avec Alfonse, en même temps que l'émir Mohamed II, fils et successeur de Ben-Alhamar (1274).

Pendant que ces événements agitaient la Castille, le roi d'Aragon jouissait d'un repos auquel il était peu habitué. En paix avec les Musulmans d'Espagne et avec ceux d'Afrique, ses seules préoccupations lui venaient du côté de la France.

La funeste croisade que Louis IX avait entreprise en 1270 s'était terminée par la mort du saint roi, de Thibault II de Navarre, d'Alphonse, comte de Toulouse, el de la comtesse Jeanne, sa femme. L'infante Isabelle d'Aragon, reine de France depuis quelques mois à peine, venait également de mourir à son retour d'Afrique *.

1 Isabelle , étant enceinte , mourut d'une chute de cheval à Cosenza en Calabre, le 28 janvier 1271. Jacme perdit quatre de ses filles en quelques années. Sancha avait trouvé la mort d'une sainte à Jérusalem, où elle prodiguait des secours aux malades de l'hôpital de Saint-Jean (Zurita, Anales, lib. 111, cap. xtvi}; Marie, qui avait dû épouser d'abord le fils de .Robert, comte d'Artois, puis le fils du duc de Bourgogne (Zurita, Anales, lib. III, cap. lxv), s'était faite religieuse et était morte à Saragosse en 1268. Le peuple de celte ville, ne voulant pas se dessaisir de la dépouille mortelle de la

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Cettesériede malheureux événements n'était pas sans importance politique pour l'Aragon.

D'une part, Jacme, qui n'avait pu défendre qu'avec peine son autorité sur Montpellier, même au temps du scrupuleux Louis IX, avait à craindre de sérieuses attaques d'un souverain plus entreprenant. En second lieu, le roi de Navarre Thibault 11 ne . laissant pas d'enfanf, Henri, spn frère, lui avait succédé sans opposition et cette transmission régulière et paisible de la couronne dans la maison de Champagne établissait un précédent qui devait rendre les droits du roi d'Aragon difficiles à ressusciter, le jour où il lui conviendrait de les faire valoir. Enfin la mort sans héritiers directs d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse réunissait définitivement à la couronne de France tous les domaines de Raymond VII, en vertu du traité de ^221.

Jacme se voyait de plus en plus refoulé vers la Péninsule; il sentait même sa riche seigneurie de Montpellier échapper insensiblement à son autorité. Vainement jl avait espéré que son alliance avec Louis IX et les sentiments d'équité du roi de France arrêteraient l'exécution des plans préparés par Blanche de Gastille. Le traité de Corbeil était à peine signé que saint Louis lui-même devait intervenir pour mettre fin aux actes d'hostilité de

princesse, qu^ le roi avait Tinlention de faire transporterai] monastère de Vallbona, l'inhuma de force dans l'église de San Salvador (Chronique de Jacme, chap. cclxxvii). Enfin Constance, femme de don Manuel de Castillc, ne vivait plus lorsque le roi fil son testament de l'année «272.

• Zurita (Anales de Aragon, lib. III, cap. lxxxii) a^urequ'à l'avénement de lïenri I*', Jacme se préparait à réclamer la Navarre, mais qu'il fut détourné de son entreprise par la querelle de ses fils Pierre et fernand Sanchez. Moret conteste l'assertion de l'historien aragonais. [Anales de Xavarra, lib. XXIII, cap. i, g !>.)

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son sénéchal de Beaucaireet Nimes contre le roi d'Aragon \ Mais le sénéchal ne se tint pas pour battu, et il ne tarda pas à déclarernettement que la seigneurie de Montpellier était soumise à sa juridiction. C'était une conséquence de l'acte par lequel l'évéque de Maguelone avait reconnu que Montpellier était un fief de la couronne de France V

Quoi qu'en ait dit dom Vaissète, la prétention était nouvelle. Arnaud, évéque de Barcelone, et le comte d'Ampurias furent envoyés par Jacme auprès de saint Louis pour réclamer contre cet empiétement'. Le roi de France « n'étant pas instruit de la vérité dans cette affaire, d'une manière complète >, promit d'en délibérer « dans le prochain parlement avec l'évéque de Sabine4, ami des deux rois, qui s'était employé pour négocier la paix entre eux et pour conclure le mariage de leurs enfants- . Saint Louis ajoutait < qu'il avait une telle affection pour le roi d'Aragon et qu'il désirait si vivement conserver son amitié, qu'il aimait mieux quele roi d'Aragon eût quelque chose appartenant à lui, roi de France,

* Voy. ci-dessus, p. 322, note 2.

* Voy. ci-dessus, p. 306. — La revendication de juridiction dont il s'agit ici ne s'appuyait point sur un prétendu droit du roi de France comme héritier des comtes de Toulouse cl des vicomtes de Bézicrs. I.e procès-verbal du 25 mai I2G4 ne fait nullement porter la discussion sur ce point. Il s'agi>sait, pour les légistes français, de faire prévaloir dans la pratique un principe qu'ils s'efforçaient de représenter comme ayant été de tout temps admis sans contestation, celui delà souveraineté du roi de France sur tous les points du territoire compris dans les limites du royaume, telles que les souverains d'outre-l.oirc se croyaient en droit de les tracer.

1 II existe aux archives d'Aragon (Reg. XIV, fJ 47) un acte du 4" janvier «264, par lequel le roi reconnaît devoir à Bcnveni>lo de Porta la somme de quinze mille sols payée à l'évéque de Barcelone et au comte d'Ampurias pour l.;ur voyage auprès du roi de France.

* Le cardinal Gui Foulques, qui n'était pas encoro Pape.

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