QUERELLE ENTRE PIERRE ET FERNAND SANCHEZ
et, à ce double titre, le représentant le plus actif de l'autorité royale.
Encouragés par le bâtard d'Aragon , les barons reprirent leurs guerres privées et leurs brigandages; Pierre prononça quelques condamnations sévères qui augmentèrent le nombre des mécontents. Fernand, secondé par son beau-père Ximeno de Urrea, compta bientôt autour de lui presque toute la noblesse de Catalogne et une grande partie de celle d'Aragon. L'esprit ardent de Pierre s'exagéra le danger; l'infant héritier se crut déjà victime d'une conspiration ourdie de concert par Charles d'Anjou et Fernand Sanchez, qui en voulait, croyait-il, à sa couronne et à sa vie. Obsédé par cette pensée, il o'hésita pas à recourir à un crime pour échapper au péril qui le menaçait. Une nuit, suivi de plusieurs de ses hommes, il envahit l'épée à la main la maison où Fernand Sanchez dormait. Celui-ci put s'échapper et vint chercher prolection auprès de son père , qui crut devoir porter l'affaire devant les corlès. L'assemblée fut réunie à Lérida 4 (mars 1272). Pierre y comparut après trois citations *; il se défendit mal, refusa de se réconcilier avec son frère et fut privé de la lieutenance générale du royaume8. Par une lettre, dont une copie est conservée aux archives d'Aragon*, Jacme fit connaître,
* D'après Zurita, ces cortès auraient été réunies à Exea, et, d'après la Chronique de Jacme, à Lérida. L'acte de convocation est conservé aux archives d'Aragon (Reg. XVIII, f° 89); il est daté d'Exea ; mais il assigne la ville de Lérida pour lieu de réunion à l'assemblée. Les assertions de la Chronique royale so trouvent donc confirmées une fois déplus.
2 Archiv. d'Arag.,Reg. XVIII, f 90.
» Archiv. d'Arag., Reg. XVIII, f 84.
*Arch. d'Arag , Reg. XV1ÏI, f° 75.
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aux villes de ses Étals les motifs de sa rupture avec son fils ainé.
Au fond , le roi ne condamnait chez ce dernier que la violence des procédés, et ajoutait foi aux accusations portées contre Fernand Sanchez*. Mais, afin de maintenir la paix dans sa famille, il voulait que Pierre pardonnât à Fernand. L'infant refusait. Deux tentatives de réconciliation, faites par plusieurs membres des corlès réunies à Alcira1, n'eurent aucun résultat. Berenguer de Àlmenara, maître des Hospitaliers en Aragon, essaya de s'entremettre et fut retenu prisonnier par l'infant'. Enfin, celui-ci , se lassant de sa propre obstination, vint se jeter aux genoux de son père, et promit par écrit de ne rien entreprendre contre Fernand Sanchez*.
Cependant, de l'autre côté des Pyrénées, quelques
• Après les corlès de Lérida, des envoyés du prince héritier dirent au roi : « Seigneur, Fernand Sanchez ne mérite pas que vous inter- » cédiez pour que l'infant lui pardonne; car il a dit que vous ne * deviez pas régner , il a e»ayé de faire empoisonner l'infant, et » enfin il a conspiré avec quelques rirhs homms pour que votre terre » se soulevât contre vous.» Chronique de Jacme, chap. ccxci.) Le récit dcd'Esclot, partisan décidé de Tintant, est suspect; mais il est évident, d'après plusieurs pas-âges de la Chronique de Jacme, que le roi avait do Fernand Sanchez une opinion très- défavorable. (Voy. Chronique de Bernât dEsclot, chap. txvm et lxix; Chronique do Jacme, chap. eexe à ccxciv et ccev.)
3 C'est sans doute pour éloigner les cortès des pays troublés par les discordes de ses fils, que le roi les réunit dans une ville du royaume de Valence. On sait que cet Étal n'avait pas encore d'assemblée nationale.
3 Le roi écrivit à ce sujet une lettre à l'archevêque de Tarragone et auxévôques d'Aragon et de Catalogne. (Areh. d'Arag.,Reg. XVIII, f° 53.)
4 Les archive? d'Aragon contiennent l'engagement de Pierre et la lettre par laquelle le roi fait connaître aux prélats, aux ricos homes. aux chevaliers et aux villes la soumission de l'infant. Reg. XV1H, f°» 74 et 75.)