TRAITÉS ENTRE JACME ET RAYMOND VII
exclusivement à la femme d'Alfonse de Poitiers, mais aussi de tous les États de Ramon Berenguer. Jacme, qui avait l'intention de réclamer la Provence si son cousin mourait sans enfants mâles, aurait certainement consenti , dans ce cas , à ne conserver d'autres droits sur ce pays que ceux de simple suzerain. La dynastie de Toulouse, régénérée par sa fusion avec celle de Provence, se serait redressée en face de la maison de France Sous son ombre et sous la protection de l'Aragon , le Midi , qui n'oubliait ni son passé glorieux , ni ses vieilles affections , aurait vu ses forces épuisées renaître peu à peu jusqu'au jour où toutes ses parties , sortant tout à coup de leur torpeur et unissant leurs efforts , auraient rais en pièces le traité de Paris , acclamé leurs princes nationaux et constitué enfin, après tant de luttes et de déchirements, une nation unie et compacte.
C'est pour tenter la réalisation de ce rêve que Jacme était accouru à Montpellier, où il attendait le moment d'avoir une entrevue avec le comte de Toulouse. Celui-ci, en quittant Montargis, se dirigea vers Marseille ; il devait s'embarquer dans le port de cette ville pour aller recevoir à Rome même son absolution définitive et sceller sa réconciliation avec le Saint-Siège.
A son passage à Lunel , Raymond trouva le roi d'Aragon, qui désirait avoir avec lui une conférence dont les résultats sont constatés par un certain nombre de documents datés de Montpellier les 18, 23 avril, 5 et 7 juin
Par le premier de ces actes , le roi et le comte font alliance « en toutes choses et spécialement pour la défense de la foi catholique et de la Sainte Église romaine» , qu'ils s'engagent à secourir de tout leur pouvoir ■ contre tous ses adversaires et contre tous les
hérétiques des terres et lieux qui sont sous leur dépendance. » Ils promettent de s'aider envers tous et contre tous , excepté contre les rois de France et de Castille et le comte de Provence. Raymond ajoute, d'ailleurs, celte restriction : « sauf toutefois la volonté et les ordres du roi de France en ce qui nous concerne * . »
L acte du 23 avril est une trêve jurée par les deux princes pour deux ans à partir de la Toussaint *, et celui du 7 juin, un engagement pris par Jacme d'agir auprès du Saint-Siège pour obtenir l'absolution du comte, les dispenses nécessaires au mariage de ce dernier avec Sancha de Provence , la sépulture ecclésiastique pour le feu comte Raymond VI, la dispense pour Raymond VII de prendre la croix et d'exécuter certaines clauses secondaires du traité de Paris , enfin des réformes destinées à
* Dora Vaissète (Hist. de Lang., liv. XXV. chap. xlit) mentionne un traité conclu, le 48 avril, à Lunel, et'qui réunirait aux clauses de celui-ci celles de Pacte du 7 juin, (le document se serait trouvé, d'après l'historien du Languedoc, parmi les manuscrite de M. de Coislin , sous le n* 686. Nos recherches pour le découvrir dans le fonds Coislin, à la Bibliothèque impériale, sont restées infructueuses.
Les traités du 48 et du 23 avril, dont on trouvera le texle dans nos Pièces justificatives (n°* II et III) , figurent dans la collection de manuscrits de la bibliothèque de Carpentras. M. Lambert, conservateur de ce riche dépôt, a bien voulu, avec une obligeance dont nous ne saurions trop le remercier, nous envoyer la copie, faite par t>e> soins, de ces deux documents si importants pour l'histoire du midi de la France.
L'acte du 7 juin est conservé aux archives de l'Empire, carton Jf 587. (Voy. Pièces just., n» IV bis.]
* Les lieux compris dans la irAve sont ainsi désignés . o La terre du roi d'Aragon et des siens du Rhône à Valence ; tout le royaume de Valence et tout le royaume de Mayorque par mer et par terre ; toute la terre du comte de Toulouse et des siens en deçà du Rhône et au delà, quelle qu'elle soit, et spécialement Marseille et !c château de Braganson, par mer et par terre.»