‹ Jacme I, le conquérant, roi d'après les chroniques et les documents inéditsChapitre 131 sur 183 · AFFAIRES DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE MONTPELLIER

que d'avoir , lui roi de France, quelque chose qui appartint au roi d'Aragon 4. »

Louis IX délibéra, en effet, sur cette affaire dans un parlement qu'il tint en 1264; on ignore la décision qui fut prise*. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'autorité du sénéchal de Beaucaire s'implantait chaque jour davantage à Montpellier, tandis qu'une succession de petites luttes entre le roi d'Aragon , d'un côté , et les bourgeois de cette ville ou l'évèque de Maguelone, de l'autre, affaiblissaient de plus en plus l'influence du souverain d'outre-Pyrénées sur sa seigneurie languedocienne s. Le roi s'en apercevait, sans doute, et il essayait

1 Voy. le procès-verbal du 25 mai 4 264, constatant le résultat de l'ambassade envoyée par le roi d'Aragon à saint Louis, dans V Histoire de Langued., éd. in-f°, t. III, Pr. n' cccxLvn

* Voy. D. Vaissèle, Histoire dt Langued. , liv. XXVI, ctaap. LVl.

3 La question des mailles de Lattes avait été réveillée en 4264, et, par acte du 23 juillet de celte année, le roi avait renoncé a ses prétentions sur cet impôt. (Arch. d'Aragon, Reg. XIII, f° 202.— Cf. Chronique romane du Petit Thalamus, ad. ann. 1264, et Germain, Histoire d*' la commune dt Montpellier, t. II, p. 346.) Le môme jour, Guillcm de Roquefeuil reçut le pouvoir de traiter avec les habitants de Montpellier relativement au ««service» de six mille sols melgoriens qu'ils devaiont au roi. (Reg. XIV, f'6o.) Le 12 novembre suivant, Jacme donna procuration au même Guillem de Roquefeuil de régler le> différends de l'autorité royale avec l'évèque de Maguelone. (Reg. XIII, f* 24t.) Eu 1267, Clément IV écrivit à Jacme pour l'engager à faire respecter par ses offleiers le traité conclu avec les habitants de Montpellier, traite que Clément lui-môme avait négocié avant son élévation au Pontificat. (D. Vaissèle, Histoire de Langued , liv. XXVI, chap. lxv.j Enfin, dans les premiers jours de l'année 4273, le roi d'Aragon termina par une transaction ses différends avec révpqtio de Maguelone, et pardonna aux habitants qui s'étaient encore une fois révoltés contre lui. (D. Vaissèle, Histoire de Lan-' guedoc, liv. XXVII, chap. xviii.} On conserve aux archives d'Aragon (Reg. XXI, P 4 15) la copie originale de la lettre qu'il écrivit à son fils Jacme, le 21 mars 1273, en lui envoyant divers actes relatifs «à l'affaire de Montpellier. »

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de resserrer les liens qui unissaient Montpellier à la maison d'Aragon, en confiant de bonne heure le gouvernement de cette ville à l'infant Jacme qui devait en hériter1. D'un autre côté, le Conquistador ne négligeait aucune occasion d'affirmer son autorité sur celte partie de ses domaines. En 1262, par exemple, Charles d'Anjou, en guerre avec les habitants de Marseille, était venu poursuivre les hommes et les vaisseaux de cette ville jusque dans le port de Lattes, où ils avaient trouvé nn refuge, grâce à l'alliance des Marseillais avec la commune de Montpellier. Instruit de celte violation de son territoire, le roi d'Aragon avait protesté en termes énergiques*, et, le 31 octobre 1262, un traité avait mis fin au différend \

* L'infant Jacrae fui nommé, à diverses époques, lieutenant du roi, gouverneur ou procurateur général des pays que son père lui avait assurés par la.Uament. (Arch. d'Arag., Reg. XII, fu 96; Reg. XIII, f°44; Reg. XVI, f° 154.) Le 19 juillet 4274, un privilège spécial lui attribua sur la ville de Montpellier une juridiction égale à celle du roi. (Arch. d'Arag., Reg. XIX, f° U9. — Cf. D. Vaissèle, Histoire oie Languedoc . liv. XXVII, chap. XXX.)

2 Voy.jdans nos Pièces justificatives, n° XV, un fragment sans date de la première lettre écrite à ce sujet par Jacrae à Charles d'Anjou. Le f° 2 du Reg. XIII des archives d'Aragon contient trois autres lettres du roi sur la même affaire. Deux sont adressées aa comte de Provence et une ù l'infant Jacme.

