ENTEÏICB CONTRE SANCHA D'ARAGON
rendre l'inquisition « tolérable à la terre» du comte.
Si le roi ne réussit pas dans ses démarches , Raymond sera dégagé de la promesse qu'il a faite à Jacme de se liguer avec lui pour défendre l'Eglise contre l'empereur.
Les traités que nous venons d'analyser s'attachaient habilement à désarmer les deux principaux adversaires du comte, et particulièrement le roi de France, contre lequel ils étaient secrètement dirigés. Le projet d'union avec la princesse provençale semblait n'être qu'une affaire de famille à laquelle les étrangers devaient rester indifférents. C'était là cependant le vrai motif de l'alliance; mais l'exécution de cette clause était rendue difficile parla résistance obstinée de Sancha d'Aragon , qui opposait les dénégations les plus formelles au fait sur lequel le comte de Toulouse appuyait sa demande de divorce.
Peu de jours avant l'acte du 7 juin, Ramon Berenguer était venu rejoindre à Montpellier Jacrae et Raymond VU, qui avait renoncé à son voyage à Rome. Les trois princes s'étaient occupés d'assurer le succès de la demande qu'on allait porter aux pieds du Saint-Siège, et, pour atteindre ce but, ils n'avaient pas reculé devant l'injustice et la violence des moyens. Le roi d'Aragon , Raymond Gaucelin ou Gaucelm, seigneur de Lunel , et un troisième arbitre, désigné seulement sous le nom d'Albeta4, avaient rendu, le jour des nones de juin (5 juin) 1241,
4 Le nom de ce personnage est Albeta et non Albesa, comme l'ont dit par erreur Zurita, Miedes et Dom Vaissète. Un sceau d'Albeta de Tarascon, conseiller du roi Charles I" d'Anjou, comte de Provence, a été publié par M. Rlancard dans son Iconographie des sceaux et bulles des archives du département des Bouches-du Rhône (texte, p. 60, et planche XXX). Ce sceau est apposé à un acte de 1250. L'individu auquel il appartient, évidemment le même qu'Albeta de Tarascon . l'un des conseillers de Ramon Berenguer V qui préparèrent l'avéne-
une sentence qui ordonnait : i# au comte de Provence, d'engager la reine 1 Sancha à demander elle-même la cassation de son mariage et, si elle refusait, de la chasser de la Provence, de lui enlever ce qu'il lui avait donné et de ne lui accorder aucun secours,soit public, soit secret; 2° au comte de Toulouse, de solliciter de son côté la déclaration de divorce et de donner à Sancha d'Aragon, pour remplacer son douaire, une somme de mille marcs d'argent et une pension viagère de cent marcs par an; 3° aux deux comtes conjointement, de faire demander an Saint-Siège, par des ambassadeurs spéciaux, les dispenses • qui leur paraîtront nécessaires. * • On évitait avec soin de mentionner en termes exprès le projet de mariage de Raymond VII avec la fille de Raraon Berenguer.
Le comte de Provence et le comte de Toulouse avaient approuvé la décision des arbitres et promis de s'y conformer. C'est pour faciliter l'exécution de cette sentence que, le surlendemain, 7 juin, le roi d'Aragon avait pris l'engagement dont nous parlions tout à l'heure.
ment de la maison d'Anjou en Provence, n'est probablement pas différent de celui qui a figuré dans la sentence arbitrale du 8 juin 1244 . Des fautes de copie et des erreurs de lecture ont fait donner aussi au conseiller du comte de Provence les noms d'Albera et d'Albert.
4 Le titre de reine était quelquefois porté par des filles de roi.
9 Voyez cette sentence dans nos Pièces justificatives, n- IV. Dom Vaissete a commis quelques erreurs en essayant de rectifier, par les vagues indications de la chronique de Puy-Laurens, le passage très-précis dans lequel Zurita [Anales, 1. 1, f* 158) a rendu compte delà décision arbitrale du ojuin 1241 qu'il avait certainement sous les yeux. L'historien du Languedoc donne à cet acte le caractère d'un traite dont Jacme, Raymond Gaucelin et Albeta auraient ëte les garants, et y fait figurer l'évêque de Toulouse, bien que ce prélat ait toujours refusé de s'associer aux actes d'injustice dont Sancha d'Aragon était la victime.
