DERNIER TESTAMENT DE JACME
oe fut due qu'à un miracle de la Sainte-Vierge*. Pendant sa maladie, le 26 août 1272, il confirma, par un nouveau testament, qui devait être le dernier, le partage de ses États fait en 1262, et renouvelé en 1270 V Mais cette fois, reconnaissant expressément pour légitimes les enfants qu'il avait eus de Teresa Gil , il les substitue , par ordre de primogéniture, à leurs frères nés d'Yo'ande, si ces derniers meurent sans enfants. A défaut des fils de Teresa Gil et de leurs descendants mâles , il appelle à sa succession les fils d'Yolande, reine de Castille, puis ceux de Constance, femme de don Manuel, puis encore ceux d'Isabelle, reine de France, et, enfin, le plus proche parent mâle issu en ligne directe et légitime de la famille du testateur. Il exclut à tout jamais les femmes de sa succession, et ordonne que les États qu'il laisse à Pierre, son fils aîné, ne puissent jamais être divisés, non plus que ceux qu'il donne à Jacme, son second fils *.
1 Voy. Beuter, Coronica gênerai de Bspana, lib. II, cap. Lrv.
a Ce renouvellement de l'acte de 4262, daté du 27 mars 4270, se trouve aux archives d'Aragon sous le n° 2018 des Parchemins de Jacme lw.
3 II faut remarquer encore dans ce testament la confirmation de donations faites à Fernand Sanchez et à Pedro Fcmandez, o flls naturels» du roi, quelques détails sur la manière dont se fit la répartition des terres à Valence, et la recommandation d'entretenir le port de Port-Vendres el d'achever celui de Collioures. Jacme veut être inhumé à Sainte-Marie de Poblet, à côté d'Alfonse, son aïeul, mais après lui, « de sorte que le monument d'Alfonse soit le premier. » Ce testament est le neuvième acte connu (y compris celui de 4270) par lequel Jacme partage ses États entre ses enfants. (Voyez dans le présent ouvrage, l I, p. 324; t. Il, p. 72, 289, 292, 293, 294 et 329.) La copie de ce document est conservée aux archives d'Aragon, Parchemins de Jacme I", n°2126. Le texte en a été publié par d'Achery dans son Spicilegium. éd. in-f°, t. III, p- 6*3, el, d'une manière très-incorrecte, par Martène el Durand, clans le Thésaurus novus anecdot., t. I, col. 4139.
Ces deux clauses constituent un immense progrès sur les testaments antérieurs do Jacmel". En 4242, il appelait sa fille Yolande, reine de Castille, à hériler éventuel!* ment de ses royaumes; en 4248, modifiant ces disposuions, il substituait directement à ses fils les enfants mâles d'Yolande , à l'exclusion de leur mère; mais, en 1272, il généralise et prononce en termes formels l'exclusion des femmes de la succession au trône, garantie d'ordre public dans un temps où le pouvoir royal était engagé dans une lutte corps à corps avec la féodalité. De plus, il établit, pour la première fois, l'indivisibilité de chacune des deux couronnes d'Aragon et de Majorque.
Ainsi le sens politique du législateur de Huesca et de Valence l'amène à proclamer des principes encore nouveaux pour son pays. Les historiens qui l'accusent d'avoir méconnu les avantages de l'unité oublient sans doute qu'il en a le premier posé les bases dans son testament de 1272. Mais pourquoi n'en a-t-il pas jusqu'au bout développé les conséquences? Pourquoi n'a-t-il pas légué à un seul de ses fils tous ses États réunis, sinon unifiés? Pourquoi , devançant les siècles, semble-t-il assigner déjà aux Pyrénées leur rôle de limite politique entre les pays français et les pays espagnols ? Le Conquistador pensait sans doute que le roi de Mayorque, résidant à Montpellier ou en Roussillon, pourrait mieux défendre ces domaines contre les empiétements de la France, qu'un roi d'Aragon toujours occupé dans la Péninsule.
Jacme était complètement rétabli au commencement de l'année 4273. Au moment de regagner la Catalogne, il adressa aux nobles de ce pays l'ordre de se tenir prêts à le suivre ■ en Espagne, au secours de la foi chrétienne et de son très-cher gendre le roi de Castille , contre les Sarrasins et les perfides chrétiens ligués avec le roi de