3 Ce traité a été publié dans VHistoire du commerce de Montpellier. par M Germain (t. J, p. 249). Mais l'honorable écrivain y voit (I. II, p. 34) un accord qui met fin à un différend entre les habitanbde Montpellier et ceux de Marseille. Il résulte, au contraire, du texte môme de ce document, que l'alliance des Marseillais avec les vassaux languedociens de Jacme avait attiré sur ces derniers la colère de Charles d'Anjou. On lit dans la chronique du Petit Thalamus : o£n lan de M eCCLXIL. el mes de novembre, venc Karles coms de Proensa contrais homes de Masselba ai gra de Magalona, els fes reculbir a Latas ab lurs galcas: e denfra aquel mes feron pas ab lo comte.t — Voy., en outre, Gaufridi, llùl. de Prov., liv. V, c,hap. v.

succession do comté de Toulouse 475

Malgré ses efforts pour maintenir Montpellier sons sa dépendance , Jacme , lorsqu'il vit Philippe le Hardi monter sur le trône de France, ne put manquer de prévoir le moment où les questions agitées avec saint Louis renaîtraient pour être tranchées dans un sens favorable à la politique capétienne. Tout semblait d'ailleurs cons* pirer contre le roi d'Aragon. Un accident venait d'ôter la vie à sa fdle Isabelle, sur l'ascendant de laquelle il avait compté sans doute pour modérer l'ambition de Philippe, et le simulacre d'autonomie qu'avait conservé le comté de Toulouse sous Alphonse et Jeanne, s*ôva« nouissait pour laisser le royaume de France étreindre la seigneurie de Montpellier et menacer les pays pyrén néens.

Il parait qu'au moment de tomber sous le sceptre des souverains du Nord, les habitants du comté de Toulouse adressèrent un dernier appel au petit-fils de celui qui était mort à Muret pour la cause méridionale. L'infant Pierre, que son père avait associé au gouvernement avec le titre de procurateur général d'Aragon, de Catalogne et de Valence1, s'apprêtait déjà à disputer au roi de France la succession des Raymond — et les forces dont il disposait lui permettaient , s'il faut en croire Zurita, de tenter la lutte avec avantage — lorsque le roi Jacme, désireux de faire respecter le traité de Corbeil, s'opposa énergiquement à cette expédition insensée. Il

1 Dès le 6 septembre 1257, Pierre avait été nommé gouverneur général de la Catalogne. Un acte de la même date avait conféré à Ximeno de Foces des fonctions analogues pour le royaume de Valence, mais avec des pouvoirs moins étendus. (Arch. d'Arag-, Reg. IX, f°* 31 et 36. — Colrccinn de documenlos ineditos, p. 127 et 128.) — En 1260, l'infant Pierre s'intitule «haeres in Calaloni^ et procuralor Aragonura» (Arcli. d'Arag., Parchemins de Jacme \*r1 n° 1647.)

dut même,pourvaincre l'obstination de l'infant, adresser aux ricos homes et aux chevaliers d'Aragon une défense formelle de le seconder dans son entreprise C'est ainsi que, grâce à la sage intervention de Jacrae le Conquérant, la domination française put s'établir paisiblement dans les domaines des comtes de Toulouse.

A cette époque, le Conquistador eut la douleur de voir éclater, au sein de sa propre famille, une haine violente qui couvait depuis le jour où Fernand Sanchez, revenant de la Terre-Sainte, s'était lié d'amitié avec le roi de Sicile, Charles d'Anjou. L'antagonisme des maisons d'Aragon et de Sicile se dessinait déjà. Tout ami de l'une ne pouvait être que Pennemi de l'autre. De plus, Fernand Sanchez, comme la plupart des cadets des maisons souveraines de ce temps , s'était déclaré le chef du parti féodal, se mettant ainsi en lutte ouverte avec le procurateur général, héritier présomptif de la couronne,

1 Cet ordre fut adressé le 15 octobre 1271 aux ricos homes et le 47 aux justicias qui devaient le communiquer à tous les chevaliers d'Aragon. (Arch d'Arag., Reg. XVIII, f° 82.) — Quelques jour» plus tard, le roi convoqua les ricos homes , les chevaliers et les milices communales pour combattre Arlal de Lima qui, ayant en quelques démêlés avec les habitants deZuera, avait tué vingt-sept d'entre eux. Le roi avait prononcé ia confiscation des honors et des fiefs de don Arlal; mais celui-ci refusait d'accepter la sentence et en appelait au sort des armes. Bientôt après cependant, il consentit à se mettre à la merci du roi, qui l'obligea à payer une amende de vingt mille sols, dont dix mille furent distribués aux enfants et aux veuves des victimes. Arlal fut en outre condamné à un exil de cinq ans qu'il ne paraît pas avoir subi, puisque l'année môme de sa condamnation (ini) il se trouva aux coitè> générales convoquées a Alcira. Plusieurs complices du rico home furent également frappés de la peine de l'exil pour un temps plus ou moins long. Les archives d'Aragon (Reg. XVIII, f«» 83, 84 et 85) renferment plusieurs actes relatifs à ces événements. (Voy. aussi Chronique de Jacme, chap. cclxxxix ; Zuritt, Anales, liv. 111, cap. lxxx.)

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