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Dominé par ses idées de reconstitution nationale, entraîné, aveuglé par le désir de réaliser les rêves qu'il avait caressés, Jacme venait de fouler aux pieds dans un intérêt politique les sentiments et les devoirs les plus sacrés. Il ne s'agissait plus d'obtenir par des moyens loyaux un& de ces sentences de divorce si fréquentes à cette époque, on osait employer les menaces pour contraindre une malheureuse femme à agir contre elle-même et à suppléer par ses instances à ce qu'avaient d'insuffisant et de suspect les témoignages invoqués devant l'autorité ecclésiastique.
Vainement Miede3 essaye-t-il de justifier le roi d'Aragon par ces raisons naïves que les prières importunes des deux comtes et la crainte de mettre en danger la vie de sa tante, l'avaient forcé de souscrire malgré lui à cette « inique et cruelle sentence *. »
L'histoire ne peut admettre de pareilles excuses pour un prince dont la volonté, clairement et énergiquement manifestée, eût suffi à empêcher cette injustice, et qui pouvait recueillir chez lui sa parente, chassée par le comte de Provence. On ne peut oublier, d'ailleurs, que Jacme a joué le principal rôle dans cette affaire , où reparait la politique matrimoniale de la maison de Barcelone; c'est Jacme qui, allant trouver Raymond VII à Lunel, reprit le projet de divorce ; c'est lui qui servit d'intermédiaire entre le comte de Toulouse et Ramon Berenguer ; c'est chez lui, à Montpellier même, que fut arrêtée l'inique décision dans laquelle il figure comme premier arbitre, et ce n'est pas là, nous le verrons bientôt, que s'arrêta son intervention beaucoup trop laissée dans l'ombre par les historiens modernes.
« Miede*, Vida de don Jayme, lit) XIII.
L'amour de la patrie méridionale, le désir de rendre l'indépendance à nos provinces, sont les seules excuses que Ton puisse invoquer pour atténuer les torts du roi d'Aragon et de tous ceux qui participèrent à l'acte du 5 juin 1241.
Cette convention, « honteuse et marquée du sceau de l'infamie4 », souleva l'indignation dans ces pays mêmes qu'elle voulait affranchir de l'oppression étrangère. Le peuple ne comprend guère la morale à double face des hommes politiques ; il ne vit dans cette circonstance que l'insulte infligée à la parente, à l'épouse, à la femme, et son instinct de justice se révolta.
« Comte provençal, dit le troubadour Rambaud d'Hières à Ramon Rerenguer, comte provençal, si dona Sancha s'en va, nous ne vous tiendrons pas pour homme d'autant de valeur ni d'autant de prix que nous le ferions si elle séjournait ici parmi nous , préférant la Provence à l'Aragon. Cette dame est belle, courtoise et franche, et elle embellira toute notre contrée. Rien prospère l'arbre duquel naît si belle branche ; qu'il se maintienne tel qu'il est avec une saison favorable*. »
1 Zurita , Indices apud Hispania illustrata, t. III, p. 85.
3 Voyez Raynouard, Choix de poésies des Troubadours, t. V, p. 401 ; Hist. litt. de la France, publiée par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XVI11, p. 671. — Don Manuel Milà y Fontanalsesl le seul qui donne (de los Trov. en Esp., p. 60) le texte complet de celte pièce, différent en quelques points de celui des deux ouvrages qui précèdent. D'après le savant professeur de Barcelone, ce couplet aurait été adressé à don Sanche d'Aragon, comte commandataire de Provence, dans une occasion où sa femme, Sancha Nu dez de Lara, se disposait à passer en Aragon. A notre avis, le vers : No vos tenrem tan valen ni tan pru, ou, selon la ver^on de M. Milà, No-us tenrem mais per yaillart ni per pro, renferme un blâme trop sévère à l'adresse du comte, pour qu'il puisse se rapporter à un événement aussi simple, auquel d'ailleurs don Sanche parait